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Manifestations en Iran : Internet coupé dans tout le pays, ONG indique.

Une importante manifestation a eu lieu à Téhéran au douzième jour d’un mouvement de contestation, avec des protestataires affluent sur une artère majeure de la ville. Selon l’ONG Iran Human Rights, au moins 45 manifestants, dont huit mineurs, ont été tués au total durant ces manifestations, qui sont les plus importantes en Iran depuis celles ayant eu lieu après la mort de Mahsa Amini en 2022.


Dans une avenue de Téhéran, une foule s’est rassemblée : des images montrent une manifestation considérable au onzième jour d’un mouvement contestataire défiant le gouvernement. Les autorités, témoignant de leur fébrilité, auraient coupé l’accès à Internet sur l’ensemble du territoire, selon une ONG. Depuis Washington, Donald Trump a une nouvelle fois menacé de « frapper très fort » l’Iran si les autorités « commençaient à tuer » des manifestants. De nombreux manifestants, tant à pied qu’en voiture, se sont dirigés vers une artère principale de la capitale, d’après des vidéos publiées sur les réseaux sociaux et validées par l’AFP. Des chaînes de télévision persanes situées à l’extérieur de l’Iran ainsi que d’autres médias ont également diffusé des images de grandes manifestations dans d’autres villes, comme Tabriz, au nord, et la ville sainte de Mashhad, à l’est.

« Censure »

Parallèlement, l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks, se basant sur des « données en temps réel« , a annoncé « une coupure d’internet à l’échelle nationale« . « Cet incident fait suite à une série de mesures de censure numérique de plus en plus strictes visant les manifestations à travers le pays, et entrave le droit du public à communiquer à un moment critique« , a écrit Netblocks sur le réseau social X. Depuis le début du mouvement, qui a commencé le 28 décembre à Téhéran, des rassemblements ont eu lieu dans au moins cinquante villes, touchant 25 provinces sur 31, selon un décompte de l’AFP basé sur les annonces officielles et des médias. Ces manifestations, initialement liées à la hausse du coût de la vie, sont les plus importantes en Iran depuis celles qui ont suivi la mort de Mahsa Amini, arrêtée en raison d’un voile supposément mal ajusté, en 2022.

Selon un bilan récent publié jeudi par l’ONG Iran Human Rights (IHR), au moins 45 manifestants, dont huit mineurs, ont été tués. Le directeur de l’ONG, Mahmood Amiry-Moghaddam, a affirmé que « la répression s’étend et devient chaque jour plus violente« , ajoutant que « des centaines » de personnes ont également été blessées et plus de 2 000 arrêtées. Pourtant, les médias iraniens et les autorités ont rapporté au moins 21 décès depuis le début des manifestations, parmi lesquels des membres des forces de l’ordre, d’après un décompte de l’AFP.

« Changement radical »

Dans un climat de tension croissante, le président iranien Massoud Pezeshkian a de nouveau exhorté à « la plus grande retenue » face aux manifestants, ainsi qu’à « un dialogue » et à « l’écoute des revendications du peuple« . Selon des vidéos authentifiées par l’AFP ces derniers jours, les manifestants scandaient des slogans tels que « c’est la bataille finale, Pahlavi reviendra », en référence à la dynastie chassée par la Révolution islamique en 1979. Ou encore « Seyyed Ali sera démis », en référence au guide suprême Ali Khamenei, au pouvoir depuis 1989. Un habitant de Kermanshah (est), joint par messagerie, a déclaré : « J’ai participé à toutes les manifestations depuis 2009« . Il a ajouté : « La différence principale aujourd’hui, c’est la situation économique des gens (…), quoiqu’on fasse, on ne peut pas suivre l’inflation dont le régime est responsable« , appelant à « un changement radical et à la fin de la République islamique ».

« Usage excessif de la force »

Les ONG rapportent l’utilisation de gaz lacrymogène dans plusieurs localités pour réprimer les manifestations, ainsi que des tirs à balles réelles. À Abadan (ouest), l’IHR indique qu’une femme a été blessée à l’œil par une balle pendant une manifestation mercredi soir. Un policier iranien a également été poignardé alors qu’il « participait aux efforts destinés à contrôler des troubles » près de Téhéran et est mort quelques heures plus tard, a annoncé jeudi l’agence de presse iranienne Fars. Le chef de la diplomatie allemande a dénoncé jeudi un « usage excessif de la force » de la part du pouvoir iranien « contre des manifestants pacifiques » et a appelé les autorités de Téhéran à « respecter leurs obligations internationales » à cet égard.

Amnesty International estime que « les forces de sécurité iraniennes ont blessé et tué » des manifestants mais aussi des simples témoins de ces événements. Dans la nuit de mercredi à jeudi, des manifestants à Kuhchenar (sud) ont applaudi après avoir renversé une statue de Qassem Soleimani, un important commandant des Gardiens de la Révolution, tué lors d’une frappe américaine en Irak en 2020 et célébré en héros par la République islamique, selon une vidéo authentifiée par l’AFP.