Donald Trump frappe le Venezuela : un signal pour Pékin et menace pour Taïwan ?
Taïwan est considéré par la Chine comme une partie intégrante de son territoire et son indépendance n’est reconnue que par une minorité de pays. Selon Michel Liégeois, « la revendication de la Chine par rapport à Taïwan est extrêmement ancienne et elle ne consiste pas à considérer Taïwan comme étant une zone d’intérêt stratégique particulière ».
Taïwan, un enjeu territorial pour Pékin et stratégique pour le monde
Taïwan occupe une position particulière dans la stratégie de la Chine. Pékin voit l’île comme une partie intégrante de son territoire, séparée du reste de la Chine par un « accident de l’histoire« , et estime qu’elle doit être réunifiée à terme. Actuellement, Taïwan fonctionne comme un État autonome, avec ses propres institutions démocratiques, mais son indépendance n’est reconnue que par un nombre limité de pays.
Pour la Chine, cette question va au-delà des simples zones d’influence. Michel Liégeois, professeur de relations internationales à l’UCLouvain, souligne que « la revendication de la Chine par rapport à Taïwan est extrêmement ancienne et ne consiste pas à considérer Taïwan comme étant une zone d’intérêt stratégique particulière. C’est tout simplement considérer que Taïwan fait partie de la Chine« . Il affirme aussi que « la Chine depuis toujours tient le même discours, c’est-à-dire que Taïwan n’existe pas en tant que pays, c’est une anomalie« .
Toutefois, Taïwan revêt également une importance stratégique pour le reste du monde. L’île est un acteur clé des chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment dans la production de semi-conducteurs avancés, essentiels à l’économie numérique, aux industries de pointe et aux technologies militaires. Une déstabilisation majeure aurait donc des répercussions économiques et industrielles qui iraient bien au-delà de la région asiatique.
Venezuela et Taïwan : une comparaison trompeuse
À la suite de l’intervention américaine, des commentaires sur les réseaux sociaux chinois ont établi un parallèle entre le Venezuela et Taïwan, percevant l’action de Washington comme un modèle d’intervention unilatérale. Une analyse que Michel Liégeois considère erronée. « Du point de vue de la Chine, l’idée n’est pas de trouver une légitimation à une forme de domination géopolitique sur Taïwan. Il s’agit d’un rattachement pur et simple« , explique-t-il. « Les motivations et les justifications ne sont pas du même ordre
La Chine depuis toujours tient le même discours, c’est-à-dire que Taïwan n’existe pas en tant que pays, c’est une anomalie
Ainsi, Pékin n’a pas besoin d’un précédent américain pour justifier sa position sur Taïwan, qu’il considère comme une question intérieure, sans lien avec le droit international.
Une démonstration américaine qui touche aussi les intérêts chinois
L’intervention américaine ne modifie pas directement le calcul chinois concernant Taïwan, mais elle impacte un allié stratégique de Pékin, comme l’indique CNN. Le Venezuela entretient depuis plus de vingt ans une relation étroite avec la Chine, qui y a investi des dizaines de milliards de dollars, en particulier dans le secteur énergétique. En ciblant Caracas, Washington démontre ainsi qu’il est prêt à agir militairement, même lorsque des intérêts chinois importants sont en jeu.
En outre, sur le plan militaire, cette intervention relance la question de la faisabilité d’une action chinoise contre Taïwan. Alain de Nève, chercheur à l’Institut royal supérieur de défense (IRSD), affirme qu’il existe « la tentation et il y a les moyens« . La Chine dispose actuellement de capacités navales, aériennes et balistiques suffisantes pour envisager une opération autour de l’île. Toutefois, la comparaison avec le Venezuela s’arrête ici. « Dans le cas de Taïwan, on aurait affaire à une stratégie de déni d’accès« , souligne-t-il, en rappelant que l’île est fortement défendue et pourrait bénéficier du soutien potentiel des États-Unis.
Selon Alain de Nève, l’opération au Venezuela démontre surtout la capacité des États-Unis à agir rapidement, à surprendre et à confronter la communauté internationale à des faits accomplis. « Ce qui a été fondamental, c’est la brièveté de la fenêtre de décision et une exécution très rapide« , indique-t-il. Cet aspect est observé attentivement à Pékin, même s’il ne s’agit pas d’un modèle à reproduire pour Taïwan.
Le chercheur estime que le véritable avertissement militaire adressé à la Chine provient plutôt des récentes opérations américaines contre l’Iran, qui ont mis en évidence des capacités de frappe à longue distance, une maîtrise de la surprise et une projection de puissance à l’échelle mondiale. « Le cas vénézuélien ne doit pas être généralisé« , conclut-il, estimant que ce sont ces démonstrations qui influent sur les planifications chinoises.
Un droit mis à mal et un précédent surtout symbolique
L’intervention américaine au Venezuela s’inscrit dans un contexte plus large de déstabilisation du droit international, déjà fragilisé par d’autres conflits récents. Michel Liégeois avertit contre une interprétation naïve de cet ordre juridique. « Les États utilisent le droit international et y trouvent un intérêt à le respecter, mais le jour où ce droit constitue un obstacle à un intérêt jugé suffisamment important, il va s’effacer« , constate-t-il.
Ce phénomène, selon lui, n’est pas nouveau, mais il est aujourd’hui plus manifeste. « Ce n’est pas nouveau, ça a toujours existé. Simplement, on est dans une période où, pour beaucoup d’États, il y a plus d’incitants à ne pas respecter le droit international qu’à le respecter« , ajoute-t-il. Une telle évolution affaiblit la portée des règles communes, surtout lorsque les violations ne suscitent que des réactions internationales limitées.
L’opération américaine au Venezuela ne conduit donc pas mécaniquement à un conflit imminent à Taïwan. Cependant, elle fragilise davantage un ordre international déjà sous pression. En s’attaquant à un allié stratégique de la Chine sans un cadre multilatéral solide, Washington complique sa position en tant que garant crédible des règles qu’il revendique ailleurs.
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