Belgique

Renee Nicole Good tuée par la police de l’immigration à Minneapolis.

Renee Nicole Good a été tuée par un agent de l’ICE. Plus de 1000 rassemblements sont prévus à travers le pays pour dénoncer sa mort et réclamer la fin des déploiements massifs des agents de l’ICE.

Que s’est-il passé au moment de la mort de Renee Nicole Good ? Bloquait-elle l’accès aux agents de l’immigration venus appréhender des clandestins avec sa voiture ? L’agent a-t-il craint d’être percuté par son démarrage ? Pourquoi, dans ce cas, la voit-on tourner le volant vers la droite ? Ces interrogations font l’objet de nombreux débats dans les médias américains. Selon le gouvernement fédéral, la réaction du policier est justifiée par la « légitime défense ». Cependant, ce « narratif » est qualifié de « mensonge » par les autorités de Minneapolis.

Alors, quelle est la réalité ? Pour Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l’Université Paris 2 et auteur de « Les textes fondateurs de la révolution américaine », les faits se résument à un point : « Une femme a été tuée par un agent de l’ICE ». Ce spécialiste des États-Unis souligne que la politisation de cette affaire est particulièrement digne d’analyse à ce stade.

Autorités locales versus fédérales

Dès le début, Jean-Eric Branaa observe une volonté de l’exécutif fédéral de « politiser le dossier et d’en faire un exemple de la force de la police fédérale de l’immigration (ICE), y compris contre une citoyenne américaine ». Selon lui, le fait que la victime soit une personne LGBT pourrait même justifier la « virulence de la réaction de l’autorité fédérale, » qui a catégoriquement désigné Renee Nicole Good comme « terroriste intérieure ». Branaa note une politisation qui crée un « camp contre l’autre de manière extrêmement violente ».

Dans ce contexte, il fait état d’une « confrontation brutale » entre les autorités locales démocrates du Minnesota et le discours des autorités fédérales. En balayant le narratif de la « légitime défense de l’agent », Jacob Frey, maire de Minneapolis, incarne cet antagonisme en déclarant « Donald Trump vous ment ». Mais c’est en réalité tout l’État du Minnesota qui a réagi.

En réponse au refus du FBI de partager les éléments de l’enquête avec les autorités locales, l’idée d’une enquête pénale indépendante a été proposée. Une procureure a déjà, selon le spécialiste, « appelé les citoyens à transmettre vidéos, témoignages et éléments matériels concernant la mort de Renee Nicole Good directement à son bureau ».

Autre défi pour le gouvernement fédéral : la ville de Minneapolis, « déjà très réticente à coopérer avec l’ICE », selon Jean-Eric Branaa, « cessera tout soutien logistique opérationnel. Cela compliquera grandement le travail des agents de l’ICE sur le terrain, car ils ne pourront plus solliciter la police de l’État ni de la ville pour maintenir l’ordre pendant leurs opérations. »

Face aux autorités locales, le fédéral répond. Mais pourquoi cette tension augmente-t-elle autant ? Michel Liégeois, professeur de relations internationales à l’UCL, rappelle l’importance de la politique migratoire dans la campagne de Donald Trump. Il explique : « Trump mène des opérations spectaculaires contre les clandestins car il estime que les autorités locales ne font pas leur travail et que le fédéral doit compenser. » Cette question est « un marqueur essentiel de la politique de Trump et probablement l’une des raisons de l’intensification de ce bras de fer ».

Toutefois, pour Jean-Eric Branaa, ce bras de fer est plutôt un affrontement asymétrique car les « pouvoirs du gouvernement fédéral sont nettement plus importants que ceux d’un État fédéré ». Il considère que l’État du Minnesota cherche « avant tout à laisser une trace, à documenter et à montrer qu’il résiste ». Cependant, il ne s’attend pas à ce que cet État puisse « gagner face à l’État fédéral. »

Quelle réaction de la population américaine ?

La colère populaire pourrait-elle avoir un impact ? Ce week-end, plus de 1000 rassemblements sont prévus à travers le pays pour dénoncer la mort de Renee Nicole Good et réclamer la fin des déploiements massifs d’agents de l’ICE. Pour Jean-Eric Branaa, « il est de plus en plus documenté qu’au sein de l’ICE, il y a de la violence, des méthodes peu conformes, et la colère monte. »

Cependant, selon lui, le mouvement risque d’être limité en raison des températures glaciales. De plus, il alerte sur le fait qu’une partie de la population estime « qu’il faut agir sur la présence des clandestins après des décennies de laxisme et qu’on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. En somme, beaucoup s’accommodent de ces drames. C’est un constat à prendre en compte. »

Trump n’a pas grand-chose à craindre de cette séquence, qui pourrait même tourner en sa faveur.

Michel Liégeois partage cette analyse. À moins d’un an des cruciales élections de mi-mandat, qui détermineront si Donald Trump maintiendra une majorité au sein de la Chambre et du Sénat, l’enjeu est capital. « Sur ces questions migratoires, Trump sait qu’il peut convaincre », souligne le professeur de l’UCL.

« Les éléments essentiels qui détermineront le vote des Américains sont surtout la qualité de vie intérieure et le pouvoir d’achat. À ce niveau, les choses ne sont pas très favorables pour l’administration Trump, et il existe un mécontentement généralisé, notamment parmi les classes populaires », analyse Michel Liégeois, ajoutant que « miser sur la politique migratoire ou l’attaque contre le Venezuela lui permet de créer un récit différent. »

En définitive, Michel Liégeois estime que « Donald Trump n’a pas grand-chose à craindre de cette séquence et qu’à la limite, elle pourra même jouer en sa faveur. »