High-tech

Le directeur réseau de Free aborde VoLTE, 3G, 5G et plus.

Pascal Mayeux, directeur du cœur de réseau de Free, a déclaré qu’il n’existe pas de blocage ou de restriction de la part de l’opérateur concernant la VoLTE, et que son activation dépend exclusivement des constructeurs de terminaux. Free a mis en place des moyens techniques pour assurer que le CS Fallback fonctionne correctement depuis son réseau 4G vers le réseau 2G/3G d’Orange, et des milliers d’appels d’urgence sont effectués chaque jour.


C’est une mise au point nécessaire. Alors que certains abonnés rencontrent des problèmes d’appels chez Free Mobile, nous avons interrogé Pascal Mayeux, directeur du cœur de réseau. Nous en avons également profité pour poser d’autres questions.

Il y a quelques semaines, nous avions mentionné les difficultés rencontrées par certains abonnés Free Mobile : appels impossibles, transitions ratées vers la 3G, ou smartphones qui manquent des appels. De nombreux éléments ont été discutés, comme les configurations réseau, les fréquences fantômes et les listes restrictives.

Pour clarifier la situation, nous avons longuement échangé avec Pascal Mayeux, le Directeur Cœur de Réseau de Free. Son message est sans équivoque : Free souhaite permettre les appels, mais certains fabricants de smartphones posent des obstacles.

### VoLTE : « On en paie le prix aujourd’hui »

C’est le principal point de friction. Pourquoi un ancien Pixel ou un iPhone 6S, techniquement compatibles 4G, se retrouvent-ils bloqués sans Voix sur 4G (VoLTE) chez Free ? Pour Pascal Mayeux, il n’existe aucune restriction volontaire de l’opérateur. Au contraire.

« Free a une politique volontariste en matière de VoLTE. […] Il n’existe donc pas de blocage ou de restriction côté opérateur. En revanche, l’activation effective de la VoLTE dépend exclusivement des constructeurs de terminaux. »

Le problème ? Free a adopté cette technologie tardivement, en 2022. Ce moment a été crucial pour les smartphones lancés quelques années auparavant.

« On en paie entre guillemets aujourd’hui le fait d’avoir lancé la VoLTE plus tard que les autres. Des terminaux qui sont compatibles VoLTE chez d’autres opérateurs ne le sont pas chez nous parce que le constructeur n’a pas voulu faire la mise à jour sur des terminaux trop anciens. »

Certains fabricants ont considéré ces téléphones comme « en fin de vie » logicielle lorsque Free a sollicité leurs services. Ils ont refusé de développer le « profil opérateur » nécessaire.

« Techniquement, c’est le constructeur qui l’autorise… C’est là où on parle de profil opérateur. Le constructeur sélectionne les fonctionnalités par zone géographique et par opérateur. »

L’exception qui confirme la règle ? Samsung. Après un « gros travail de lobbying » de la part de Free, le constructeur coréen a accepté de mettre à jour les Galaxy S8 et S9, malgré leur ancienneté, pour supporter la VoLTE Free. Cela prouve que c’est possible lorsque le fabricant le souhaite.

« Indépendamment de cela, nous poussons nos abonnés à migrer vers des terminaux compatibles (offres, terminaux abordables) et à activer l’option VoLTE (parfois désactivée par l’utilisateur). »

### L’itinérance Orange

On pensait que l’itinérance Orange était inutile ou obsolète ? Détrompez-vous. Pascal Mayeux est clair : la nature du contrat a évolué. Ce n’est plus pour combler des lacunes de couverture, mais pour permettre aux smartphones que les constructeurs ont abandonnés de continuer à fonctionner.

« C’est un contrat qu’on a depuis 2012. Au départ, c’était pour faire un complément de couverture. […] Dans ce nouveau contrat, c’est un peu dans cette même logique, mais pour permettre à nos abonnés qui n’ont pas de terminal compatible avec notre réseau de pouvoir continuer d’utiliser leur abonnement Free. »

Concrètement ? Si votre téléphone n’a pas la VoLTE activée, soit en raison de son ancienneté, soit parce que le constructeur bloque Free, il est éjecté vers Orange pour passer son appel.

« Ça vise principalement deux catégories : les terminaux 4G qui n’ont pas de VoLTE, et il y a effectivement certains terminaux qui ont la capacité technique de faire la VoLTE mais pour lesquels le constructeur n’a pas autorisé la VoLTE sur le réseau de Free. »

### Appels d’urgence : « On a mis en place des moyens techniques »

C’est un point critique. Si vous êtes en 4G chez Free mais que l’appel voix ne passe pas, que se passe-t-il si vous composez le 112 ? Free assure avoir sécurisé le processus de bascule, qu’on appelle le CS Fallback.

