Belgique

Les États membres européens approuvent l’accord commercial Mercosur malgré la colère des agriculteurs.

L’accord commercial entre l’Union européenne et les quatre pays du Mercosur a été approuvé par les ambassadeurs des 27 États-membres de l’Union européenne, ce vendredi 9 janvier. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pourrait signer le texte au Paraguay dès ce lundi 12 janvier, après plus de 25 ans de négociations.


L’accord commercial entre l’Union européenne et les quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) a franchi une étape importante. Ce vendredi 9 janvier, les ambassadeurs des 27 États membres de l’Union européenne ont voté en faveur de l’accord de libre-échange, obtenant ainsi une majorité qualifiée.

L’Italie, qui avait longtemps été réticente, a finalement soutenu l’accord, isolant ainsi des pays comme la France, la Pologne et l’Irlande. La Belgique s’est abstenue, ne parvenant pas à trouver une position commune entre le nord et le sud du pays.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pourra signer le texte controversé, normalement ce lundi 12 janvier au Paraguay. Cette signature marque la fin de plus de 25 ans de négociations, malgré les inquiétudes exprimées dans les campagnes et sur les ronds-points.

À Hensies dans le Hainaut, à Nivelles dans le Brabant wallon, à Battice en région liégeoise et dans d’autres localités en Wallonie, des agriculteurs ont bloqué des routes ce vendredi 9 janvier. Ils expriment leur rejet de l’accord commercial UE-Mercosur.

« Ça va vraiment faire que le prix de la viande va s’effondrer. Actuellement, le prix de la viande est plus ou moins correct. Mais le prix du lait diminue déjà très fortement. Si la viande vient à diminuer, ça pourrait carrément mettre en péril plusieurs fermes », s’inquiète Christian Wiertz, producteur de lait et éleveur bovin à Plombières, en province de Liège.

Il dénonce également une concurrence déloyale liée aux normes sanitaires moins strictes dans les pays du Mercosur. « Les normes sont complètement différentes. D’ailleurs, il y a des firmes pharmaceutiques belges et européennes qui exportent des produits interdits depuis longtemps en Europe vers ces pays, où ils vont être utilisés (des pesticides, NDLR). Et après, on va réimporter en Europe la viande qui va être produite avec ces produits-là. C’est totalement inadmissible. »

Il souligne de plus que ces importations pourraient poser des risques pour la santé des consommateurs européens. « Les carcasses qui vont venir en Europe vont être découpées ici et vont être reprises en tant que produits européens. »

Face à cette colère croissante, la Commission européenne a pris plusieurs mesures ces derniers mois. En septembre, sous la pression de la France et de l’Italie, elle a annoncé un renforcement des mesures de « sauvegarde » pour protéger certains produits européens comme le bœuf, la volaille, le riz ou le sucre.

Si le prix de ces produits sud-américains venait à diminuer de façon excessive ou si le volume des importations augmentait considérablement, l’Union européenne pourrait augmenter temporairement les taxes douanières sur ces produits. La Commission a aussi promis de lancer une enquête si un État membre demande qu’il existe un risque suffisant de préjudice.

La Commission a également répondu aux inquiétudes concernant la présence de traces de pesticides dans les marchandises importées d’Amérique du Sud en renforçant les contrôles. Cette semaine, elle a annoncé l’interdiction totale de trois substances utilisées pour détruire les champignons parasites (carbendazime, bénomyl et thiophanate-méthyl) pour certains produits importés, notamment les agrumes, les mangues et les papayes.

Enfin, le mardi 6 janvier, Ursula von der Leyen a proposé de débloquer de manière anticipée 45 milliards d’euros provenant du budget de la politique agricole commune (PAC) pour la période 2028-2034, des fonds « supplémentaires » disponibles « immédiatement », selon la Commission. Cependant, ces concessions n’ont pas suffi à convaincre la France, dont le président Emmanuel Macron a confirmé le 8 janvier qu’il continuerait à s’opposer au traité avec le Mercosur.

Au contraire, cette mesure financière semble avoir levé les réticences de l’Italie, dont le vote était crucial pour atteindre une majorité absolue en faveur de l’accord commercial.

Avec l’accord des États membres maintenant acquis, Ursula von der Leyen va signer le traité avec le Mercosur ce lundi 12 janvier lors de sa visite au Paraguay. Cet accord mettra en place l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, regroupant plus de 700 millions de consommateurs.

Comme le redoutent certaines filières agricoles européennes, cet accord facilitera l’entrée en Europe de produits comme le bœuf, le riz ou le soja sud-américains, avec des quotas de produits non taxés. En retour, il favorisera les exportations de voitures, de machines, de vins et de fromages vers l’Amérique du Sud.

Des pays tels que l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Espagne voient dans cet accord une opportunité de relancer une économie européenne en difficulté, un point partagé par la Commission européenne, qui insiste sur l’importance de renforcer les partenariats face à la concurrence accrue de la Chine et à l’influence des États-Unis de Donald Trump en Amérique latine.

« On est dans une époque où l’Union européenne est sous la pression de la crise de la mondialisation », observe Eric Maurice, analyste politique au European Policy Center (EPC). « Il y a la question de la compétitivité européenne, la diversification des approvisionnements, notamment pour les matières premières critiques, et la diversification des marchés pour l’industrie automobile européenne, pour une partie de l’agriculture européenne et pour d’autres industries. »

Il souligne également l’importance des accords commerciaux comme celui avec le Mercosur dans un contexte géopolitique mondial en mutation.

« Avec la récente intervention américaine au Venezuela, la plupart des gouvernements européens voient une opportunité pour l’Union européenne de jouer un rôle alternatif à la fois aux États-Unis et à la Chine dans cette région. Cet accord est perçu comme un outil géopolitique, permettant de tisser des liens plus forts avec cette partie du monde. Il y a aujourd’hui une vraie pression politique au-delà de la question commerciale et agricole. »

Pour ses partisans, l’accord avec le Mercosur est désormais presque conclu. Après la signature de la présidente de la Commission européenne, il devra être approuvé par le Parlement européen, avec des débats prévus dans les semaines à venir. Le vote pourrait être serré, car les eurodéputés de différents groupes seront influencés par des considérations nationales.