France

À Lyon, plus de 80 enfants sans toit hébergés dans une école.

Plus de 80 enfants sans toit occupent une école désaffectée de Lyon, avec leurs parents, en raison de l’absence de solution d’hébergement. La préfecture du Rhône a constaté une saturation du système d’hébergement d’urgence, affirmant que « quelque 30 % sont accueillies depuis plus de cinq ans ».


Aucune autre alternative n’a été trouvée. Des salles de classe ont été transformées en dortoir et réfectoire : plus de 80 enfants sans toit, accompagnés de leurs parents, occupent une école désaffectée à Lyon. Cette opération, d’une ampleur « très exceptionnelle », a été réalisée vendredi soir par un collectif en l’absence de solution d’hébergement.

Des enseignants et des parents d’élèves bénévoles du collectif « Jamais Sans Toit » (JST) ont installé plus d’une centaine de matelas dans un bâtiment encore chauffé pour permettre à 27 familles de passer la nuit.

Depuis parfois deux ans, la plupart de ces familles dormaient dans les établissements scolaires de leurs enfants, principal modus operandi de JST, un collectif fondé à Lyon en 2014 et qui recense actuellement « 315 enfants sans solution d’hébergement » dans l’agglomération.

« C’est un peu illégal mais c’est toléré par les pouvoirs publics parce qu’il n’y a plus d’autres options pour ces enfants et leurs familles », défend Juliette Murtin, porte-parole de JST. Tous les enfants sont scolarisés et leurs parents sont souvent réfugiés ou en cours de parcours migratoire.

La mairie de Lyon, qui ne souhaitait pas laisser ouvertes les écoles où dormaient habituellement les familles durant les vacances de Noël, a financé 15 nuits d’hôtel pour chacune d’entre elles avant de les orienter vers des gymnases ouverts aux sans-abri par la préfecture du Rhône dans le cadre du Plan Grand Froid, reconduit jusqu’à mardi.

« C’est totalement insuffisant », déplore Juliette Murtin, soulignant que les gymnases sont saturés et que les enfants doivent y dormir au milieu d’autres sans-abri adultes, ce que refusent certaines familles.

L’opération de vendredi, « très exceptionnelle à cette échelle », était « la seule option », précise-t-elle. JST demande à la préfecture « un accompagnement social » puis « des solutions dignes et pérennes pour chaque famille ».

« On refusait de remettre les familles séparément dans les écoles parce que c’étaient des conditions de vie indignes et que ça durait depuis plus d’un an », insiste Sonia Mirallès, enseignante membre de JST qui a dormi sur place.

« Mais les parents et les enseignants ne sont pas des travailleurs sociaux, nous ne sommes pas formés pour ça et on s’épuise », ajoute Faustine Chillet, mère d’élève qui hébergeait trois familles.

Malgré l’ouverture de 250 places, dont 220 dans deux gymnases lyonnais pour le Plan Grand Froid, la préfecture du Rhône évoque « une saturation du système d’hébergement d’urgence parce que les personnes ne le quittent pas vers d’autres solutions ».

« Quelque 30 % sont accueillies depuis plus de cinq ans », explique la préfecture à l’AFP, selon laquelle l’État finance chaque année 27 000 places d’hébergement dans le Rhône pour un coût de 117 millions d’euros.

Selon l’UNICEF, à la rentrée 2025, 2 159 enfants étaient dans la rue avec leur famille en France, soit 30 % de plus qu’en 2022.