« On a mis en place des moyens techniques pour que le CS Fallback fonctionne depuis notre réseau 4G vers le réseau 2G/3G. Ça a été testé, ça marche. On a des milliers d’appels d’urgence par jour qui fonctionnent par exemple. »

L’opérateur affirme même qu’il peut identifier préventivement les mobiles « à risque » (ceux qui ne savent pas gérer les urgences en 4G) pour les forcer à rester sous la protection d’Orange.

« On a identifié un certain nombre de ces terminaux. […] Ces abonnés-là, ils ont normalement automatiquement l’itinérance Orange. On a des systèmes d’analyse des données du réseau pour essayer de déterminer qui a encore besoin de l’itinérance. Pour eux, nous avons mis en place des mécanismes techniques pour que le CSFB (Circuit Switched FallBack) fonctionne correctement depuis notre réseau 4G vers le réseau 2G/3G d’Orange. »

### Fin de la 2G/3G : le grand flou de 2026

Mais voilà le problème : ce réseau appartient à Orange. Et Orange a prévu d’éteindre sa 2G fin 2025 et sa 3G fin 2028 (calendrier théorique). Si Orange coupe tout, que se passe-t-il pour les vieux téléphones Free ?

Pascal Mayeux reconnaît le risque, mais se montre sceptique concernant le calendrier réel d’Orange. Pourquoi ? À cause des voitures, des ascenseurs et de l’IoT (Internet des Objets).

« Maintenant, la fin du réseau 3G chez Orange [et 2G] a été annoncée mais elle n’est pas encore effective. C’est difficile de répondre à cette question. Notamment une des raisons… ce sont les utilisateurs du réseau 2G/3G d’Orange qui sont un peu spécifiques, qui vont être les constructeurs automobiles. »

Le problème, c’est l’eCall, ce système d’appel d’urgence automatique intégré dans vos voitures.

« La puce est complètement dans une boîte noire résistante aux chocs. [Les constructeurs] n’ont pas forcément anticipé comme il fallait. […] Aujourd’hui, on ne peut pas garantir que dans deux ans, il n’y aura plus de réseau 2G/3G du tout en France. Orange pourrait garder [un réseau résiduel] pour tout cela. »

Free compte un peu sur le fait qu’Orange sera contraint de maintenir un service minimum pour ne pas rendre muettes des millions de voitures, ce qui profiterait par conséquence aux vieux abonnés Free.

### Campagne et « indoor » : le pari du 900 MHz

Mais qu’en est-il de la couverture pure ? Si vous captez mal Free chez vous ou à la campagne, vous basculez souvent sur Orange. Que se passera-t-il lorsque Orange interrompra son réseau ?

Pour Pascal Mayeux, la solution repose sur une fréquence : le 900 MHz. Historiquement, cette fréquence basse (qui pénètre bien dans les murs) était utilisée pour la 3G. En éteignant la 3G, Free la « refarme » (la recycle) pour la 4G.

« L’arrêt de la 3G nous a permis de réutiliser les fréquences 3G 900 et de les allouer pour la 4G. Cela va nous permettre d’améliorer la couverture [indoor]. »

En passant le 900 MHz en 4G, votre téléphone captera mieux la 4G Free à l’intérieur des bâtiments, là où il passait auparavant à la 3G d’Orange.

Pour la zone rurale, Pascal Mayeux n’ignore pas l’écart historique, mais affirme qu’il se réduit grâce à la densification et aux accords « Zones Blanches » (New Deal Mobile).

« Ce scénario des zones rurales, la réponse, c’est déploiement, densité du réseau. […] On se rapproche d’Orange et l’écart [se réduit]. »

### Apple Watch et 5G : « c’est extrêmement compliqué »

Lors de notre échange, nous avons également interrogé Pascal Mayeux sur une question qui préoccupe les possesseurs d’Apple Watch : pourquoi la montre est-elle bridée en 4G chez Free, alors qu’elle est compatible 5G ? Là encore, c’est une question de validation par le constructeur et de complexité technique, notamment en ce qui concerne la norme RedCap (Reduced Capability).

Le RedCap est une version allégée de la 5G conçue pour offrir un compromis entre performance, coût et autonomie aux objets connectés (comme les montres intelligentes, les lunettes de réalité augmentée ou les capteurs industriels) qui n’ont pas besoin de la puissance des smartphones modernes.

« Ce sont des projets qui sont assez longs avec Apple, assez contraignants. […] Pour l’Apple Watch particulièrement, c’est extrêmement compliqué. Donc il y a peut-être des fonctions qu’on a choisi en commun accord avec Apple de ne pas intégrer pour un lancement. »

La priorité a été de lancer le produit. La 5G arrivera… quand elle arrivera.

