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Gossip Girl, Bridgerton : l’influence de la pop culture sur nos relations.

L’application de rencontre Happn indique qu’un célibataire sur cinq rêve du grand amour et que 25 % des Français retrouvent l’espoir dans les récits romantiques. La journaliste Chloé Thibaud souligne que « le problème principal que je pointe dans mon travail est le fait qu’on nous a fait croire que des violences sexistes, des agressions sexuelles, voire des violences conjugales, pouvaient être romantiques. »


Des gestes romantiques sous la pluie aux *bad boys* irrésistibles, la pop culture influence nos attentes en matière d’amour depuis des décennies. Films, séries, chansons : nous sommes immergés dans cet univers dès l’adolescence, et cela laisse une empreinte. L’application de rencontre Happn observe même un regain de romantisme chez les célibataires, inspirés par des œuvres telles que *Anyone But You*, *La chronique des Bridgerton* ou *Nobody Wants This*, qui redonnent de l’espoir au grand amour, proposant un antidote à la *dating fatigue*.

D’après les données de l’application, un célibataire sur cinq aspire au grand amour et 25 % des Français retrouvent espoir dans des récits romantiques. Dîners faits maison, promenades main dans la main, bouquets de fleurs, poèmes, lettres manuscrites… Ces gestes romantiques continuent de séduire les jeunes. Cependant, ces schémas de romantisme issus de nos séries préférées nous poussent-ils toujours vers le meilleur ? Tant les filles que les garçons grandissent avec des idéaux souvent inaccessibles, susceptibles de normaliser des relations toxiques.

### La mise en scène du romantisme

Qui n’a jamais rêvé d’un baiser passionné à la manière de *The Notebook* ? Ce film culte mettant en vedette Ryan Gosling et Rachel McAdams a laissé sa marque sur des générations. La célèbre scène sous la pluie véhicule une vision d’un amour intense et dramatique, où les disputes se concluent toujours par de folles réconciliations. Que dire alors de la relation entre Blair Waldorf et Chuck Bass dans la série *Gossip Girl* ? Le résultat est que beaucoup espèrent des relations où les conflits se terminent par des déclarations d’amour spectaculaires, et cherchent cela en s’inscrivant sur des applications de rencontre. Bien que la vie réelle soit moins scénarisée, ces applications s’efforcent de créer un univers de rêve pour leurs utilisateurs. Daria Sobocinska, docteure en sociologie, explique : « Il y a certaines applis qui se positionnent comme étant plutôt romantiques. Elles cherchent à rompre avec un modèle qui a été largement critiqué ces dernières années, basé sur la consommation des rapports. Mais attention, ce n’est pas parce qu’on est des plans cul qu’on ne peut pas être romantique. Donc, en fait, il faut prendre le temps d’apprendre à se connaître. »

Dans le passé, des critiques ont souvent évoqué le fait que « les applis tuent l’amour » et que « les applis tuent le romantisme ». C’est ici que la pop culture entre en jeu ; nos esprits sont remplis d’images de rendez-vous romantiques avant d’en arriver à la séduction, puis à l’amour ou à une simple relation physique.

>« Les expériences sont construites par les productions culturelles. Il y a quelques années, on ne parlait pas de Bridgerton, mais la série fait référence à des contextes assez classiques, et on n’aborde pas le fait d’avoir une relation sexuelle parce que ce n’est pas joli. »

### Le leurre du romantisme

Les comédies romantiques nous présentent souvent des baisers « volés » ou des courses-poursuites comme des gestes romantiques. Pourtant, ces scènes peuvent minimiser le non-consentement et alimenter la culture du viol. Ces représentations influencent nos comportements, rendant certaines violences émotionnelles plus acceptables lorsqu’elles sont illustrées à l’écran. « Quand, depuis notre enfance, nous voyons défiler des histoires de princesses qui n’aspirent qu’à épouser un inconnu juste parce qu’il est beau et riche, qui n’hésite pas à les embrasser pendant leur sommeil, il devient difficile de se libérer de ces schémas en grandissant », explique Chloé Thibaud, journaliste indépendante et autrice de *Désirer la violence – Ce(ux) que la pop culture nous apprend à aimer*.

>« Le problème principal que je pointe dans mon travail est le fait qu’on nous a fait croire que des violences sexistes, des agressions sexuelles, voire des violences conjugales, pouvaient être romantiques. »

Avec l’avènement des plateformes de streaming et des réseaux sociaux, cet effet est amplifié. On *binge* des séries romantiques en couple… ou seul, tout en comparant sa vie à celles présentées à l’écran. Un aspect positif est que l’offre est plus diverse, et les formats visuels peuvent en conséquence répondre plus facilement aux évolutions sociétales. La journaliste précise : « Les bad boys perdent de leur attrait, les « tombeurs » sont devenus ringards, et de nombreuses femmes souhaitent voir de nouvelles masculinités à l’écran. Je pense, par exemple, au succès de la série *Nobody Wants This*, qui illustre bien ce phénomène, ou à la popularité d’un acteur comme Pedro Pascal. »

Cela dit, l’un des récents grands succès français était *L’amour ouf*, qui glorifie encore une fois les bad boys… Parallèlement, dans la pop culture, la dark romance séduit de nombreuses jeunes filles, entraînant des adaptations de livres au cinéma. On retrouve fréquemment les clichés des personnages dangereux mais irrésistibles. Il est donc possible de continuer à profiter des films et des chansons, tout en évitant de les considérer comme des manuels sur l’amour. Une histoire n’a pas besoin d’être un blockbuster pour être belle.