L’essor des fictions espagnoles sur les plateformes depuis « La Casa de papel »
Entre 2022 et le premier semestre 2025, plus de 26,1% des productions non-anglophones les plus streamées provenaient d’Espagne, plaçant ce pays au deuxième rang derrière la Corée du Sud et au premier en Europe, selon un rapport de Parrot Analytics et de l’Institut espagnol du commerce extérieur (ICEX) publié en octobre. En juin dernier, Netflix a annoncé qu’il investirait d’ici à 2028 plus de 1 milliard d’euros dans des productions en Espagne.
« La Casa de papel » a ouvert la voie : depuis le succès de cette série sur Netflix, les productions espagnoles se sont multipliées sur les plateformes, explorant avec succès des genres variés, allant du thriller « El Jardinero » au drame sentimental « Los Años nuevos ». « Cela fait quelques années qu’il n’y a pas seulement un engouement mais aussi un savoir-faire espagnol qui s’est confirmé, qui s’est affirmé sur les petits écrans », résume Carlo Fasino, programmateur du Festival international Séries Mania, organisé dans le nord de la France depuis 2018.
Deux récentes productions ibériques ont rencontré un franc succès sur Netflix. Diffusée en avril, la série « El Jardinero », qui suit un tueur à gages passionné par les plantes, s’est hissée parmi les plus vues en langue non-anglaise, tandis que « La Cité des ombres », une enquête policière se déroulant dans le Barcelone de Gaudi, a fait son entrée dans le top 10 des plus visionnées dès la première semaine de sa diffusion en décembre.
Aucune de ces productions n’a atteint les sommets du gang de braqueurs de « La Casa de papel », qui s’est étendue sur cinq saisons depuis 2018, ni des gros blockbusters anglophones. Malgré cela, la vague espagnole a débordé du seul Netflix et du domaine très fréquenté des séries policières.
Présentée à la Mostra de Venise en 2024, « Los Años nuevos », qui explore l’histoire d’amour de deux trentenaires à travers dix réveillons de fin d’année, connaît un grand succès sur la plateforme de la chaîne franco-allemande Arte, où elle a été visionnée au moins 3,7 millions de fois.
Également diffusée par Arte, « Querer » examine l’impact des accusations de viol portées par une mère de famille contre son mari et a remporté le grand prix à la dernière édition de Séries Mania, tandis que « La Mesias » raconte l’histoire d’un frère, d’une sœur et de leur mère au sein d’une dérive sectaire.
Selon Carlo Fasino, cette prolifération de productions ibériques est due au fait que l’Espagne a été « l’un des rares pays en Europe occidentale où il n’y a pas eu de barrière entre le monde du cinéma et de la télévision » et au « regard un peu élitiste » que le monde du 7e art porte sur les séries.
Les productions espagnoles se distinguent par leur inventivité, leur diversité et leur originalité, tout en étant accompagnées d’une vision d’auteur très engagée, souligne Alexandre Piel, directeur adjoint de l’unité fiction d’Arte France. Carlo Fasino évoque une « fraîcheur » des productions espagnoles, que l’on retrouve également dans le cinéma de Pedro Almodovar ou de Bigas Luna. « Même dans des séries dramatiques ou tragiques, il y a toujours un aspect très pop, très coloré et parfois très mélodramatique », analyse-t-il.
Fortes de ces atouts, l’Espagne est devenue un acteur majeur de la production de contenus pour la télévision et le cinéma. Entre 2022 et le premier semestre 2025, plus d’un quart (26,1 %) des productions non-anglophones les plus diffusées proviennent d’Espagne, se plaçant deuxième derrière la Corée du Sud et première en Europe, selon un rapport de Parrot Analytics et de l’Institut espagnol du commerce extérieur (ICEX) publié en octobre.
« L’industrie espagnole ne dépend plus d’une série limitée de succès mondiaux, mais est beaucoup plus diversifiée en termes de types de contenus et de succès », confirme Jaime Otero, vice-président des alliances stratégiques chez Parrot Analytics.
Le géant Netflix a largement facilité cette évolution. En 2019, il a ouvert, près de Madrid, ses premiers studios en dehors des États-Unis. En juin dernier, il a annoncé qu’il investirait d’ici à 2028 plus de 1 milliard d’euros dans des productions en Espagne.

