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L’intelligence émotionnelle fait-elle vraiment la différence dans nos relations intimes ?

Tinder a lancé un questionnaire interactif pour guider ses utilisateurs vers des relations plus conscientes et équilibrées. Selon Christophe Haag, il est possible de développer son intelligence émotionnelle à tout âge, même à 65 ans.

« Non, mais de toute façon, ça n’aurait jamais fonctionné entre nous. Il n’avait aucune intelligence émotionnelle. » Cette phrase est devenue presque courante. Dans les conversations après une rupture, sur les applications de rencontre ou lors d’un rendez-vous qui se passe plus ou moins bien, elle apparaît comme un argument central. Depuis quelques années, l’intelligence émotionnelle est devenue essentielle dans le cadre du dating et dans nos relations. On recherche désormais non seulement une connexion, mais aussi quelqu’un capable d’identifier nos émotions, de communiquer sans excès et de ne pas projeter sur l’autre le poids de nos tourments intérieurs.

C’est dans ce contexte que Tinder a récemment lancé un questionnaire interactif visant à aider ses utilisateurs à établir des relations plus conscientes et équilibrées. Un message fort : bien que le terme soit omniprésent, sa définition et son application pratique restent largement floues. Alors, de quoi s’agit-il vraiment ? Et vous, possédez-vous cette fameuse intelligence émotionnelle ?

Qu’est-ce que l’intelligence émotionnelle ?

Les personnes interrogées possèdent en réalité une définition étonnamment précise de l’intelligence émotionnelle. Pour Malaya, il ne s’agit pas d’un terme vague, mais d’une « vraie forme de maturité » : savoir ne pas être « uniquement centré sur soi et réussir à comprendre l’autre ». Raphaël décrit, quant à lui, « la compréhension et l’acceptation des émotions des autres », ainsi que la capacité à s’adapter à l’état émotionnel de son interlocuteur. Medhi insiste sur l’aspect concret : « la façon d’exprimer ce que l’on ressent et d’interpréter les émotions de l’autre », soulignant que dans une relation, tout se joue souvent sur les détails, le timing et le contexte.

Pour éclaircir ce sujet, Christophe Haag, professeur à EMLYON Business School, chercheur en psychologie sociale, expert en intelligence émotionnelle et co-fondateur de Génération QE, explique que celle-ci fait partie d’un ensemble plus vaste : « L’intelligence, c’est comme une grande armoire, l’intelligence émotionnelle, c’est l’un des tiroirs ». En se penchant plus spécifiquement sur ses caractéristiques, il précise qu’elle se définit comme « la capacité à identifier, comprendre et réguler ses propres émotions, ainsi que celles des autres », rappelle le chercheur.

Que dit la science sur l’intelligence émotionnelle ?

Derrière l’utilisation fréquente du terme, l’intelligence émotionnelle n’est pas un concept flou ou ésotérique. Étudiée depuis plus de trente ans, la recherche est claire sur un point : elle n’est ni innée, ni statique, ni superficielle. L’idée reçue selon laquelle l’émotion s’oppose à la rationalité est incorrecte. « L’émotion ne brouille pas la pensée, elle lui donne du sens », rappelle Christophe Haag. Une émotion n’est ni bonne ni mauvaise : c’est une information.

Nous avons évidemment posé la question qui vous préoccupe : les femmes sont-elles plus intelligentes émotionnellement que les hommes ? « Longtemps, je me suis moi-même posé cette question, pensant que nous étions tous égaux », explique Christophe Haag. « Mais nos études montrent que, globalement, les femmes ont un niveau d’intelligence émotionnelle plus élevé à l’âge adulte ». Avant l’âge de 12 ans, aucune différence n’est constatée. « Jusqu’à cet âge, garçons et filles ont le même niveau d’intelligence émotionnelle. Les différences commencent à apparaître à la puberté ». Pourquoi ? D’abord pour des raisons biologiques. Les bouleversements hormonaux qui surviennent plus tôt chez les filles les exposent à un véritable « tsunami émotionnel ». Ensuite, pour des raisons sociales : les filles sont davantage encouragées à verbaliser, analyser et accepter leurs émotions, tandis que les garçons apprennent plus souvent à les réprimer ou à les nier.

Pourquoi l’intelligence émotionnelle est-elle devenue un critère de recherche dans nos relations ?

« Pour moi, l’intelligence émotionnelle est devenue indispensable, surtout dans les relations », souligne Isaac. « Je ne cherche pas quelqu’un qui pense exactement comme moi. Ce qui me touche, c’est la capacité à échanger, à débattre et à se questionner ensemble. »

Ce qu’il décrit ne correspond pas à une utopie romantique, mais à une exigence qui favorise la bonne dynamique. « On sait aujourd’hui qu’au sein d’un couple, si l’un des partenaires possède un bon niveau d’intelligence émotionnelle, cela assure une certaine harmonie », explique Christophe Haag. « Et surtout, cela améliore la qualité de la relation ». À l’inverse, le manque d’intelligence émotionnelle se détecte rapidement. « Quand une personne ne parle que d’elle, n’écoute pas, devient rancunière après un rejet ou un rendez-vous manqué, ce sont des signaux évidents », observe le chercheur. Les individus avec un faible quotient émotionnel ont des difficultés à gérer la colère et la tristesse, ce qui engendre rancœur et agressivité.

Mauvaise nouvelle : votre carence en intelligence émotionnelle ne peut pas être justifiée par un « je suis comme ça »

« C’est une croyance, pas une réalité neurobiologique », tranche Christophe Haag. « Cela est souvent lié à l’éducation et aux phrases que l’on a entendues toute sa vie. Mais la science prouve qu’il est possible de développer son intelligence émotionnelle à tout âge. » Cela concerne la plasticité émotionnelle, qui est liée à la plasticité cérébrale. Le message du chercheur est clair : « Même à 65 ans, il est possible de progresser dans ce domaine. »

Développer son intelligence émotionnelle signifie apprendre un véritable alphabet émotionnel : comprendre les causes des émotions, leurs conséquences et ce qu’elles signalent. « Il n’y a pas d’intelligence sans connaissance », rappelle Christophe Haag. C’est précisément cette logique qui a guidé la création du questionnaire lancé par Tinder sur son application. Il comprend neuf questions, un retour rapide et quelques pistes concrètes. « L’idée n’est pas de tester ou de juger », explique le chercheur, mais « de sensibiliser. Que chacun puisse faire un premier pas vers des relations plus conscientes. »

Conçu par Génération QE, un questionnaire invite chaque membre Tinder en France à explorer son quotient émotionnel (QE) à travers une série de questions interactives, introspectives et bienveillantes.
Conçu par Génération QE, un questionnaire invite chaque membre Tinder en France à explorer son
quotient émotionnel (QE) à travers une série de questions interactives, introspectives et bienveillantes.  - Tinder

Et l’enjeu dépasse largement le domaine des rencontres. « Ce qu’on espère, c’est que derrière, il y ait l’envie de développer cette intelligence émotionnelle qui sera bénéfique pour soi, pour son entourage, et plus largement pour la société », conclut-il. « L’intelligence émotionnelle ramène quelque chose de fondamental : la douceur ». Un besoin à satisfaire, tant en amour que dans toutes nos interactions interpersonnelles.