Belgique

Jeudi en Prime : Michel De Maegd, député des Engagés, quitte le MR.

Michel De Maegd a déclaré qu’en sept ans au MR, il n’a « pas changé d’un iota » alors que le MR « a glissé sa ligne de plus en plus vers une droite populaire ». Il a également mentionné que « juridiquement, un mandat appartient au mandataire », ce qui est « consacré par la jurisprudence parlementaire ».


Quel a été le déclencheur ? Qu’est-ce qui a conduit Michel De Maegd, député fédéral du MR jusqu’à mardi, à rejoindre Les Engagés ? « Un enchaînement d’épisodes, une série de désaccords profonds sur la ligne politique », répond le député. Michel De Maegd souligne que lorsqu’il a rejoint le MR en 2019, c’était en tant que « libéral social et humaniste » et qu’en sept ans, il n’a « pas changé d’un iota ». En revanche, il constate que le MR « a glissé sa ligne de plus en plus vers une droite populaire assumée par le président ». « C’est un président qui imprime des accents populistes, voire trumpistes. Ce n’est pas du tout ma ligne », explique Michel De Maegd.

Bien qu’il ait reçu des marques de soutien de la part d’autres membres du MR, tels que des « députés », des « ministres » ou même des « barons », Michel De Maegd se dit à un moment donné « clairement marginalisé par le président ».

« Chez Les Engagés, je peux vous dire qu’en trois jours, j’ai déjà trouvé une culture d’entreprise participative, bienveillante. On construit et on ne détruit pas. On construit des ponts, pas des murs », déclare le nouveau député des Engagés. Il se sent ainsi désormais dans « un parti de centre droit » qui « incarne le libéralisme authentique, social et humain ».

### Ce qu’il reproche au MR et à son président

Michel De Maegd a qualifié l’attitude de la direction du MR d' »illibérale ». « Le libéralisme, c’est défendre les libertés, la presse, la pensée, l’expression, et j’en passe, et c’est aussi défendre la responsabilité de l’individu », explique-t-il. « Quand on fait des attaques contre la presse, quand on fait des attaques constantes contre des décisions de justice, contre les institutions, quand on fait des entorses, à mes yeux, intolérables sur la déontologie, le népotisme, quand on se distancie ouvertement du droit international, quand on promeut le culte du chef, avec cette phrase, dans la presse, il y a encore quelques jours, en disant qu’un individu devait toujours avoir un chef pour décider ». « C’est le contraire », argumente le député des Engagés.

Selon lui, il existe au MR « un pouvoir qui est devenu vertical, du président vers l’ensemble des équipes ». « C’est le président qui incarne le culte du chef », souligne Michel De Maegd. « Il y a des instances qui n’ont plus été réunies pendant plus d’un an. L’interparlementaire n’a plus été réunie pendant un an », ajoute-t-il.

Tout le monde au MR « n’est pas à mettre dans le même sac », précise Michel De Maegd. Il mentionne notamment Sophie Wilmès qu’il considère comme une « amie ». « C’était très douloureux, cette séparation pour moi, parce que c’est compliqué, quand vous êtes quelqu’un de loyal, de partir, mais je dois être loyal à mon corpus politique, parce que sinon, je me trahis moi-même », explique-t-il.

Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, n’a pas encore réagi officiellement au transfert de Michel De Maegd chez Les Engagés. « C’est son droit le plus strict », commente le député De Maegd.

### Son mandat de député devrait-il revenir au MR ?

Ce jeudi, lors de la séance plénière à la Chambre, Michel De Maegd a intégré le groupe des députés des Engagés. Quel message souhaite-t-il adresser aux électeurs qui l’ont élu en 2024 alors qu’il était sur les listes du MR ? Peut-on parler d’une forme de trahison envers l’électorat ?

Michel De Maegd commence par expliquer que « juridiquement, un mandat appartient au mandataire », ce qui est « consacré par la jurisprudence parlementaire ». « Dans un système particratique, avec une puissance vraiment très forte des partis, rendre le mandat serait museler le parlementaire et le considérer comme un presse-bouton », avance le député.

