Colère en Europe des agriculteurs contre l’accord UE-Mercosur à Milan
La mobilisation des agriculteurs en Europe a pris des formes variées, incluant des rassemblements massifs de tracteurs et des barrages routiers. Les syndicats agricoles mettent en avant un manque de cohérence entre les exigences imposées aux producteurs européens et les conditions de production dans les pays du Mercosur.
La mobilisation des agriculteurs en Europe a pris diverses formes, notamment des rassemblements massifs de tracteurs, des barrages routiers, des occupations temporaires de sites stratégiques et des actions symboliques dans des lieux emblématiques. Dans plusieurs pays, les agriculteurs ont choisi de lever progressivement certains blocages tout en maintenant la pression par des actions ponctuelles, afin de faire entendre leur voix sans paralyser durablement les territoires.
« On est en train de mourir, là-haut ils ne nous écoutent pas ! » a déclaré un manifestant à l’AFP lors d’une opération de déblocage, résumant ainsi l’exaspération d’un secteur qui estime ne pas être entendu.
Les forces de l’ordre ont parfois dû intervenir pour débloquer des infrastructures sensibles, notamment des dépôts de carburant ou des axes routiers majeurs. Ces interventions ont engendré des moments de tension, mettant en lumière le ras-le-bol des agriculteurs.
Au cœur de cette contestation se trouve une inquiétude partagée : l’ouverture accrue du marché européen à des produits agricoles en provenance d’Amérique du Sud, en particulier la viande bovine, à des prix plus bas et produite selon des normes sanitaires et environnementales jugées moins strictes. Les agriculteurs craignent une pression supplémentaire sur les prix, alors que beaucoup d’exploitations ont déjà du mal à rester rentables.
Les syndicats agricoles dénoncent également un manque de cohérence entre les exigences imposées aux producteurs européens en matière de traçabilité, d’environnement ou de bien-être animal et les conditions de production dans les pays du Mercosur.
En Irlande, la mobilisation a particulièrement été visible ce samedi. Plusieurs milliers d’agriculteurs se sont rassemblés à Athlone, au centre du pays, suite à l’approbation européenne de l’accord. Des tracteurs ont convergé vers cette ville, entre Dublin et Galway, brandissant des pancartes critiquant le texte et appelant à défendre l’agriculture irlandaise.
Dans un pays où l’élevage bovin est central, les producteurs s’inquiètent de l’arrivée de viande sud-américaine à bas prix et d’une concurrence jugée inadaptée aux normes européennes. Le principal syndicat agricole, l’Irish Farmers’ Association (IFA), a qualifié cette décision européenne de « très décevante » et appelle les représentants européens à rejeter l’accord, position également partagée par le gouvernement irlandais.
Négocié depuis plus de 25 ans, l’accord UE-Mercosur vise à établir l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, englobant plus de 700 millions de consommateurs. Ses partisans estiment qu’il ouvrirait de nouvelles opportunités pour l’économie européenne, notamment pour les exportations industrielles et agroalimentaires transformées, grâce à une réduction significative des droits de douane.
Cependant, cet accord n’est pas encore adopté de manière définitive, le vote au Parlement européen restant à venir. Plusieurs gouvernements et de nombreux députés européens subissent la pression d’un monde agricole mobilisé, qui exige soit un rejet total de l’accord, soit des garanties beaucoup plus strictes.
Bien que certains barrages aient été levés, la mobilisation des agriculteurs demeure forte. Les syndicats avertissent que d’autres actions pourraient suivre, en lien avec l’évolution du calendrier politique autour de l’accord. Pour eux, la lutte contre l’accord UE-Mercosur transcende les frontières nationales : elle s’est transformée en un symbole d’un malaise agricole européen plus profond, entre ouverture des marchés, exigences environnementales et survie économique des exploitations.