« Ça arrivera probablement après la sortie des montres. […] On espère que ça va arriver sur d’autres montres de fabricants, mais ça prend du temps. »

### Et le satellite ? « On temporise »

Enfin, alors que T-Mobile s’allie à Starlink et qu’Orange teste le « Direct-to-Cell », Free reste prudent quant à la connexion par satellite pour les zones blanches.

« On regarde, on discute, mais on temporise. […] Aujourd’hui, les satellites servent essentiellement à faire des appels d’urgence, éventuellement des SMS. Elles ont des fonctionnalités qui sont légèrement limitées. »

Pascal Mayeux estime que l’offre n’est pas encore assez mature pour le grand public.

« On trouve que l’offre n’est pas encore assez « alléchante. […] Ça nous semble un peu limité pour du grand public. »

### 5G SA (5G+) : quand la suite ?

C’est une question légitime. Vous avez vu le logo « 5G+ » apparaître sur votre Samsung. Vous avez lancé un speedtest. Et… rien. Ou presque. Les débits sont excellents, certes, mais pas radicalement différents de la 5G « normale ».

Nous avons interrogé Pascal Mayeux sur l’intérêt réel de la 5G SA (Standalone) aujourd’hui.

Si Free a été le premier à l’adopter, ce n’est pas pour vous éblouir avec des débits futuristes immédiatement, mais pour éviter un nouveau problème industriel.

### La VoNR : enfin des appels en « Vraie Haute Définition »

Bien que le débit n’explose pas (la 5G « normale » étant déjà très rapide), la 5G SA apporte une amélioration immédiate sur un point que l’on néglige souvent : la voix. C’est la VoNR (Voice over New Radio).

Jusqu’à présent, en 5G « classique » (NSA pour Non-Standalone), votre téléphone trichait : il utilisait la 5G pour télécharger vos données, mais revenait discrètement à la 4G lorsque vous passiez un appel. Cela appartient au passé. Avec la 5G SA, la voix passe directement par le cœur de réseau 5G.

Pascal Mayeux détaille l’avantage technique :

« On fait de la VoNR avec un codec supérieur à ce qu’on peut avoir sur la 3G par exemple. Cela permet d’avoir une excellente qualité vocale. »

C’est technique mais audible : le son est plus clair, la connexion est quasi instantanée (fini le petit blanc de 2 secondes avant que ça sonne), et la batterie est préservée car le téléphone ne jongle plus entre les réseaux.

### Les « killer features » ? Urgence d’attendre

On nous a vendu la 5G pour le Slicing (découper le réseau en « tranches » pour garantir du débit aux urgences ou aux gamers) ou la latence ultra-faible pour piloter des drones à distance. Où sont ces fonctions ? Pas encore disponibles.

Pascal Mayeux l’admet volontiers : pour le grand public, il n’est pas encore temps de vivre une révolution des usages.

« C’est normal qu’au tout début d’un lancement, la nouvelle technologie soit pas forcément encore en rupture. […] À un moment donné, il faut lancer une nouvelle technologie, pas encore mature, pour plusieurs raisons. »

Il établit une analogie avec le lancement de la 4G. Souvenez-vous : au début, c’était juste « de la 3G en un peu plus rapide ». La véritable rupture est arrivée des années plus tard, lorsque Netflix, Uber et Instagram ont exploité cette puissance. Pour la 5G SA, c’est similaire : l’infrastructure est là, il ne reste plus qu’à attendre les usages.

« On va voir au fil du temps des choses qui vont apparaître, que ce soit des fonctionnalités pures radio d’amélioration des débits ou des fonctionnalités de type slicing. »

En lançant la 5G SA avant ses concurrents en France, Free a forcé la main d’Apple, Samsung et Xiaomi. L’objectif est d’obliger les fabricants à intégrer et valider le réseau Free dans leurs puces dès maintenant. Dans 3 ou 4 ans, lorsque la 5G SA sera devenue la norme, les abonnés Free n’auront pas de soucis de compatibilité.

### Bref, vérifiez votre matériel

La conclusion de cet échange est technique mais pragmatique. Free assure qu’il densifie son réseau afin d’être autonome avant l’arrêt de la 2G d’Orange (prévu pour fin 2026), mais ne peut pas contraindre les géants de la technologie à mettre à jour les téléphones trop anciens.

Si vous rencontrez des problèmes de voix, le coupable est peut-être dans votre poche. Free a mis en place une liste de terminaux testés. Ce n’est pas une liste noire, mais plutôt une aide à la décision.

« On essaie de recenser tous les terminaux que nous avons pu tester et pour lesquels nous pouvons garantir qu’ils fonctionnent sur notre réseau. […] C’est une aide à la décision que nous donnons à nos abonnés. »