Sur le plan éthique, Michel De Maegd se dit « d’accord sur le principe qu’il faille rendre son mandat ». « Mais cela doit s’appliquer à l’ensemble des cas de figure », précise-t-il, ajoutant qu' »il y a quatre députés du Mouvement Réformateur qui siègent avec des mandats qu’ils ont obtenus dans quatre partis différents, notamment des Engagés ».

En passant du MR aux Engagés, Michel De Maegd reste dans un parti qui fait partie de la coalition Arizona au niveau fédéral et de la coalition Azur au sud du pays. « Les finances du pays sont dans un état catastrophique. La dette est abyssale. Aux Engagés, nous pensons qu’il serait irresponsable de fragiliser ces coalitions », assure Michel De Maegd. « Le MR reste un partenaire, bien entendu, mais les Engagés, simplement, ne sont scotchés à personne. Nous avons nos différences, bien entendu, mais nous sommes loyaux, c’est fondamental, et je l’ai toujours été à l’accord de gouvernement », ajoute le député.

### « Aucun poste ne m’a été promis »

Michel De Maegd, député fédéral, est également un Bruxellois. Il rejoint Les Engagés à un moment où le président de ce parti, Yvan Verougstraete, envisage la formation d’un gouvernement pour la Région Bruxelles-Capitale. Michel De Maegd prévoit-il de jouer un rôle à Bruxelles ? Ou lui a-t-on promis un poste à Bruxelles ? « Pour être transparent et honnête avec vous, cela n’a pas été évoqué une seule seconde quand j’ai discuté avec Yvan Verougstraete, le président du parti, et Maxime Prévot », répond Michel De Maegd. Pour ce dernier, Yvan Verougstraete est « la personne légitime pour faire ce job ». « Aucun poste ne m’a été promis par Maxime Prévot, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères ou Yvan Verougstraete », assure Michel De Maegd.

Au passage, Michel De Maegd qualifie les 580 jours sans gouvernement à Bruxelles de « fiasco scandaleux ». « C’est une responsabilité collective, mais à force d’exclusives, d’insultes à la table de négociations, on crée un climat impossible », estime le député fédéral. Selon Michel De Maegd, le MR avait la responsabilité « en tant que gagnant des élections d’emmener l’ensemble des forces vives bruxelloises ». « Et il faut acter qu’à Bruxelles, il n’est pas possible de reléguer dans l’opposition à la fois le Parti socialiste et Écolo et ça, on le savait dès le soir des élections », ajoute-t-il. La plupart des partis politiques bruxellois ont posé des lignes rouges avant la tentative actuelle de former un gouvernement. « J’acte qu’Yvan Verougstraete a le courage d’essayer depuis des semaines d’engendrer de nouvelles discussions dans un climat qui est plus respectueux et plus serein », conclut Michel De Maegd.

### Une approche plus en nuance des dossiers internationaux

Au Parlement, Michel De Maegd suit de près les dossiers internationaux. Il est vice-président de la Commission des Relations extérieures. C’est d’ailleurs sur un dossier international, celui de la situation à Gaza, que la tension entre Michel De Maegd et le président du MR a pris de l’ampleur à la fin de l’été. « C’était au moment de l’Assemblée générale des Nations-Unies, un moment fondamental pour la reconnaissance de la Palestine », rappelle Michel De Maegd. Que pourrait-il dire aujourd’hui à ce sujet en étant chez Les Engagés qu’il ne pouvait pas dire à l’époque où il était au MR ? « Je pense que nous devions adoucir notre position. On ne pouvait pas être dans la ligne Netanyahou. Il faut avoir une ligne qui respecte la souffrance du peuple israélien qui était attaqué par le Hamas, mais il faut avoir une ligne qui respecte la souffrance du peuple palestinien », explique Michel De Maegd qui évoque dans ce dossier de « nuance ».

Toujours au niveau international, il souligne qu’il est « attentif », notamment aux « dérives de Trump », où il est davantage question de business et de deals que de respect du droit international. « Vous avez vu ce qui s’est passé au Venezuela pour le pétrole. Le Groenland, c’est pour les terres rares qui sont dans le sous-sol du Groenland. C’est dangereux, et je vois que certaines personnes, notamment dans mon ancien parti, ont tendance à se distancier du droit international », conclut Michel De Maegd qui précise avoir « beaucoup de diplomates » qui le « soutiennent en coulisse ».