Belgique

Quatre nouvelles accusations d’agressions sexuelles contre Vincent Stavaux.

En mai 2025, Vincent Stavaux a été condamné en première instance à cinq ans de prison, dont la moitié ferme, pour des attentats à la pudeur sur huit jeunes basketteurs mineurs, commis entre 2005 et 2011. Quatre nouvelles victimes potentielles ont témoigné auprès de la RTBF, affirmant avoir subi des attouchements similaires de la part de Vincent Stavaux dans les années 1980 et 2000.


Tout a recommencé pour Philippe (prénom modifié) en mai 2025, lorsqu’il découvre dans la presse le verdict du procès de Vincent Stavaux. L’ancien manager sportif a été condamné en première instance à cinq ans de prison, dont la moitié ferme, pour des attentats à la pudeur sur huit jeunes basketteurs mineurs, entre 2005 et 2011. Philippe a aussi joué au basket. C’était une vingtaine d’années avant que les huit joueurs des clubs de Mons-Hainaut et de Gilly ne portent plainte. À l’époque, il jouait pour les « Castors de Braine ».

Cet homme a des souvenirs d’adolescent un peu flous. Cependant, à la lecture de l’article sur le procès, des souvenirs resurgissent : des attouchements qu’il affirme avoir subis de la part de Vincent Stavaux lorsqu’il avait 16 ou 17 ans.

Depuis ce procès, Philippe fait partie des quatre personnes qui ont déclaré à la RTBF avoir été victimes d’attentats à la pudeur de la part de Vincent Stavaux. Ce dernier a également acquis une notoriété dans le tennis, ayant collaboré avec des champions tels que la Belge Justine Henin ou le Croate Marin Čilić. Né en 1965, il a exercé des fonctions dans le basket et le tennis à partir des années 1980.

Ces quatre nouvelles victimes potentielles n’avaient jamais témoigné jusqu’à présent, ni auprès de la police, ni à un journaliste. Elles ont contacté la rédaction de la RTBF de manière anonyme pour témoigner et ainsi soutenir les victimes dont le cas a été jugé en mai. Toutefois, elles ne souhaitent pas, pour l’instant, porter plainte. Nous avons recoupé leurs témoignages et vérifié, avec minutie et dans la mesure du possible, la crédibilité de leurs propos. Nos témoins décrivent des scènes difficiles, à caractère sexuel, qui pourraient choquer certains lecteurs.

Le 12 mai 2025, Vincent Stavaux est condamné en première instance à cinq ans de prison, dont la moitié ferme, pour les agressions sexuelles avouées à l’encontre de basketteurs mineurs. Il a fait appel de cette décision, l’audience étant prévue le 11 février 2026.

Ce jour-là, à la sortie du tribunal correctionnel de Mons, le soulagement se lit sur les visages des huit victimes confirmées de Vincent Stavaux et de leurs familles. La peine de prison ferme était une espérance qu’ils n’osaient pas formuler : « Justice a été rendue », déclare au micro de la RTBF Ludovic d’Artois, ancien joueur de l’École des Jeunes, le centre de formation de Mons-Hainaut.

Quelques pas plus loin, le père d’une autre victime exprime également sa satisfaction face au jugement, un procès qui n’aurait jamais eu lieu sans le courage de son fils, Loïc Lepine, le premier à avoir porté plainte début 2022. Il a joué au Spirou Gilly, le club satellite de Charleroi, où Vincent Stavaux était manager. « Il a fallu 15 ans pour que mon fils se dévoile. […] Aujourd’hui, il a parlé et grâce à lui, d’autres ont parlé et j’espère qu’il y en aura encore d’autres qui parleront demain », confie Jean-Pierre Lepine, le père de Loïc.

Depuis le verdict, quatre victimes potentielles ont témoigné auprès de la RTBF, confirmant la déclaration presque prémonitoire de Jean-Pierre Lepine. Comme pour les victimes confirmées au procès, toutes sont des hommes. Deux d’entre elles étaient mineures au moment des faits qu’elles affirment avoir subis.

Ces faits remonteraient à la fin des années 1980, soit un quart de siècle avant la période concernée par le procès pour lequel Vincent Stavaux a été jugé en mai dernier.

À la fin des années 1980, Vincent Stavaux était alors présentateur durant les matchs de l’équipe masculine des Castors de Braine l’Alleud, qui a atteint la première division (D1) en 1986. Il animait les rencontres pour encourager les supporters. C’était l’époque bénie pour le club bruxellois, qui a décroché cinq fois la coupe de Belgique, entre 1987 et 1992.

Philippe se souvient d’avoir été « posé dans un coin de la salle », parfois approché par Vincent Stavaux, qui venait le « chercher pour qu'[il] puisse voir des matchs [des Castors] », lorsqu’ils jouaient à Charleroi contre l’équipe de D1 des Spirou.

