Rachel accuse l’Abbé Pierre de l’avoir agressée à 8 ans.
Rachel Le Nan a été violée et agressée sexuellement de ses 8 à ses 13 ans par son beau-père René, un proche de l’Abbé Pierre, et accuse également ce dernier d’avoir abusé d’elle à deux reprises alors qu’elle n’avait que 8 ans. Dans son livre « Et pourtant, tout le monde savait », publié le 2 janvier, elle cherche à comprendre son histoire et le silence des hommes d’Eglise.
Pendant près de cinquante ans, Rachel Le Nan s’est crue seule. Elle pensait que la personnalité préférée des Français dans les années 1990 avait simplement eu « un moment d’égarement » en 1974. Cependant, plus de cinquante ans plus tard, alors qu’elle est en vacances en Bretagne, la sexagénaire entend à la radio les mots « appel à témoins » et « Abbé Pierre » et réalise que le fondateur d’Emmaüs a également fait d’autres victimes, ressentant une véritable « déflagration ».
Dans son livre intitulé *Et pourtant, tout le monde savait* (City Editions), publié le 2 janvier, Rachel Le Nan cherche à comprendre son histoire et le silence des hommes d’Église. Elle révèle avoir été violée et agressée sexuellement par son beau-père René, un proche de l’Abbé Pierre, entre l’âge de 8 et 13 ans. Elle accuse également le fondateur d’Emmaüs de l’avoir abusée à deux reprises alors qu’elle n’avait que 8 ans.
Rachel a grandi dans un environnement familial difficile. Son père lutte contre une addiction à l’alcool et sa mère traverse des épisodes dépressifs récents. Au printemps 1974, « Monsieur René », ami de sa mère et futur beau-père, l’emmène rencontrer l’Abbé Pierre en région parisienne. « Un grand monsieur », explique le membre d’Emmaüs à la fillette, qui est consciente que c’est grâce à cette fondation qu’elle peut s’habiller. Dans son livre, Rachel raconte qu’elle se retrouve seule avec l’Abbé Pierre dans son bureau, où il lui ordonne de venir s’assoir sur ses genoux. Elle évoque une odeur de « pipi » et de « transpiration fétide ».
« Son regard, sa façon de me tenir et de m’agripper la mâchoire… on aurait dit une bête féroce. Il a fourré sa langue au fond de ma gorge et a appuyé sur ma petite culotte pour tenter de rentrer à l’intérieur », témoigne-t-elle, sa voix brisée même cinquante ans après. « Chaque fois que j’en parle, c’est très difficile, je ressens encore ses mains sur moi. J’ai même les odeurs qui reviennent. »
La préadolescente tente à deux reprises de rompre le silence que René lui a fait promettre de garder, mais ses tentatives sont accueillies par une violence inouïe. La première, à 11 ans, se solde par une gifle de la directrice de son pensionnat après qu’elle ait accusé « Monsieur René », une personne respectée dans la communauté. La seconde intervention a lieu un an plus tard, alors qu’elle vient de connaître ses premières règles et craint d’avoir du sang lors des prochains passages à l’acte de son beau-père. Elle se confie à sa mère un soir d’août 1977. Le lendemain, cette dernière, dépressive depuis des années, se suicide. Rachel ne parlera à personne pendant quarante-sept ans.
Ainsi, quand elle entend les révélations en juillet 2024, la sexagénaire, devenue mère de trois enfants, réalise qu’elle n’est pas la seule. Entre janvier et juillet 2025, douze autres victimes mineures témoigneront auprès de la ligne d’écoute. « J’ai honte mais je le dis : j’étais rassurée de savoir que je n’étais pas la seule victime. C’est horrible de dire ça mais je me suis dit qu’on allait enfin me croire. » Elle entend finalement la phrase tant attendue : « on vous croit » lorsqu’elle raconte son histoire sur cette ligne.
Les souvenirs refaisant surface, l’ancienne pupille de la Nation s’efforce de comprendre qui était son beau-père, la nature de sa relation avec le fondateur d’Emmaüs et qui pouvait être au courant des faits. Au cours de son enquête, elle découvre que René, avant de rencontrer sa mère, avait été prêtre et condamné pour des violences sexuelles sur trois fillettes de 5 et 8 ans. « Je comprends que Monsieur René est un ami proche de l’Abbé Pierre, qui l’a pris sous son aile, l’a hébergé à Emmaüs et lui a donné des responsabilités. »
Au fur et à mesure de ses recherches, Rachel découvre une lettre de l’Abbé Pierre écrite en 1976, année de la revalidation de René en tant que laïc. « Il explique que René aimerait épouser une femme très malheureuse, mère d’une fillette de 12 ans. À aucun moment, il ne mentionne que cet homme vient d’être condamné pour abus sexuels sur mineurs. Sur le courrier, le mot “fillette” est souligné, comme s’il essayait de se déresponsabiliser de ce qui pourrait arriver par la suite », analyse-t-elle aujourd’hui.
Bien que l’écriture de ce livre ait été « un exutoire », Rachel y a perdu beaucoup. Elle a traversé des nuits blanches, des crises de larmes, une perte de poids significative, et cela a eu des conséquences sur ses proches à qui elle a avoué un jour : « la petite fille de 8 ans dont les médias parlent, c’est moi. » Sa famille la soutient, mais son frère n’a pas pu aller au-delà de la page 42 du livre. « J’espère que mon histoire encouragera d’autres victimes à sortir du silence. Mon plus grand regret, c’est qu’aucun de ces deux hommes ne soit encore en vie pour pouvoir répondre de leurs actes. » L’Abbé Pierre est décédé en 2007.

