Maroc

Les avantages attrayants de l’hydrogène naturel

Le Maroc et les Émirats arabes unis occupent une position de premier plan dans le domaine de l’hydrogène naturel dans le monde arabe. En novembre 2025, une étude publiée par le Centre du roi Abdallah pour les études et recherches pétrolières (KAPSARC) estime le coût de production de l’hydrogène naturel entre 1,9 et 3,8 dollars par kilogramme.


Éviter une dépendance technologique lourde et un coût de production élevé

Les atouts alléchants de l’hydrogène naturel

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« Le Maroc et les Émirats arabes unis se distinguent dans le domaine de l’hydrogène naturel au sein du monde arabe. L’année 2026 pourrait marquer un tournant décisif pour ces deux pays, surtout avec l’initiation des opérations de forage et d’exploration. » C’est la conclusion d’une enquête récemment réalisée par la plateforme spécialisée Energy Platform, basée à Washington.

Le Maroc engagé dans la quête de l’hydrogène naturel

D’après cette enquête, « le Maroc continue de progresser dans ce domaine. Le Royaume a accumulé un important capital d’études géologiques et géophysiques depuis 2018, ce qui a conduit à la confirmation de l’existence de flux naturels de gaz souterrains. Cette dynamique a été concrétisée par l’annonce, en juillet 2025, de la société britannique Sound Energy concernant la création d’une coentreprise avec l’ONHYM (Office national des hydrocarbures et des mines) nommée « Hy Morocco », détenue à parts égales (50% pour chaque partie) et chargée d’orchestrer les opérations d’exploration au Maroc. 

La même source affirme que « les données fournies par l’ONHYM indiquent que les évaluations du potentiel se poursuivent depuis la signature d’un accord exclusif avec la société suisse Hynat en 2021. Les campagnes de prospection en surface et les études sismiques ont démarré en décembre 2023, et les analyses chimiques ainsi que les isotopes gazeux ont révélé qu’une part significative des flux d’hydrogène provient des profondeurs de la croûte terrestre, renforçant les perspectives de production future et plaçant le Maroc comme l’un des sites les plus prometteurs dans ce secteur ».

Du côté des Émirats, « la Compagnie nationale de pétrole de Sharjah (SNOC) a annoncé officiellement, le 5 novembre 2025, sa coopération avec les entreprises Siemens Energy et Decahedron pour forer le premier puits d’exploration d’hydrogène naturel dans le monde arabe en 2026. Cette initiative a pour but de collecter des données sur les flux et d’évaluer la rentabilité économique de la production, les études préliminaires ayant révélé des indicateurs prometteurs quant à l’abondance de cette ressource dans le nord de l’émirat ».

« La compagnie a précisé que ce projet excède le simple cadre d’une initiative exploratoire, constituant le socle d’une nouvelle industrie alliant géologie et technologies propres. Le forage prévu devrait générer une base de données inédite dans la région, ouvrant la voie à une phase potentielle de production et à son utilisation pour approvisionner les centres de données et les installations industrielles, ce qui renforcerait la sécurité énergétique et soutiendrait la transition nationale vers des sources à faibles émissions ».

Le Sultanat d’Oman a également connu des avancées importantes en 2025. Le port de Sohar et sa zone franche ont signé, le 28 juillet 2025, un protocole d’accord avec la société suisse Hynat pour développer une chaîne de valeur intégrée de l’hydrogène naturel, couvrant l’exploration, le levé géologique, le traitement et le stockage.

Des perspectives favorables pour l’hydrogène naturel se dessinent également en Arabie Saoudite. Une étude publiée par le Centre du roi Abdallah pour les études et recherches pétrolières (KAPSARC) en novembre 2025 évalue le coût de production entre 1,9 et 3,8 dollars par kilogramme, tout en déclarant l’existence de zones géologiquement favorables, notamment le bouclier arabique à l’ouest et au nord-ouest — riche en roches ophiolitiques propices à la génération d’hydrogène — ainsi que la faille de la mer Rouge et le bassin oriental.

Le rapport de la plateforme Energy conclut que 2026 sera un test décisif pour l’émergence d’une industrie arabe de l’hydrogène naturel, reposant sur une ressource capable de réduire les émissions de carbone.

Un changement subtil de paradigme énergétique

Pour de nombreux experts, l’élément central de cette enquête ne réside pas uniquement dans l’hydrogène en tant que ressource, mais dans la nature même de cet hydrogène. Contrairement à l’hydrogène vert (coûteux et dépendant des énergies renouvelables) ou à l’hydrogène bleu (associé au gaz fossile), l’hydrogène naturel modifie les données concernant deux piliers de la transition énergétique actuelle, à savoir la dépendance à une technologie lourde et le coût élevé de production. « Sur le plan géopolitique, cela signifie qu’un pays capable de produire de l’hydrogène naturel à bas coût acquiert un avantage structurel durable, tant économique que diplomatique. Certains pays arabes pourraient ainsi éviter la trajectoire classique de la transition énergétique dictée par l’Europe et les grandes institutions internationales », commentent les spécialistes.

Il est également précisé que « le cas marocain est particulièrement stratégique puisqu’il ne s’agit ni d’un producteur historique d’hydrocarbures, ni d’une grande puissance énergétique. Néanmoins, il se positionne comme un laboratoire géologique et une plateforme d’exploration pour une ressource d’avenir ».

« Géopolitiquement, cela renforce trois dynamiques. Premièrement, le partenariat asymétrique avec l’UE. Le Maroc pourrait devenir un fournisseur de solutions climatiques pour l’Europe, ce qui renforcerait son poids diplomatique, mais risquerait aussi de renforcer une logique d’externalisation énergétique, similaire à celle observée dans les questions de migration.

Deuxièmement, le rôle de “pays-interface”. Comme pour la migration, le Maroc assume les coûts initiaux (recherche, risques, incertitudes) pendant que les bénéfices futurs pourraient être profitables à des marchés extérieurs. Finalement, la politique africaine, car si le Maroc devient producteur d’hydrogène naturel, il peut établir des partenariats sud-sud ou renforcer son leadership énergétique en Afrique de l’Ouest et au Sahel ».

Une réorganisation des hiérarchies régionales

D’autre part, les experts soulignent que « l’inclusion des Émirats, d’Oman et de l’Arabie Saoudite dans le secteur indique une course régionale ». Ils précisent que « l’Arabie Saoudite ne peut se permettre d’être absente d’un nouveau secteur énergétique stratégique. Oman, quant à lui, mise sur sa position logistique pour devenir un point de transit et de transformation ».

Cela prévoit, selon les spécialistes, une multiplication des pôles énergétiques et une concurrence accrue pour attirer capital, expertise et reconnaissance internationale.

À ce sujet, ils notent que « le leadership énergétique ne repose plus uniquement sur la rente fossile, mais sur la capacité à maîtriser des ressources hybrides (géologie + technologie + diplomatie). Ils rappellent également que les acteurs clés demeurent occidentaux (Siemens Energy, Hynat, Sound Energy), tandis que les pays arabes fournissent le sous-sol, sans encore maîtriser les technologies critiques, signalant les risques d’« extractivisme vert ». Selon eux, « les ressources sont exploitées au nom de la transition climatique, mais sans garanties claires de retombées sociales locales, ni de débat public sur l’usage prioritaire de cette énergie ». « Sur le plan géopolitique, cela pourrait engendrer une nouvelle division internationale du travail énergétique : le Sud fournit la ressource “propre”, tandis que le Nord capte la valeur ajoutée », concluent les experts.

Hassan Bentaleb