Belgique

Mercosur : l’accord de libre-échange approuvé par la majorité des pays de l’UE.

Le soutien de l’Italie a été décisif pour obtenir la majorité qualifiée nécessaire, tandis que la France a voté contre et entend poursuivre la bataille au Parlement européen. Environ 150 eurodéputés (sur 720) ont déjà prévenu qu’ils comptaient saisir la justice pour tenter de s’opposer à l’application de l’accord.


Le soutien décisif de l’Italie a permis d’obtenir la majorité qualifiée requise, tandis que la France s’est opposée et prévoit de poursuivre la lutte au Parlement européen. Les députés européens examineront la ratification du traité dans les semaines à venir, et le vote pourrait être serré dans un hémicycle où les intérêts nationaux auront un poids certain.

Cet accord, négocié depuis 1999, crée l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, reliant l’Union européenne au Brésil, à l’Argentine, au Paraguay et à l’Uruguay, représentant plus de 700 millions de consommateurs.

Les opposants à cet accord craignent qu’il n’affecte négativement l’agriculture européenne, en introduisant des produits moins chers qui ne respectent pas nécessairement les normes environnementales de l’UE en raison de contrôles insuffisants. Pour ses partisans, à l’image de l’Allemagne et de l’Espagne, cet accord pourrait au contraire aider à relancer une économie européenne en difficulté, face à la concurrence chinoise et aux droits de douane imposés par les États-Unis.

En abolissant une grande partie des droits de douane, ce traité favorise les exportations européennes de voitures, de machines, de vins ou de fromages. En revanche, il facilite l’importation en Europe de produits sud-américains tels que le bœuf, la volaille, le sucre, le riz, le miel et le soja, avec des quotas de produits détaxés qui inquiètent les filières concernées.

Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a renforcé l’argumentation des partisans de l’accord, rappelant que l’Union européenne doit diversifier ses partenariats commerciaux, comme l’affirme la Commission. Dans le but de rassurer les agriculteurs, Bruxelles a multiplié les concessions ces derniers mois, y compris des garanties renforcées pour protéger les produits sensibles et un geste budgétaire dans la future politique agricole commune (PAC) de l’UE. Cependant, ces efforts n’ont pas suffi à calmer la colère des agriculteurs.

« Il y a beaucoup de peine. Il y a beaucoup d’énervement et ça devient de plus en plus tendu, » confiait Judy Peeters, un représentant des agriculteurs belges, lors d’un blocage sur un échangeur autoroutier au sud de Bruxelles.

En Grèce, les agriculteurs ont intensifié leur mobilisation contre le Mercosur, multipliant les barrages routiers cette semaine.

En France, des tracteurs étaient présents à Paris jeudi et vendredi pour dénoncer le Mercosur, le prix des engrais et la gestion gouvernementale de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins. La FNSEA, le principal syndicat agricole français, a annoncé un grand rassemblement devant le siège du Parlement européen à Strasbourg le 20 janvier.

Face à l’instabilité politique, Emmanuel Macron a exprimé des réserves sur le traité avec le Mercosur, le jugeant « pas acceptable en l’état ». Cependant, la pression politique était trop forte, avec la droite menaçant de renverser le gouvernement de Sébastien Lecornu en cas de soutien à l’accord. Malgré le refus d’Emmanuel Macron, l’extrême droite a annoncé deux motions de censure à l’Assemblée nationale et au Parlement européen, qui ont peu de chances d’aboutir. La gauche radicale a également prévu de soumettre une motion de censure à l’Assemblée. L’UE s’apprête à signer un accord commercial contre l’avis de la première puissance agricole européenne, une situation presque inédite. Certes, Paris a souligné avoir œuvré pour obtenir des concessions en faveur des agriculteurs, mais cela est perçu comme « un échec diplomatique et tactique », déclare de manière anonyme un ancien ministre français. La France se retrouve isolée en qualifiant cet accord d' »épouvantable », tandis que l’Italie réussit à afficher une « tactique assez habile » permettant à Giorgia Meloni de dire « c’est moi qui décide ». Le gouvernement français souligne néanmoins : « l’histoire n’est pas terminée », tant que le Parlement européen ne s’est pas prononcé.

Environ 150 eurodéputés (sur 720) ont déjà annoncé qu’ils comptaient saisir la justice pour tenter de contrecarrer l’application de l’accord.

Le vice-chancelier allemand a déclaré : « Alors que d’autres se referment et adoptent une politique commerciale de plus en plus agressive, nous misons sur de nouveaux partenariats » pour stimuler la croissance et le commerce en Europe.

Les organisations patronales belges, dont la FEB, Voka, AKT, Beci, Unizo et AVED, se sont réjouies de l’aboutissement des discussions entre les États membres en vue de l’approbation de l’accord commercial avec le Mercosur. Elles estiment que cet accord ouvre de nouveaux marchés aux entreprises belges et renforce leur compétitivité sur la scène internationale. Dans un monde marqué par des tensions géopolitiques, cet accord est jugé comme une étape importante pour ancrer davantage l’économie européenne et belge dans les chaînes de valeur mondiale, en particulier en Amérique latine. Selon elles, il offre un meilleur accès à un marché de plus de 280 millions de consommateurs et crée de nouvelles opportunités pour les secteurs exportateurs tels que l’industrie, la technologie et les services.

Vendredi, l’organisation agricole flamande Boerenbond a réagi à l’approbation de l’accord de libre-échange entre l’UE et les pays du Mercosur, le qualifiant d' »affront pour nos agriculteurs qui s’engagent avec passion à fournir chaque jour aux consommateurs européens une alimentation sûre et durable ». Son président, Lode Ceyssens, a déploré que certains passent sous silence les « conséquences désastreuses » de cet accord, estimant qu’il facilitera l’importation de viande et de sucre à bas prix, cultivés de manière moins durable qu’en Europe. « Les consommateurs seront lésés, au mépris de leurs choix sociétaux, et les agriculteurs européens seront contraints de cesser leur activité en raison de la hausse des coûts et des importations à bas prix », a-t-il affirmé. Le Boerenbond appelle les députés européens à rectifier l’accord avant le vote final.