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Incendie de Crans-Montana : un avocat affirme que les responsabilités seront partagées.

Ce vendredi a été décrété jour de deuil national en Suisse en hommage aux victimes de l’incendie du bar Le Constellation, à Crans-Montana, qui a fait 40 morts, dont neuf Français, et 116 blessés dans la nuit du Nouvel an. L’enquête est en cours pour déterminer les responsabilités, avec notamment un contrôle de sécurité et incendie du bar qui n’a pas été réalisé par la commune entre 2020 et 2025.


Ce vendredi a été déclaré jour de deuil national en Suisse, en hommage aux victimes de l’incendie du bar Le Constellation, à Crans-Montana, qui a causé la mort de 40 personnes, dont neuf Français, et 116 blessés lors de la nuit du Nouvel An. « Nos clients veulent savoir comment un drame pareil a pu se produire et comment faire en sorte que cela ne se reproduise plus jamais », déclare à 20 Minutes Me Romain Jordan, avocat représentant plusieurs victimes et leurs familles.

L’avocat suisse se dit « surpris » que les propriétaires français de l’établissement, faisant l’objet d’une enquête pénale, n’aient pas été arrêtés. « Il fallait être plus réactifs dans les heures qui ont suivi l’incendie, cruciales pour établir la vérité », rappelle Me Jordan. Il se questionne également sur la responsabilité de la commune, qui n’a pas effectué de contrôle de sécurité et incendie du bar entre 2020 et 2025.

Comment vont les victimes que vous défendez et leurs proches ?

Nous défendons plusieurs victimes. Certaines sont toujours dans le coma. Pour certains, le pronostic s’améliore, tandis que pour d’autres, il reste réservé, avec des craintes de séquelles irréversibles. C’est une situation très difficile pour les familles. Nous avons également d’autres clients qui se sont réveillés et qui vont mieux, heureusement.

Qu’attendent-ils de la justice ?

Ils attendent d’abord des réponses. Une transparence totale et une manifestation de la vérité, avec la prise en compte des responsabilités de chacun, sans excuses ni complaisance. Nos clients désirent comprendre comment un tel drame a pu se produire et comment éviter que cela ne se reproduise à l’avenir. En tant que lieu d’accueil public en Suisse, on s’attend à ce que les propriétaires mettent en œuvre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité. On attend également des autorités suisses qu’elles veillent au respect des règles de sécurité, afin que les clients, souvent jeunes, puissent sortir et faire la fête en toute sérénité.

Il y a une trahison de la confiance placée en un système. Cette trahison ne doit pas rester sans réponse. Elle doit passer par la justice, la seule capable d’éclaircir ce qui s’est passé.

Faut-il chercher des responsabilités du côté des propriétaires ? De la commune, responsable des contrôles de sécurité ?

L’enquête est en cours. Cependant, lorsqu’un tel drame survient, il y a rarement une seule cause et plusieurs facteurs sont généralement en jeu. Ici, il est évident que les responsabilités seront partagées. Nous avons au moins deux pistes à explorer.

La première concerne les propriétaires, qui avaient réalisé des travaux en 2015 : les matériaux utilisés, la mousse au plafond qui était inflammable, le blocage des issues de secours, le rétrécissement de l’escalier, l’absence d’extincteurs, l’absence de formation du personnel… Une vidéo de 2019 montre un serveur conseillant de faire attention à la mousse, alors que des clients tiennent des bougies. Que savaient les propriétaires et pourquoi ont-ils permis cela ?

La seconde piste concerne les autorités, chargées de contrôler le respect des normes de sécurité incendie. Dans le canton du Valais, une part importante de cette responsabilité incombe à la commune. Il est troublant de constater que le contrôle annuel de ce bar n’a pas eu lieu pendant plusieurs années, et que les matériaux n’ont pas été vérifiés conformément à la loi. Cela ne peut être considéré comme une simple négligence. Il est clair qu’une importante responsabilité est engagée.

Ce sera à l’enquête de déterminer le degré de responsabilité des uns et des autres. Une chose est certaine : une défaillance critique a conduit à ce drame. Il est impératif de faire toute la lumière sur cette situation. Nous avons demandé que la commune de Crans-Montana soit également incluse dans l’enquête. Certains soutiennent qu’une commune ne peut pas être mise en prévention, mais nous avons un avis juridique différent. Cette question ne sera tranchée que si aucune responsabilité individuelle n’est établie par l’enquête.

Comprenez-vous pourquoi il n’y a pas encore eu d’arrestation ou de perquisition ?

Nous ne pouvons pas commenter l’absence de détention. Cela relève de l’intérêt public et de l’autorité judiciaire. Cependant, nous restons très surpris par la situation. L’objectif principal doit être d’assurer le bon déroulement de l’enquête.

Cela doit éviter que les concernés ne communiquent entre eux, ne s’entendent sur une version des faits, ne détruisent des preuves ou n’entravent l’enquête. Dans la nuit du drame, toutes les vidéos postées en ligne par les propriétaires ont été supprimées ou rendues inaccessibles. Qui peut faire cela après qu’un établissement ait brûlé, alors que les secours continuent de transporter les survivants ? Et pourquoi ? Ces images auraient aidé à comprendre le déroulement des événements et la configuration des lieux.

Le ministère public doit garantir le bon déroulement de l’enquête sans céder à des émotions. Il était crucial d’être réactifs dans les heures suivant l’incendie, car chaque heure qui passe rend plus difficile la recherche de la vérité. Les preuves peuvent être modifiées, cachées ou détruites. Nous craignons que des éléments essentiels, notamment les enregistrements des caméras de surveillance des établissements alentours et de la commune, soient irrémédiablement perdus.

Nous avons appris qu’un nouveau groupe de quatre procureurs s’est vu confier ce dossier. Nous espérons que le ministère public va reprendre les choses en main et traiter cette enquête avec le sérieux qu’exige l’ampleur du drame. Le monde entier observe la Suisse.