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Que renferme la soute du pétrolier fantôme « Bella 1/Marinera » sous « pavillon russe » ?

Le Bella 1, un pétrolier guyanien rebaptisé Marinera par la Russie, a été arraisonné lors d’une opération militaire des garde-côtes américains entre l’Islande et l’Ecosse. Selon Stéphane Audrand, « il n’y avait pas, ou peu de pétrole à bord », car sa flottaison montre qu’il est très haut sur l’eau.


Que contient réellement le pétrolier intercepté mercredi par les États-Unis dans l’Atlantique nord ? Le Bella 1, un pétrolier guyanien, rebaptisé Marinera par la Russie, soupçonné d’appartenir à la « flotte fantôme » russe, a été arraisonné lors d’une opération militaire effectuée par les garde-côtes américains, assistés par les Britanniques, entre l’Islande et l’Écosse.

Le navire était poursuivi depuis le 21 décembre par les garde-côtes américains, alors qu’il se dirigeait vers le Venezuela, dans le cadre du blocus imposé par Washington visant des pétroliers associés à ce pays. Selon des sources américaines, la Russie aurait envoyé ses propres navires militaires dans la région pour escorter le Bella 1, incluant un sous-marin, et a rapidement condamné l’opération.

Concernant sa cargaison, le journaliste spécialisé en défense, Romain Mielcarek, a soulevé des spéculations sur le réseau X. « Que vont trouver les Américains à bord du Bella 1 ? De l’équipement de renseignement ? Des ressortissants russes ? Un moteur nucléaire [même si] cela aurait été surprenant de l’emporter au Venezuela ? Des systèmes de défense sol-air ? Ou… Rien ? »

« On ne peut qu’échafauder des hypothèses, explique le consultant en risques internationaux Stéphane Audrand, à 20 Minutes. En tout cas, il n’y avait pas, ou peu de pétrole à bord, car sa flottaison indique qu’il est très haut sur l’eau et présente un déséquilibre. De plus, la route qu’il a empruntée ne correspond pas à celle d’un pétrolier « pressé », un comportement courant de ces navires, sauf lorsqu’ils font des ronds dans l’eau en attente de fluctuations des prix… »

L’expert évoque aussi la possibilité de transport de « personnels sensibles ». « C’est spontanément ce à quoi nombreux d’entre nous ont pensé. Mais, cela pourrait également inclure du matériel d’écoute, ce que les Russes ont déjà tendance à dissimuler dans ce type de navire. Il pourrait aussi y avoir éventuellement des armes, mais pas des objets massifs, car un tanker n’est pas un cargo. Je penche plutôt pour des armes légères, ou des pièces détachées, ou encore des drones, même si ce n’est pas habituellement la zone où l’on en observe. Ce ne sont que des spéculations, mais il est évident qu’on n’envoie pas un sous-marin escorter un pétrolier vide. Les Russes ont manifesté une forme de signalement stratégique pour démontrer leur attachement à ce navire. »

Le nom et le statut exact du navire, ainsi que la légalité de l’opération, suscitent des divergences. Moscou le désigne comme Marinera et affirme qu’il a reçu une « autorisation provisoire » pour naviguer sous pavillon russe le 24 décembre. Cependant, Washington affirme qu’il s’appelle toujours le Bella 1 et qu’il n’a pas de pavillon. « Il s’agit d’un navire de la flotte fantôme vénézuélienne ayant transporté du pétrole cible de sanctions américaines, a déclaré la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt. Ce navire a été identifié comme étant sans pavillon après avoir navigué sous un faux drapeau, et il faisait l’objet d’une ordonnance de saisie. C’est pourquoi l’équipage sera poursuivi. »

« En envoyant une escorte, la Russie a tenté de renforcer la crédibilité du pavillon, montrant ainsi qu’elle revendiquait un lien avec ce navire », analyse Stéphane Audrand. « Cependant, sur Marine Traffic, on constate qu’il a régulièrement changé de nom, ce qui correspond typiquement aux bateaux des flottes fantômes qui sont transférés d’un pseudo-armateur à un autre », poursuit l’expert.

Il aurait même changé de nom… en pleine mer, une pratique interdite (sauf exceptions) par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, signée en 1982 à Montego Bay. « Il convient de souligner que l’équipage a même peint à la hâte un pavillon russe sur la coque, car il n’en avait pas à bord, souligne l’expert. La convention de Montego Bay précise que l’on ne peut pas changer de pavillon comme bon nous semble, ce qui revient à dire qu’en réalité, on n’en a pas du tout. En somme, selon l’expert, ce ne sont pas les États-Unis qui ont violé le droit de la mer en saisissant ce bateau, mais très clairement le propriétaire du navire. »

Selon des informations de Moscou, deux membres d’équipage russes auraient été libérés ce vendredi. L’envoyé spécial de Moscou Kirill Dmitriev a déclaré sur Telegram que le président Trump avait « pris la décision de libérer tous les Russes » à bord du Marinera.