« Après la mort de Renee Good, l’Amérique affirme : ‘Il est temps que ça s’arrête' »
Des milliers de personnes se sont rassemblées samedi après-midi à Minneapolis pour soutenir Renee Good, abattue par un agent de l’ICE, tandis que d’autres manifestants se sont également réunis à Boston pour dénoncer une atteinte aux principes de l’État de droit. Renee Good est la quatrième personne tuée par des agents fédéraux de l’immigration depuis le lancement de la politique d’expulsions massives voulue par Donald Trump.
Dans le nord des États-Unis, à Minneapolis, des milliers de personnes ont bravé des températures glaciales (-7°C) et des trottoirs glissants pour se rassembler samedi après-midi dans un parc recouvert de neige, près des lieux du drame. Les manifestants ont scandé le nom de Renee Good et affiché des pancartes hostiles à l’ICE, critiquant une violence jugée excessive.
Drew Lenzmeier, 30 ans, exprime un profond malaise politique : « J’ai le sentiment de basculer dans une dictature autoritaire. Plus personne n’empêche désormais l’administration Trump de tuer des citoyens, de voler et d’enlever des êtres humains. Il est temps que ça s’arrête. »
À la fin du défilé, en passant devant le mémorial improvisé où la jeune femme a perdu la vie, Naïma, 34 ans, d’origine somalienne, partage sa fierté : « De voir des gens de tous les âges, de toutes les origines, venant du monde entier, se mobiliser pour soutenir nos communautés. »
### Des rassemblements d’un bout à l’autre du pays
À plus de 2 000 kilomètres de Minneapolis, des manifestants se sont également rassemblés à Boston. Parmi eux, Bill Torcaso dénonce une atteinte aux principes fondamentaux de l’État de droit : « Le seul principe qui nous unit, c’est l’égalité devant la loi. C’est ce en quoi je crois le plus profondément et c’est précisément ce que je pense que Donald Trump bafoue en permanence. C’est inacceptable. »
Sous le slogan « ICE out for Good » – un jeu de mots en rapport avec le nom de la victime –, les appels à manifester ont été relayés par le mouvement « No Kings », un réseau d’organisations de gauche opposées à Donald Trump. D’autres rassemblements étaient prévus dimanche : au total, plusieurs centaines sur l’ensemble du week-end.
### Une intervention policière très contestée
Mercredi, Renee Good, mère de famille, a été abattue alors qu’elle était au volant de sa voiture par un agent de l’ICE. Le gouvernement américain a qualifié l’incident de « terrorisme intérieur » et affirme que le policier a ouvert le feu en état de légitime défense, prétendant que la conductrice a tenté de le renverser.
Cependant, des vidéos prises par des témoins, largement diffusées sur les réseaux sociaux, semblent contredire cette version. On y voit le véhicule avancer lentement, sans que l’agent ne semble directement en danger. Au contraire, la conductrice parait chercher à l’éviter.
### La vidéo de l’agent et les zones d’ombre
Pour soutenir sa version, l’administration a diffusé une vidéo enregistrée par l’agent impliqué, Jonathan Ross. Dans celle-ci, le SUV rouge de Renee Good est immobilisé sur une route enneigée tandis que des sirènes se font entendre en arrière-plan. « Je ne suis pas en colère contre toi », déclare-t-elle à l’agent, qui contourne le véhicule. Peu après, elle recule puis avance tout en tournant, des coups de feu résonnent alors. « Putain de connasse », s’exclame une voix masculine.
L’enquête a été confiée au Federal Bureau of Investigation, une décision critiquée par des élus démocrates qui déplorent le détournement des autorités locales.
### Des élus écartés et une enquête sous tension
Samedi matin, trois élues démocrates du Minnesota, dont Ilhan Omar, se sont rendues dans un bâtiment fédéral de la banlieue de Minneapolis où l’ICE est actif. Elles ont rapidement été priées de quitter les lieux. « Ce qui s’est passé aujourd’hui est une tentative flagrante d’empêcher des membres du Congrès d’exercer leur mission de contrôle », a dénoncé Ilhan Omar.
Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, partage également ses inquiétudes concernant l’évolution de l’affaire : « Le fait que le ministère de la Justice de Pam Bondi et cette administration présidentielle soient déjà parvenus à des conclusions sur ces faits est profondément préoccupant. »
### Une violence qui s’inscrit dans un contexte plus large
Selon The Trace, un média américain spécialisé dans les violences par armes à feu, Renee Good est la quatrième personne tuée par des agents fédéraux de l’immigration depuis le début de la politique d’expulsions massives mise en place par Donald Trump. Sept autres personnes auraient également été blessées.
Cette statistique alimente la colère et l’inquiétude d’une partie de la population, déterminée à continuer à protester face à ce qu’elle considère comme des dérives graves de l’État fédéral.

