Delcy Rodriguez : Aucun agent extérieur ne contrôle le Venezuela
La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, a déclaré mardi : « Aucun agent extérieur ne gouverne le Venezuela » au premier jour de son mandat après l’enlèvement de Nicolas Maduro. Le procureur général du Venezuela, Tarek William Saab, a rapporté que l’attaque américaine avait fait des « dizaines de victimes parmi les civils innocents et les militaires » lors de l’opération menée dans la nuit de vendredi à samedi.
« Aucun agent extérieur ne gouverne le Venezuela », a déclaré mardi sa présidente par intérim, au début de son mandat après l’enlèvement du président Nicolas Maduro à Caracas sur ordre de Donald Trump, qui affirme que les autorités vénézuéliennes vont remettre des dizaines de millions de barils de pétrole aux États-Unis.
« Le gouvernement du Venezuela dirige notre pays, personne d’autre », a insisté la vice-présidente, devenue présidente par intérim, en réponse aux déclarations récentes de Donald Trump, qui a déclaré que Washington était « aux commandes » et que Mme Rodriguez « paierait plus cher que Maduro » si elle ne faisait pas « ce qu’il faut ».
Cependant, quelques heures après les propos de Mme Rodriguez, M. Trump a ajouté : « Je suis ravi d’annoncer que les autorités par intérim du Venezuela vont remettre aux États-Unis entre 30 et 50 millions de barils de pétrole sous sanction et de haute qualité ».
« Ce pétrole sera vendu au prix du marché et l’argent sera contrôlé par moi, président des États-Unis, pour garantir qu’il soit utilisé au profit des peuples du Venezuela et des États-Unis », a-t-il affirmé après avoir ouvertement admis convoiter les vastes ressources pétrolières du Venezuela, qui détient les premières réserves de brut prouvées de la planète. Ce pays sud-américain représente sa principale source de revenus.
Delcy Rodriguez a révélé ses priorités économiques en nommant un technocrate, ancien directeur de la Banque centrale et ancien pétrolier, Calixto Ortega Sanchez, comme nouveau vice-président chargé du secteur économique. Elle a également décrété sept jours de deuil national en hommage aux victimes de l’opération américaine éclair, qui a causé 55 morts parmi les forces vénézuéliennes et cubaines dans la nuit de vendredi à samedi.
La veille, la dirigeante de 56 ans avait prêté serment devant le Parlement, prenant la tête d’un gouvernement qui comprend toujours le ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello, partisan d’une ligne dure, ainsi que le ministre de la Défense, Vladimir Padrino Lopez.
Maria Corina Machado, la cheffe de l’opposition vénézuélienne et lauréate du prix Nobel de la paix 2025, a déclaré lundi vouloir retourner « le plus vite possible » au Venezuela. Le président américain l’a disqualifiée samedi pour diriger le pays.
Selon le procureur général du Venezuela, Tarek William Saab, l’attaque américaine a causé des « dizaines de victimes parmi les civils innocents et les militaires » durant l’opération américaine de la nuit de vendredi à samedi. Les avis de décès de 23 militaires, dont cinq amiraux, ont été publiés sur le compte Instagram de l’armée vénézuélienne.
Par ailleurs, Cuba, un allié du Venezuela, avait auparavant annoncé que 32 membres de ses services de sécurité avaient été tués, et a divulgué leur identité mardi dans la presse officielle. L’ONU a averti mardi que cette intervention, présentée par les États-Unis comme une opération de police, avait « sapé un principe fondamental du droit international ».
Après des mois de frappes sur des embarcations soupçonnées de transporter de la drogue, les Américains ont capturé Nicolas Maduro, 63 ans, et son épouse Cilia Flores, 69 ans, samedi. Tous deux doivent répondre de quatre chefs d’accusation, dont celui de « narcoterrorisme ». Ils ont plaidé non coupables lundi lors d’une première audience devant un tribunal fédéral à New York.
Maduro restera incarcéré dans cette ville et sera de nouveau entendu le 17 mars. Sa tête avait été mise à prix à 50 millions de dollars par Washington, qui l’a longtemps présenté comme le chef d’un réseau de narcotrafic, le « Cartel des Soleils », un organisme dont l’existence est contestée depuis des mois par des analystes. Trump a décrit mardi Nicolas Maduro comme un homme « violent » qui a « tué des millions de personnes ».
Dans les rues de Caracas, des centaines de partisans ont exigé sa libération. Sara Pilar Rodriguez, militante pro-pouvoir, considère que les États-Unis ont commis un « abus institutionnel » : « À notre présidente par intérim, qu’elle sache qu’elle peut compter sur le soutien de toutes les femmes, de toutes les forces politiques ».
Alors que la peur de la répression s’impose au Venezuela, certains se montrent plus francs à la frontière colombienne. Evelyn Cardenas, quittant le Venezuela, se dit convaincue que « tous les Vénézuéliens sont heureux » de la chute de Maduro, « mais nous ne pouvons pas l’exprimer ouvertement ».
De plus, le Syndicat de la presse vénézuélienne (SNTP) a signalé mardi sur les réseaux sociaux qu’en marge de la session de la veille à l’Assemblée nationale, 14 journalistes et collaborateurs de médias, « dont 13 d’agences et de médias internationaux », avaient été interpellés, puis libérés, ainsi que deux correspondants de la presse internationale à la frontière avec la Colombie.

