L’IA provoque une pénurie de puces mémoire et hausse des prix.
Le développement de l’intelligence artificielle a créé une pénurie de puces de mémoire vive, faisant grimper les coûts de fabrication. Selon les analystes du cabinet IDC, « le marché de la mémoire est à un moment charnière », où la demande dépasse sensiblement l’offre.
Le développement rapide de l’intelligence artificielle (IA) a provoqué une pénurie de puces de mémoire vive, entraînant une hausse des coûts de fabrication. Cela pourrait se traduire par une augmentation des prix des produits électroniques grand public.
Depuis trois ans, l’attention s’était principalement portée sur les puces GPU, nécessaires au développement et à l’utilisation des grands modèles d’IA générative. Cependant, si les GPU et leurs homologues, les CPU, traitent les demandes informatiques d’un serveur ou d’une console de jeu, l’ensemble du système nécessite également de la mémoire, fournie par d’autres puces, appelées RAM (Random Access Memory) ou DRAM. Cette mémoire vive est accessible instantanément et n’est pas destinée à un stockage permanent, contrairement à ce qui se passe sur un disque dur.
Les analystes du cabinet IDC ont indiqué en décembre que « le marché de la mémoire est à un moment charnière » où la demande dépasse significativement l’offre. L’industrie s’adapte en urgence, en recourant à d’autres composants ou en cherchant des lignes de production disponibles, « parce que la disponibilité est primordiale » dans un environnement ultra-concurrentiel, selon Craig Luhrmann, de l’équipe commerciale de Socionext, spécialisée dans les circuits intégrés.
Les prix ont rapidement évolué face à ce déséquilibre, dans un secteur dominé par les Sud-Coréens Samsung et SK Hynix, ainsi que l’Américain Micron. Selon Luhrmann, « il y a deux ans, on était à un quart » des tarifs actuels. Ce vétéran de l’industrie souligne que la demande provient en premier lieu des centres de données, construits à un rythme effréné pour répondre à l’explosion de la demande d’IA générative.
L’intelligence artificielle transforme aussi l’architecture des ordinateurs personnels et des smartphones, sans oublier la montée en puissance des objets connectés, exposés par dizaines cette semaine au salon technologique CES de Las Vegas, qui peuvent réaliser des opérations de plus en plus complexes.
Pour des entreprises comme Nvidia, qui fabrique des GPU et des CPU et vend principalement à d’autres entreprises, absorber tout ou partie du coût supplémentaire des RAM est envisageable, grâce à des marges très élevées (73 % de marge opérationnelle). Cependant, cette situation n’est pas la même pour de nombreux acteurs de l’électronique grand public. Certains « vont devoir faire des compromis », met en garde Michal Siwinski, responsable produit chez Arteris, spécialisée dans la rationalisation des circuits intégrés.
En ce qui concerne les nouveautés en matière d’IA, Siwinski indique : « peut-être que le chien robot va renifler et se rouler par terre, mais il ne pourra pas aboyer parce qu’il n’y aura pas assez de mémoire ». De manière générale, cela pourrait signifier qu’il sera parfois nécessaire d’utiliser volontairement moins de mémoire, ajoute Avi Greengart, président du cabinet Techsponential, ou de « choisir pour des ordinateurs portables des puces conçues initialement pour des smartphones ». Plusieurs observateurs estiment que les équipementiers pourraient opter pour maintenir les prix des produits d’entrée de gamme tout en augmentant ceux des produits haut de gamme, pour lesquels les consommateurs sont moins sensibles à ces ajustements.