À la fin d’un match, Vincent Stavaux, alors âgé de plus de 21 ans, lui aurait proposé d’aller en boîte de nuit. Le nombre exact de fois reste flou pour Philippe. « On allait en discothèque qui s’appelait Le Palladium [à Baisy-Thy]. Il connaissait tout le monde. Il partait discuter avec le boss. Moi, je devais attendre dans la boîte. Pour me faire patienter, il m’offrait à boire », se souvient-il. Pour lui, « voir des matchs de D1 et passer en boîte en VIP, c’était impressionnant ».

Après la soirée, Vincent Stavaux lui aurait régulièrement suggéré de faire un détour par son domicile avant de ramener le jeune joueur chez lui. « J’évitais le plus possible qu’à un moment donné, on repasse par chez lui. Ça, ça me hantait », raconte Philippe. « Je me rappelle le bruit de la clé de la porte d’entrée qu’il fermait à double tour. »

Ce qui se passait chez Vincent Stavaux ? « Des séances de masturbation », affirme Philippe. « Mais moi, je n’y trouvais jamais de plaisir », poursuit-il, aujourd’hui quinquagénaire.

Malgré l’absence de jouissance et de consentement, Philippe explique qu’il est resté silencieux, « incapable de sortir du cercle vicieux dans lequel [il] était tombé ». La honte était trop intense.

Philippe croyait être le seul à avoir subi des attouchements de la part de Vincent Stavaux, jusqu’au procès en mai 2025. Pourtant, à la même époque à la fin des années 1980, un autre jeune joueur des équipes de minimes du club bruxellois aurait subi des faits similaires.

Lors des matchs à l’extérieur, les supporters des Castors formaient un petit groupe reconnaissable, dont faisait souvent partie Bertrand (prénom modifié), alors âgé de 14 ou 15 ans ; ses souvenirs sont également flous.

Un jour, après un match de l’équipe première, Vincent Stavaux aurait proposé à ses parents de ramener Bertrand. Ce dernier se sentait « fier d’être le pote » de celui qui commençait à se faire un nom dans le monde du basket professionnel. « Je me suis retrouvé tout seul avec lui et c’est là que tout a commencé », se rappelle l’ancien Castor.

« Le scénario était systématiquement le même. Il venait me chercher à l’école ou m’emmenait au cinéma et ça se terminait toujours de la même manière : il se garait dans un endroit désert et me demandait de le caresser et de le masturber », raconte Bertrand. « Ça a duré environ six mois. Il voulait toujours plus et c’était vraiment très lourd, j’étais complètement manipulé », poursuit-il, évoquant la solitude et la honte qui l’empêchaient de se confier.

La honte et la manipulation, selon les témoignages. Ces victimes potentielles décrivent des ressentis similaires à ceux des victimes avérées et relatent le même modus operandi à chaque fois.

Le procès de mai dernier confirme ce mode opératoire récurrent. Il atteste aussi que Vincent Stavaux « touchait les joueurs, les masturbait jusqu’à éjaculation et se faisait parfois masturber par eux », souvent sous couvert de séances de « sophrologie » destinées à renforcer la résistance mentale des jeunes joueurs.

Selon l’avocat d’une des victimes, maître Guttadauria, Vincent Stavaux leur montrait parfois des maillots de l’équipe première, leur laissant entendre que ces « séances de coaching » leur ouvriraient peut-être les portes du basket professionnel. Le jugement de mai dernier mentionne également que Vincent Stavaux organisait des soirées chez lui impliquant plusieurs joueurs, lors desquelles « des attouchements sexuels réciproques » avaient lieu. Lors de ces soirées de « bizutage », Vincent Stavaux utilisait des œufs et de la farine pour toucher les corps des jeunes joueurs et tentait de « macérer ».

Thibault (prénom modifié), qui a participé à l’une de ces soirées, n’est pas basketteur mais tennisman.

Vincent Stavaux aurait donc agi non seulement dans le monde du basket, mais également dans celui du tennis, qu’il a rejoint dans les années 1990. Au niveau professionnel, il a notamment créé l’académie de tennis du Cardinal Mercier, organisé des tournois internationaux, et fondé une société de management dans le tennis, avant d’être l’agent de Julien Benneteau et le manager de Justine Henin.

Au début des années 2000, pendant ses entraînements, Thibault a croisé la route de Vincent Stavaux. Le tennisman avait alors une vingtaine d’années et Stavaux en avait environ le double.

