Maxime Prévot : « Pas de violation de l’intégrité territoriale du Groenland »
Début janvier, les Etats-Unis ont officiellement annoncé avoir capturé et exilé le président vénézuélien Nicolas Maduro ainsi que son épouse pour lutter contre le narcotrafic. Le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot (Les Engagés), était en visite aux Etats-Unis pour y rencontrer le secrétaire d’État Marco Rubio.
Début janvier, les États-Unis ont officiellement annoncé la capture et l’exil du président vénézuélien Nicolás Maduro ainsi que de son épouse dans le cadre d’une lutte contre le narcotrafic. Suite à cela, le président américain Donald Trump a réaffirmé son intention de s’emparer du Groenland, un territoire autonome du Danemark, pour des raisons de sécurité. Cependant, selon le député fédéral et membre de la Commission des Relations extérieures, Mathieu Michel (MR), ces arguments masquent d’autres motivations.
« Aujourd’hui, les États-Unis pensent d’abord à leurs propres intérêts. Lorsqu’ils parlent de leurs opérations spéciales actuelles en fonction de la sécurité, il est évident qu’il y a toujours un objectif de domination économique derrière. Pour le Venezuela, c’est le pétrole. Pour le Groenland, ce sont les métaux rares », a-t-il déclaré lors de l’émission « QR le débat » ce mercredi. « Le prétexte de sécurité est léger, car aucune menace ne provient du Groenland. De plus, le Venezuela ne menaçait pas l’intégrité des États-Unis. Ainsi, le fonctionnement même de Trump est de rendre l’Amérique de nouveau grande en contrôlant les ressources. Nous sommes un peu dans un scénario de ‘Minus et Cortex’, où le but est de dominer le monde », a-t-il ajouté.
Le député européen Marc Botenga (PTB) partage cette vision. « C’est une stratégie de sécurité nationale où Donald Trump affirme vouloir contrôler son hémisphère. Il l’a annoncé : il veut tout, du Groenland jusqu’au sud de l’Amérique latine, car son objectif stratégique est la Chine », a-t-il souligné.
« Il faut prendre les menaces de Donald Trump très au sérieux », a noté la vice-présidente du PS, Anne Lambelin. « Aujourd’hui, Donald Trump représente une menace réelle pour l’Union européenne et notre continent. »
Mais que se passerait-il réellement si Trump mettait ses menaces à exécution ?
Ce mardi, le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot (Les Engagés), était en visite aux États-Unis pour rencontrer le secrétaire d’État Marco Rubio. Lors de cette rencontre prévue de longue date, ils ont abordé la question du Groenland. « J’ai exprimé l’indignation de la Belgique, ainsi que celle de l’ensemble de la Communauté internationale européenne, en disant que nous comprenons leurs craintes en matière de sécurité dans le nord de leur hémisphère, et que la localisation stratégique du Groenland, en particulier face à la Russie ou à la Chine, est source de préoccupation », a résumé Prévot, rappelant aux Américains la nécessité de « discuter avec leurs alliés européens et avec l’Otan dont le Danemark fait partie. »
Du côté européen, danois et groenlandais, « nous sommes ouverts à des discussions pour apaiser les craintes et consolider un pacte de sécurité, mais en aucun cas nous ne pouvons tolérer la moindre violation de l’intégrité territoriale du Groenland », a-t-il insisté. « Il ne peut pas y avoir un morceau de terre européen qui soit accaparé par la force, en dépit du droit, par les Américains. »
Frédéric Dopagne, professeur de droit international à l’UCLouvain, a apporté son point de vue. « Je ne sais pas si ce sera la fin de l’ordre international, mais la fin de l’Otan… Peut-être », a-t-il déclaré.
Pour le professeur de relations internationales, Sébastian Santander (ULiège), « le meilleur accord que pourrait envisager Donald Trump serait d’acheter le Groenland plutôt que d’y envoyer des troupes. Un accord acceptable pour lui pourrait consister à obtenir des privilèges pour exploiter les matières premières présentes sur le territoire groenlandais, essentielles pour le fonctionnement de l’IA, notamment. »
Cependant, apaiser les tensions ne pourrait pas passer par la vente de l’île aux États-Unis. « Je ne pense pas que ce soit ni la volonté du Groenland, ni celle du Danemark », a déclaré Maxime Prévot. « Je pense que le président Trump, en homme d’affaires, a exprimé dans des termes très fermes son désir d’atteindre un niveau de négociation par la suite. Il l’a déjà fait pour les tarifs douaniers en annonçant des hausses de tarifs allant parfois jusqu’à 100%, si bien qu’en obtenant finalement 30 ou 15%, on se retrouve à dire ‘merci’, alors qu’il s’agit d’une pénalité. »
« D’après les discussions que j’ai eues avec les autorités américaines, je pense que nous nous orienterons plutôt vers un schéma où les préoccupations de sécurité seront rencontrées, mais je n’ose imaginer un conflit intra-alliés de l’Otan », a-t-il ajouté.
« Il existe déjà des accords bilatéraux entre le Groenland et les États-Unis qui garantissent à ces derniers la sécurité de cette zone », a réagi Mathieu Michel. Envisager d’aller plus loin est donc « particulièrement préoccupant ».
Si aucun accord n’est abouti et que Donald Trump décide finalement d’envoyer des troupes, « la Première ministre du Danemark a indiqué que cela marquerait la fin de l’Otan », a rappelé Sébastian Santander. « Du côté des États-Unis, je pense que Donald Trump continuera de mettre la pression si aucun accord n’est trouvé. »
Frédéric Dopagne a ajouté : « Je ne sais pas si ce sera la fin de l’ordre international, mais la fin de l’Otan… Peut-être, puisqu’un allié attaquerait un autre allié au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. »
Si les Américains passent à l’action, « ce qui pourrait se produire, c’est qu’une assistance au bénéfice du Danemark s’organise au sein de l’Union européenne », envisage Frédéric Dopagne. « Il existe également une clause de défense mutuelle dans les traités européens qui pourrait être activée, puisque l’Otan ne pourrait plus fonctionner. »

