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Hommage à Béla Tarr (1955-2026) : Le maître du temps.

Le cinéaste hongrois Béla Tarr nous a quittés le 6 janvier 2026 à Budapest, à l’âge de 70 ans. Né le 21 juillet 1955 à Pécs, il a réalisé une dizaine de films, dont « Macbeth » en 1982, « Damnation » en 1988 et « Sátántangó » en 1994.

Le cinéaste adoptait une approche totalement empirique. Pour lui, le cinéma n’était pas seulement un moyen d’expression, mais une méthode pour exposer directement les choses.

Ainsi, la figure humaine n’était plus définie par le langage ou l’action, mais par sa présence physique et par son rythme corporel, inscrit dans le temps et soumis aux mêmes règles d’usure que son environnement.

La Presse — Le cinéaste hongrois Béla Tarr, une figure emblématique du cinéma d’auteur européen, est décédé le 6 janvier 2026 à Budapest, à l’âge de 70 ans. Réputé pour ses plans-séquences, son utilisation radicale du noir et blanc et ses récits ancrés dans des paysages désolés, il laisse derrière lui une œuvre exigeante, unique et profondément influencée par une vision pessimiste du monde.

Né le 21 juillet 1955 à Pécs, dans le sud-ouest de la Hongrie, Béla Tarr manifeste très tôt un engagement social prononcé.

À seulement 16 ans, il réalise son premier film amateur sur les travailleurs roms, annonçant déjà les thématiques d’un cinéma attentif aux marges et aux laissés-pour-compte. En 1977, il réalise son premier long-métrage, « Nid familial », produit avec le soutien du studio expérimental Béla Balázs à Budapest, où il a acquis son expertise en réalisation.

Auteur de ce qui est considéré comme le premier long-métrage indépendant hongrois, « Damnation » (1988), présenté au Festival international du film de Berlin, il initie une collaboration déterminante avec l’écrivain László Krasznahorkai. Cette alliance artistique donnera lieu à certaines des œuvres les plus radicales et influentes du cinéma contemporain.

Souvent surnommé « Le Tarkovski hongrois », il a réalisé une dizaine de films dont « Macbeth » en 1982, « Damnation » en 1988 et « Sátántangó » (Le tango de Satan, 1994), une fresque de sept heures sur l’effondrement du communisme en Europe de l’Est, adapté du roman de László Krasznahorkai, illustrant son déclin matériel et spirituel. Il a également adapté le roman « La mélancolie de la résistance » de cet écrivain dans son film « Werckmeister Harmonies », présenté au festival de Cannes en 2000.

« Il a créé des couleurs en les faisant disparaître, car, dans ses grands films, il a essayé de parler comme un pécheur qui, malgré tous ses péchés, doit toujours être aimé », avait déclaré Krasznahorkai lors d’un banquet après avoir reçu son prix Nobel en 2025, exprimant sa gratitude envers le cinéaste.

Célébré par des réalisateurs tels que Martin Scorsese, Gus Van Sant ou Laszlo Nemes, qui fut son assistant avant de devenir lui-même un réalisateur renommé, Béla Tarr a fait ses adieux au cinéma avec son film « Cheval de Turin », qui a reçu un Ours d’Argent à Berlin en 2011.

Par la suite, il ne reviendra que pour réaliser deux courts métrages, préférant se consacrer à l’enseignement et à la transmission du cinéma, notamment en Hongrie, en Allemagne et en France. « J’avais réalisé tout ce que je voulais », confiait-il en 2019 à l’hebdomadaire hongrois HVG.

Le style de ce géant du cinéma contemplatif (avec des images en noir et blanc, de longs plans-séquences et des musiques lancinantes) ne connaissait d’autre contrainte que l’artistique.

À une vision pessimiste du monde, il opposait une liberté créatrice totale. Il n’a pas seulement prolongé le temps cinématographique, il a contraint le spectateur à l’habiter. C’est précisément cette relation singulière au temps qui était l’un des éléments clés de l’univers de Béla Tarr.

Une sensation presque tangible d’un temps où l’on se sent littéralement englué émanait des longs plans-séquences (55 plans pour une durée totale de 1h55 dans « Damnation », 36 plans pour 2h20 dans « Les Harmonies Werckmeister »), ou encore de la durée excessivement prolongée du film dans « Sátántangó » (7h30). Ses personnages évoluaient dans un présent sans limite, sans passé ni futur, suspendus dans une attente indéfinie.

En Tunisie, le cinéaste avait de nombreux admirateurs parmi les passionnés de cinéma.

Les festivals de cinéma, les ciné-clubs et la Cinémathèque tunisienne lui ont consacré de multiples cycles de projections et événements, témoignant d’un intérêt durable et d’une profonde reconnaissance de son œuvre.

Cinéaste de la durée, de l’épuisement et de la lucidité, Béla Tarr repoussait toute forme de consolation et de compromis. Son départ souligne combien cette exigence radicale devient rare aujourd’hui.