Tempête Goretti : Enfouir les lignes électriques éviterait-il les coupures ?
Ce vendredi matin, 380.000 foyers sont privés d’électricité en raison de la tempête Goretti. D’après Enedis, environ 50 % du réseau moyenne et basse tension en France est caché sous terre, contre 70 % pour l’Allemagne et 63 % pour le Royaume-Uni.
C’est un peu la « magnitude » de chaque tempête. En France, l’intensité des événements climatiques se mesure souvent au nombre de foyers privés d’électricité. La tempête Goretti ne fait pas exception. Ce vendredi matin, 380.000 foyers sont ainsi privés de courant.
Qui en est responsable ? Naturellement, le vent ! Cependant, ce n’est pas le vent en lui-même qui pose problème, mais tous les objets qu’il projette sur les lignes électriques. Des arbres, des branches, des toitures ou du mobilier de jardin viennent perturber l’alimentation électrique. Et si la solution était d’enterrer toutes les lignes ? Ce n’est pas une idée absurde, mais ce n’est pas pour demain.
### Trente fois le tour de la Terre
La France possède un peu plus de 100.000 kilomètres de lignes électriques à haute tension. Gérées par Réseau transport électricité, ces « autoroutes » défigurent souvent le paysage car elles sont peu enterrées. Selon RTE, seuls 6.000 km sont souterrains. En général, les lignes sont enfouies en milieu urbain, mais ce ne sont pas celles-ci qui sont généralement affectées. Ce sont plutôt les lignes basse tension, qui transportent du 220 ou du 400 volts jusqu’aux habitations. La Commission de régulation de l’énergie estime que leur longueur cumulée dépasse 1,3 million de kilomètres, soit trois fois la distance de la Terre à la Lune, ou plus de 30 fois le tour de notre planète.
### La France, un pays très « aérien »
Contrairement à d’autres pays comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni, la France n’a jamais vraiment choisi l’enfouissement (l’enterrement étant moins esthétique). D’après Enedis, environ 50 % du réseau moyenne et basse tension est enterré, contre 70 % pour l’Allemagne et 63 % pour le Royaume-Uni. Cette situation est historiquement liée à la dispersion de l’habitat en France, obligeant Enedis à tirer du câble pour alimenter les hameaux isolés, notamment en Lozère.
Si la filiale d’EDF utilise des lignes aériennes, c’est d’abord pour des raisons économiques. Enedis indique que le coût de l’enfouissement est « cinq fois supérieur » à celui d’une ligne aérienne classique, soit environ 80.000 à 100.000 euros par kilomètre enterré. Le gestionnaire choisit donc d’enterrer uniquement dans « les zones prioritaires identifiées comme présentant un fort risque climatique ». L’objectif est « de limiter les incidents et d’améliorer la qualité de la fourniture d’électricité aux clients ». Au-delà du vent, la neige peut également endommager les réseaux.
### Pourquoi c’est en train de changer
Après une réduction significative des opérations d’enfouissement dans les années 2000, le gestionnaire a augmenté ses investissements, particulièrement après la tempête Klaus en janvier 2009, qui avait privé 1,7 million de foyers d’électricité dans le Sud-Ouest. Bien que l’enfouissement reste plus coûteux, il s’avère plus rentable à long terme. D’après le fournisseur d’électricité Ekwateur, le coût d’exploitation d’une ligne souterraine serait « quatre à cinq fois moins élevé que celui d’une ligne aérienne ». Sa durée de vie pourrait également être prolongée de vingt ans, atteignant ainsi 60 ans.
### L’exemple de la Bretagne
Suite à la tempête Ciaran, qui avait causé au moins trois décès en France en novembre 2023, Enedis avait mis en place un vaste plan « de renforcement » de ses infrastructures. Lors de cette tempête, environ 1,2 million de foyers avaient été privés d’électricité, soit près d’un foyer sur 30 !
Après cet événement climatique dévastateur en Bretagne, Enedis s’est engagé à enfouir 1.000 kilomètres de lignes en cinq ans dans la région. L’objectif est de réparer, mais aussi de préparer les infrastructures aux dégâts croissants liés au réchauffement climatique. Selon les scientifiques, les événements extrêmes devraient se multiplier à cause de ce dérèglement. Le réseau électrique doit s’adapter. En France, 98 % des nouvelles installations sont enfouies, assure Enedis.
### Enfouir, c’est aussi une question de sécurité
Le problème de l’enfouissement des câbles est qu’il implique des travaux de creusement, des démolitions de routes, la création de tranchées ou le passage de cours d’eau. Cela nécessite des autorisations et une attention particulière pour ne pas dégrader l’environnement. Cependant, l’enfouissement présente d’autres avantages en matière de sécurité. Même en cas de tempête, les câbles enterrés ne risquent pas de tomber à hauteur d’homme. Il est à noter qu’un agent d’Enedis a perdu la vie lors d’une intervention liée à la tempête Ciaran, dans des circonstances qui demeurent à clarifier. « Cela contribue aussi à préserver la biodiversité, en évitant aux oiseaux les risques d’électrocution ou de chocs avec les câbles électriques », rappelle Enedis. Malheureusement, ce procédé est très coûteux.

