Espagne : Accord historique pour indemniser les victimes d’abus sexuels religieux
Le gouvernement et l’Église catholique ont signé jeudi un texte visant à indemniser les victimes d’abus sexuels commis par des religieux. Le Défenseur du peuple a estimé dans un rapport publié en 2023 que depuis 1940, plus de 200.000 mineurs pourraient avoir subi des abus sexuels de la part de religieux catholiques.
Un accord a été signé pour « solder une dette historique morale ». Après des années de réticences et de manque de transparence de la part de la hiérarchie ecclésiastique, le gouvernement espagnol et l’Église catholique ont convenu jeudi d’un texte visant à indemniser les victimes d’abus sexuels commis par des membres du clergé.
Cet accord, validé par le ministre de la Justice du gouvernement de gauche et la Conférence épiscopale espagnole (CEE), prévoit « la réparation intégrale des victimes d’abus sexuels survenus au sein de l’Église » qui ne peuvent pas porter leur affaire devant la justice, souvent en raison de la prescription, selon un communiqué du ministère.
### Des réparations financées par l’Église
Le ministre de la Justice Félix Bolaños a déclaré lors d’une conférence de presse que cet accord permettra de « solder une dette historique morale que nous avions envers les victimes d’abus » : « Pendant des décennies, il y a eu du silence, il y a eu de la dissimulation, un préjudice moral souvent impossible à compenser ». Il a précisé que les réparations seront financées par l’Église, qui avait jusqu’alors refusé de participer à une telle initiative.
Luis Argüello, président de la CEE, a affirmé : « Pour nous, cet accord constitue un pas de plus sur le chemin que nous parcourons depuis des années », en évoquant « une voie complémentaire » au mécanisme interne déjà instauré par l’Église pour indemniser les personnes concernées. Félix Bolaños a souligné que le Vatican avait donné « une impulsion nécessaire et indispensable pour parvenir à cet accord », qu’il avait discuté avec le pape François, décédé en avril 2025, et avec le secrétaire d’État du Vatican, Pietro Parolin.
### Réparation pouvant être économique, morale, psychologique et restauratrice
L’annonce a été bien accueillie par des associations de victimes, qui ont critiqué pendant des années l’inaction de l’Église dans ce pays à forte tradition catholique. Juan Cuatrecasas, porte-parole de l’association Infancia Robada (Enfance volée), a déclaré à l’AFP : « Notre appréciation est positive. Nous pensons que cela correspond à ce pour quoi nous avons lutté pendant de nombreuses années. Que l’Église, même sous la pression du Vatican, s’engage désormais à réparer, cela nous paraît très important ».
Dans le nouveau système qui entrera en vigueur dans un mois, la victime déposera plainte auprès du Défenseur du peuple (ombudsman), qui proposera une réparation pouvant être « économique, morale, psychologique, restauratrice ou même les quatre simultanément », a précisé Félix Bolaños. Si la proposition n’est pas acceptée par la victime ou l’Église, une « commission mixte composée de l’Église, de l’État et des victimes » examinera le cas, et en l’absence d’accord, la proposition du Défenseur du peuple prévaudra.
### Pas d’obligation juridique
La CEE a pour sa part indiqué dans un communiqué que l’accord ne reposait pas sur « une obligation juridique, mais sur l’engagement moral de l’Église ». Elle s’est également félicitée que le gouvernement du Premier ministre socialiste Pedro Sánchez ait accepté que les réparations financières soient exonérées d’impôts, sans quoi les victimes auraient dû verser jusqu’à 30 % de ce qu’elles recevraient, comme l’a souligné Luis Argüello.
Enfin, la CEE a salué l’engagement du gouvernement à « aborder la réparation intégrale des victimes d’abus dans tous les secteurs de la vie sociale », une demande de longue date de l’Église qui souhaite que l’attention ne se concentre pas uniquement sur elle concernant ces abus.
À la demande du Parlement espagnol, le Défenseur du peuple avait estimé dans un rapport publié en 2023 que depuis 1940, plus de 200.000 mineurs pourraient avoir subi des abus sexuels de la part de religieux catholiques, un chiffre qui pourrait atteindre 400.000 si l’on inclut les abus commis par des laïcs dans des contextes religieux.