Au départ, Vincent Stavaux se serait permis des « tapes » sur son sexe, par-dessus ses vêtements, un soi-disant « jeu » que ceux qui l’auraient subi qualifient de « chat-bite ». Parmi la dizaine de coéquipiers des plaignants du procès de mai dernier contactés par la RTBF, la plupart affirment avoir été témoins ou victimes de ces gestes, que ce soit dans sa voiture ou dans les vestiaires. Ce geste a été reconnu comme un attentat à la pudeur par la justice, selon le terme en vigueur à l’époque des faits.

« On est des dizaines à avoir vécu ces chat-bites », estime Thibault. Pour lui, ces « tapes » se seraient progressivement transformées en caresses, jusqu’au jour où Vincent Stavaux lui aurait proposé : « On va faire une séance de sophrologie. » Malgré ses réticences, Thibault a été invité chez lui. « Il s’approche et me touche la cuisse. J’enlève sa main, je dis ‘tu fais quoi ?’. Il me dit ‘non mais laisse-toi faire, tu verras, ça fait partie de la séance’. J’ai dit ‘non’. Il voulait que je me masturbe devant lui. Je lui dis ‘tu as un problème’. Et lui, s’est masturbé devant moi », raconte Thibault, soulignant que le chantage était omniprésent dans le discours de Vincent Stavaux : « Il me dit que je ne réussirai pas si je ne fais pas ça. ‘Je ne t’aiderai plus’, me prévient-il. »

Comme les autres victimes potentielles, Thibault a gardé le silence pendant des années.

Le schéma est similaire pour Pierre (prénom modifié), qui était également majeur au moment des faits qui se seraient produits dans son club de basket de Gilly, dans les années 2000. « Avant les matchs, il me masturbait », raconte-t-il. « Ça ne me plaisait pas, mais c’était comme ça. C’était un manipulateur du début à la fin, tout était calculé », ajoute l’ex-basketteur.

Pourquoi Philippe, Bertrand, Thibault et Pierre n’ont-ils pas porté plainte ? Bien qu’il soit toujours possible de le faire, toutes les faits sont aujourd’hui prescrits pour eux quatre.

La justice peut continuer à mener des enquêtes. Interrogés sur les raisons de leur silence, ces témoins évoquent des motifs à la fois personnels et professionnels. « Je ne veux pas que mon nom soit associé à ça », craint l’un. « Je ne vois pas ce que j’ai à gagner. Pas envie de m’emmêler dans cette histoire », soutient un autre. « C’est un épisode de ma vie que je souhaite oublier et ne pas ressasser », confie un dernier.

Malgré ces raisons, ces quatre personnes désirent que leurs témoignages soient entendus.

Est-ce que d’autres personnes, parmi l’entourage de Vincent Stavaux, auraient pu alerter la justice, ou au moins attirer l’attention dans les clubs où il a évolué depuis le début de sa carrière ? André Renauld, le président des « Castors de Braine » entre 1980 et 1992, est décédé en 2012, ce qui rend impossible son audition.

Philippe, who as a teenager played for the Castors during the late 1980s, raconte que Vincent Stavaux était adoré de tous. « Il donnait de l’ambiance au club par ses présentations. C’était fédérateur. Pourquoi voir le mal sur ce type de personnage ? », se demande l’ex-basketteur, qui « comprend très bien le manque de questionnement des adultes ».

Éric Somme, l’un des adultes à l’époque, était le dirigeant du club des Spirou de Charleroi à la fin des années 1980, ce qui l’amenait à collaborer fréquemment avec Vincent Stavaux. Il gérait également la discothèque Le Palladium de Baisy-Thy à cette période.

Interrogé par la RTBF, il affirme ne pas avoir connaissance de tels agissements de la part de celui qui était alors l’animateur sportif des « Castors de Braine ». Selon lui, les minimes, étant trop jeunes pour entrer dans sa boîte de nuit, ne pouvaient pas être concernés. Président du club carolo jusqu’en 2012, il déclare également n’avoir rien su des attouchements de Vincent Stavaux sur Loïc Lepine, pour lesquels il a été condamné en mai dernier.

Un autre club de basket, celui de Mons-Hainaut, aurait pu aussi sonner l’alerte. En juin 2011, la mère et la belle-mère d’une victime confirmée contactent SOS Enfants, redoutant les « trucs sexuels et l’emprise » que subirait leur fils. L’ancien joueur de l’École de jeunes, alors âgé de 16 ans, sera suivi pendant 15 mois par un psychologue de l’ASBL, qui vise à prévenir et traiter les situations de maltraitance envers les mineurs. Parallèlement, ces parents ont également informé le manager général du club, Thierry Wilquin, que « Vincent Stavaux faisait des séances de sophrologie chez lui et peut-être ailleurs avec des jeunes ». Elles souhaitaient savoir s’il en avait connaissance et si cela faisait partie de la politique du club. Selon elles, le responsable de l’école de jeunes « tome alors des nues, il n’était pas au courant ».

