Belgique

Jacques Baud, ancien officier suisse, sanctionné pour la guerre hybride russe.

Jacques Baud est aujourd’hui âgé de 70 ans et a derrière lui une carrière d’officier des renseignements de l’armée suisse. Le Conseil de l’Union européenne a ajouté son nom à la liste des personnes placées sous sanctions « eu égard aux activités déstabilisatrices menées par la Russie ».


Jacques Baud ne peut plus accéder à un compte bancaire européen, ni voyager en Europe, ni mener d’activités commerciales. Le Conseil de l’Union européenne a inscrit son nom sur la liste des individus soumis à des sanctions en raison de « sessions déstabilisatrices menées par la Russie ».

Âgé de 70 ans, Jacques Baud a eu une longue carrière comme officier des renseignements au sein de l’armée suisse. Analyste stratégique, spécialiste du renseignement et du terrorisme, il a commencé sa carrière dans les années 1980 en surveillant les forces du Pacte de Varsovie, y compris leur déploiement en Afghanistan.

Essentiellement établi à Bruxelles en tant que consultant, il a parcouru plusieurs pays africains, travaillé aux Nations Unies à New York, puis à l’Otan à Bruxelles. Il a choisi la capitale belge pour œuvrer en tant que « consultant en renseignement et sécurité ». Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et a accordé des interviews à des médias suisses traditionnels. Toutefois, il a progressivement adopté des positions complotistes et pro-russes, n’apparaissant plus que dans des médias d’extrême droite et pro-russes.

Il soutient, par exemple, que Oussama Ben Laden n’est pas responsable des attentats du 11 septembre 2001, qu’il minimise l’ampleur de la guerre au Darfour et il relaye la propagande du régime syrien pour nier la responsabilité de ce dernier dans les massacres effectués contre des civils depuis le début des soulèvements en 2011.

Jacques Baud défend également la Russie lorsque le Kremlin est accusé d’avoir empoisonné Sergueï Skripal ou l’opposant Alexeï Navalny. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, il a publié le livre intitulé « Poutine, maître du jeu ? ». Cet ouvrage se présente comme un plaidoyer en faveur du président russe.

Dans le texte justifiant les sanctions, le Conseil de l’Union européenne le qualifie de « porte-parole de la propagande pro-russe » en Europe et l’accuse de « formuler des théories du complot, en accusant par exemple l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion pour adhérer à l’OTAN. »

En conséquence, Jacques Baud est accusé de mener des actions « qui compromettent ou menacent la stabilité ou la sécurité d’un pays tiers (l’Ukraine) en recourant à la manipulation de l’information et à l’ingérence ». Il participerait ainsi à des « activités malveillantes menées de manière persistante par la Russie, qui s’inscrivent dans le cadre de campagnes hybrides plus larges » visant à déstabiliser l’Union européenne.

Aucune preuve n’a cependant été apportée indiquant que l’ancien officier suisse aurait été recruté comme agent d’influence et rémunéré par le Kremlin.

Les individus inscrits sur la liste noire européenne se voient geler leurs avoirs dans l’UE, interdiction de transactions financières et commerciales avec des citoyens et entreprises de l’UE, et interdiction d’entrer ou de transiter par le territoire européen.

« Je n’ai pas le droit de rentrer en Suisse, ni même de me déplacer dans l’UE. Je suis séquestré en quelque sorte », déclare Jacques Baud. « Comme je n’ai plus accès à mes comptes en banque, je ne peux rien acheter, ni retirer de l’argent ou faire des achats en ligne », se plaint-il également sur les ondes de radio Courtoisie.

« Cette sanction n’est pas juridique, mais politique, accuse-t-il. Il n’y a pas d’éléments qui indiquent que j’ai commis une infraction et je n’ai pas eu le droit à une défense. »

Jacques Baud a annoncé son intention de contester les sanctions dont il fait l’objet auprès du Conseil de l’Union européenne et a l’intention de déposer un recours auprès de la Cour de justice de l’Union.

Depuis sa mise à jour le 15 décembre 2025, la liste des agents de déstabilisation russes en Europe compte 59 noms de personnes physiques et 17 noms de personnes morales, entités et organismes.