France

Paris : Pénurie d’œufs dans les magasins, explications.

Louison n’a pas trouvé d’œufs à Paris, où plusieurs magasins, y compris Les Saisonniers, Monoprix et Franprix, ont des rayons vides. La France, qui était autosuffisante à 99 % en 2024, est passée à 96 % en 2025, entraînant la nécessité d’importations d’œufs.


«Ça fait six jours que j’ai promis un gâteau à mon chéri. Il n’est pas près de le voir… » Comme de nombreux Parisiens, Louison peine à trouver des œufs et doit s’y faire. « On a été livré ce matin, seulement deux douzaines. Elles sont parties dans la minute », explique, presque gêné, un employé du magasin Les Saisonniers, situé dans le 14e arrondissement de la capitale. La situation est similaire au Monoprix, juste en face, ainsi qu’au Franprix, à Auchan ou au Potager city du quartier.

Sur les réseaux sociaux, le constat est identique. Les gâteaux, les œufs brouillés du matin et la quiche lorraine du soir sont mis de côté… Les œufs ont disparu de Paris. « Il y a une très forte tension dans toute la ville. Mais en fait, c’est vrai dans toute la France. C’est juste qu’ici, la demande est très forte en raison de la densité de clientèle », commente un autre employé d’un grand magasin.

## Une consommation en forte croissance

Cette tension n’est pas récente. À plusieurs reprises ces dernières années, la France a observé des rayons d’œufs complètement vides. « Cela fait plusieurs mois maintenant qu’on constate une tension sur le marché de l’œuf, nous explique Alice Richard, directrice du CNPO, l’interprofession de l’œuf. Cela se voit davantage pendant certaines périodes, comme ici, juste après les fêtes. Les gens ont beaucoup cuisiné, ce qui engendre une forte demande. »

En effet, la consommation d’œufs ne cesse d’augmenter dans le pays, avec une hausse de 5 % par an depuis la crise du Covid-19. Rien qu’en 2025, la consommation moyenne d’œufs par an (toutes formes confondues, de l’œuf dur à celui utilisé dans vos gâteaux, brioches, etc.) est passée de 226 à 240 par habitant.

## Inflation et nouvelle image

Plusieurs raisons expliquent ce phénomène. Avec la crise inflationniste persistante depuis plusieurs années, l’œuf, source de protéines à bas prix, remplace progressivement la viande ou d’autres produits animaux plus coûteux.

« C’est un peu un produit refuge vers lequel les consommateurs se tournent. Nous avons d’abord pensé que c’était conjoncturel. Mais on constate que, même si l’inflation a reculé, les habitudes sont restées », ajoute Alice Richard, qui souligne un nouvel atout de l’œuf : son image.

« Il est très facile et rapide à cuisiner. Et surtout, sur le plan nutritionnel, les gens n’associent plus l’œuf au cholestérol comme cela a été le cas pendant longtemps, et ils prennent conscience de ses bienfaits pour la santé. »

Une autre explication à cet engouement réside dans l’influence des réseaux sociaux. De nombreux influenceurs santé et surtout sportifs vantent les mérites de l’œuf comme alternative plus saine aux protéines en poudre.

## La filière peine à suivre

Cependant, cet intérêt n’est pas suivi par la filière. Au contraire, malgré les 15 milliards d’œufs produits chaque année en France, les élevages de poules pondeuses ont été touchés par les épidémies de grippe aviaire en 2022-2023, entraînant un recul de 3 à 4 % du volume d’œufs. À cela s’ajoute la suppression progressive des cages au profit de l’élevage au sol, qui exige davantage d’espace, entraînant une réduction de près de 20 % du nombre de poules dans les bâtiments.

Résultat, le pays, qui était autosuffisant à 99 % en 2024, est descendu à 96 % en 2025, ce qui a conduit à importer des œufs de pays voisins (Espagne, Pays-Bas, Pologne principalement).

## 300 nouveaux poulaillers d’ici à 2030

« Pour répondre à la demande, il faudrait un million de poules en plus par an », précise Alice Richard, qui se veut rassurante : la filière en est consciente et prévoit la construction de 300 nouveaux poulaillers d’ici à 2030 pour répondre à cette demande croissante et retrouver l’autonomie et la souveraineté alimentaire. Mais cela ne s’effectue pas rapidement. « Pour un nouvel éleveur, par exemple, entre le moment où il décide de s’installer et le moment où il produit ses premiers œufs, cela prend environ deux ans. Donc, sachant que nous avons lancé cela à la mi-2024, nous savons que les premiers effets se feront sentir à la mi-2026 », explique Alice Richard, qui se montre confiante, car de nombreux projets sont en cours. De nombreux agriculteurs, initialement producteurs de céréales ou d’autres types de production, se sont déjà manifestés pour se lancer dans l’élevage de poules.

Une bonne nouvelle pour le secteur et pour les consommateurs, qui devront peut-être encore attendre quelques jours, le temps que les conditions météorologiques s’améliorent autour et dans Paris pour permettre un approvisionnement plus « normal ».