C’est ce que Thierry Wilquin confie à la rédaction de la RTBF, confirmant que « dès qu’il a été mis au courant des séances, il a convoqué Vincent Stavaux pour lui demander des explications ». Deux semaines après cette rencontre, « Monsieur Stavaux a décidé de quitter le club », a-t-il déclaré, rien n’ayant été retenu.

Après son départ, Wilquin a tenté de recueillir des avis auprès des joueurs et des parents. « Certains parents soutenaient que Vincent Stavaux jouait un rôle positif, d’autres moins, considérant qu’il était trop présent ». « Personne n’est venu nous retrouver pour nous expliquer d’éventuels problèmes », a-t-il déclaré.

Dans un communiqué du club de Mons-Hainaut publié le 13 mai 2025, on peut lire : « Bien que certains faits soient aujourd’hui qualifiés d’avérés, à l’époque où ils se sont produits, ils n’étaient pas portés à notre connaissance. Néanmoins, en conscience de certaines inquiétudes formulées par des parents, le club avait déjà entrepris plusieurs démarches, dans la limite de ce qui était alors possible. » Quelles étaient ces démarches ? « Nous avions dit à certains parents que s’ils ressentaient une forme d’exagération ou d’emprise de la part de Monsieur Stavaux, ils devaient aller plus loin, vers une autorité judiciaire et envisager de porter plainte à la police », a précisé Wilquin.

La mère et la belle-mère de la victime qui avait été reçue par SOS Enfants n’ont pas porté plainte à ce moment-là, indiquant à la RTBF qu’elles n’avaient pas de preuves des faits pour lesquels Vincent Stavaux a été condamné 23 ans plus tard.

Quant à la fédération, ni Thierry Wilquin, ni Éric Somme, du club des Spirou, n’ont alerté l’AWBB des agissements de Vincent Stavaux. Le président de l’AWBB, Jean-Pierre Delchef, a confirmé qu’aucun signalement n’avait été reçu sur des faits répréhensibles de la part de Vincent Stavaux.

« Lorsque des parents confient leurs enfants à l’entraînement ou à un match, ils s’attendent à ce que leurs enfants puissent pratiquer leur sport dans un environnement serein et sécurisé », ajoute-t-il, affirmant que la condamnation de Vincent Stavaux constitue « une cruelle déception et tristesse ».

Suite à l’annonce du jugement en mai dernier, l’AWBB a provoqué une réunion d’urgence pour modifier les règlements internes « afin d’éviter que de tels actes ne se reproduisent dans la fédération ». Des affiches ont également été mises en place dans les clubs, indiquant un numéro d’urgence et un site web pour recueillir la parole d’enfants ou de parents victimes de violences dans le sport en Belgique francophone.

Quant au monde du tennis, les responsables du club où Thibault s’entraînait assurent qu’ils n’avait eu aucun soupçon. Vincent Stavaux était à l времé indépenant, louant les installations du club, mais n’y était pas salarié, n’ayant donc pas de lien direct avec le club.

Contacté par la RTBF, Vincent Stavaux a qualifié ces témoignages d’allégations infondées. Par rapport aux faits évoqués par Philippe et Bertrand, il affirme que cela relève de sa vie privée, mentionnant qu’il n’a que 15 ans en 1980, alors que les victimes rappellent que les faits se sont déroulés après 1986, date à laquelle il avait plus de 21 ans.

Il studioque également qu’en tant que « speaker » des Castors, il n’avait pas de contact avec les jeunes. Toutefois, des anciens joueurs le décrivent comme un grand frère, un « cool peya » qui les sortait après les matchs. Un témoin évoque le fait que, lors d’une victoire, Vincent Stavaux les avait tous invités au Palladium, montrant son intérêt pour les résultats de l’équipe.

Concernant les deux autres témoins, leurs accusations s’inscriraient, selon Vincent Stavaux, dans l’affaire pour laquelle il a été condamné en première instance en mai dernier. Pourtant, ces témoins affirment ne pas avoir porté plainte au moment de l’enregistrement de leur échange avec la RTBF.

Quatre nouvelles victimes présumées, avec des modes opératoires similaires à ceux de la justice, un nouveau sport : le tennis, et des faits remontant à la fin des années 1980. Les témoignages reçus par la RTBF indiquent que Vincent Stavaux aurait fait d’autres victimes. Si Philippe, Bertrand, Thibault ou Pierre déposaient plainte aujourd’hui, les faits pourraient être prescrits. C’est à la justice de décider.

Quoi qu’il en soit, Vincent Stavaux reste présumé innocent pour ces nouveaux témoignages.