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Los Angeles : un an après les incendies, le retour est impossible.

Au moins 31 morts et plus de 16.000 maisons, écoles, commerces… ont été détruits, avec 150 kilomètres² ravagés par les flammes. En novembre 2025, un rapport a révélé que six maisons sur dix endommagées par la fumée de l’incendie présentaient encore des niveaux dangereux d’amiante cancérigène et de plomb nocif pour le cerveau.


Au moins 31 personnes ont perdu la vie, plus de 16.000 habitations, établissements scolaires et commerces ont été détruits, et 150 kilomètres carrés ont été ravagés par les flammes.

Un an après cette catastrophe, le paysage n’est plus noirci par les incendies, mais la végétation a à peine reprit. Près de 500 chantiers ont été lancés, mais environ 80 % de la population évacuée n’est toujours pas revenue, ou a choisi de ne pas revenir. Ceux qui sont retournés chez eux ont soit pu reconstruire, soit n’ont eu d’autre option.

Les Munoz vivaient à moins de deux kilomètres des incendies, et leur retour chez eux s’avère être un chemin long et semé d’embûches, notamment en ce qui concerne les conditions sanitaires et environnementales. Interrogée en septembre dernier par l’AFP, Priscilla Munoz a expliqué que son mari et elle avaient investi environ 10.000 dollars dans une analyse toxicologique de leur domicile.

« Le plomb s’immisce partout », s’inquiète-t-elle. Cette mère de famille se préoccupe surtout de la santé de ses deux enfants : « Je ne veux pas qu’ils se blottissent contre un truc toxique et étouffant ».

Dès les premiers jours des incendies, des alertes avaient été lancées concernant les risques sanitaires liés à une « soupe toxique » : batteries brûlées, voitures incendiées, appareils électroniques, mobilier… Autant d’éléments susceptibles de contenir des pesticides, de l’amiante, des composés plastiques, du plomb et d’autres métaux lourds.

Pour Michael Jerret, professeur de sciences environnementales à l’Université de Californie (Los Angeles) : « La toxicité potentielle des fumées dégagées par ces incendies est probablement bien supérieure à celle observée lors d’autres incendies majeurs que nous avons connus aux États-Unis, car ceux-ci n’avaient pas touché autant de structures urbaines ».

Au printemps 2025, l’équipe du professeur Jerret a relevé des niveaux anormaux de chrome hexavalent (un cancérigène) dans l’atmosphère des zones touchées. Des nanoparticules de cette molécule ont pu être transportées jusqu’à 10 kilomètres des sites incendiés, pénétrant facilement à l’intérieur des habitations.

Il ne s’agit donc pas seulement des quelques 200.000 personnes évacuées d’Altadena, de Pacific Palisades ou d’Eaton qui sont concernées par cette pollution invisible, mais plutôt d’environ 2 millions de personnes.

Ces particules, emportées par des vents forts, se sont facilement répandues lors des incendies, infiltrant les domiciles à travers les tapis, murs, parquets et linges.

Yifang Zhu, professeur en sciences de la santé environnementale à l’Université de Californie (Los Angeles), a prélevé des échantillons d’air à l’intérieur et à l’extérieur des habitations dès le début des incendies. Dans un article publié dans The Conversation, Yifang Zhu a trouvé des niveaux élevés de plusieurs composés organiques volatils, dangereux pour la santé, tels que le benzène, l’arsenic et le plomb.

Les habitants du quartier d’Eaton se sont regroupés pour faire un état des lieux de leurs biens. En novembre 2025, ils ont publié un rapport révélant que « six maisons sur dix endommagées par la fumée de l’incendie présentent encore des niveaux dangereux d’amiante cancérigène, de plomb nocif pour le cerveau, ou les deux. Ces chiffres proviennent de données fournies par 50 propriétaires ayant nettoyé leur maison, dont 78 % ont sollicité des professionnels. »

Un autre chiffre alarmant : 63 % des 50 maisons analysées affichent des niveaux de plomb dépassant la limite fixée par l’Agence américaine de protection de l’environnement. Les concentrations moyennes de plomb étaient près de 60 fois supérieures à la norme de l’EPA.

L’Université de Californie du Sud a indiqué que plus de 70 % des maisons situées dans la zone impactée par l’incendie d’Eaton avaient été construites avant 1979, époque à laquelle la peinture au plomb était courante.

Une autre étude publiée début janvier 2026 corrobore les analyses de la professeure Zhu : « Des niveaux élevés de composés organiques volatils étaient particulièrement évidents dans les maisons inhabitées situées dans les zones brûlées, ce qui suggère des émissions intérieures continues provenant des matériaux touchés par la fumée. Ces résultats soulèvent des inquiétudes quant à la qualité de l’air intérieur après un incendie de forêt et au risque d’exposition prolongée, soulignant la nécessité de mesures d’atténuation ciblées et d’une surveillance continue pour protéger la santé publique pendant la période de rétablissement. »

Karen Girard, elle, a été surprise d’apprendre que sa maison avait été épargnée. Elle y est retournée munie d’un masque, évidemment. Déjà souffrante d’asthme, elle subit désormais des crises plus violentes chaque fois qu’elle se rend sur place. Les tests de santé qu’elle effectue lui montrent que sa maison n’est plus saine.

Un constat semblable pour Zoe Gonzalez Izquierdo, qui a partagé ses difficultés dans le Washington Post. Elle peine à convaincre sa compagnie d’assurances de prendre en charge le nettoyage adéquat de sa maison familiale à Altadena, où des niveaux dangereux de plomb et d’autres composés toxiques ont été détectés : « Ils ne peuvent pas simplement envoyer une entreprise non certifiée pour nettoyer les lieux afin que nous puissions retourner dans une maison encore contaminée », a déclaré Mme Gonzalez, mère de deux enfants âgés de 2 et 4 ans.

Au total, les dommages causés par les incendies ont été estimés à plus de 250 milliards de dollars (210 milliards d’euros). Début 2026, 70 % des évacués attendent toujours une réponse de leur assurance ou ont reçu une réponse négative. Cela rend impossible une relocalisation immédiate, d’autant plus qu’ils doivent continuer à payer leur hypothèque tout en se logeant temporairement.

Face à cette urgence, la bureaucratie californienne a été assouplie : le comté de Los Angeles délivre désormais des permis de construire en quelques mois, là où le processus prenait souvent plus d’un an auparavant. Cependant, pour certains, ce processus reste trop long et coûteux étant donné les circonstances. Beaucoup se voient contraints de vendre leur terrain.

Ellaird et Charlotte Bailey, arrivés à Altadena en 1984, ont décidé de revenir et de bâtir un nouvel « chez eux ». Leur quartier est cependant en mutation. « Ce que nous avions l’habitude de connaître est parti, » explique Ellaird Bailey, « ça va devenir une toute nouvelle ville et je ne sais pas très bien à quoi ressembleront les futurs résidents, mais nous avons hâte de le découvrir. » Le couple, qui souhaitait que ses enfants grandissent dans une ville « melting-pot », constate que ce refuge pour les Afro-Américains de la classe moyenne risque de perdre son âme face à la gentrification forcée.

Les investisseurs immobiliers ont déjà acquis environ 40 % des terrains mis en vente dans les zones touchées par les incendies. Les spécialistes du marché immobilier local rapportent que de nombreux investisseurs proposent des offres très basses pour ces terrains, dans l’intention de les revendre pour construire de nouvelles maisons. Certains propriétaires refusent ces offres, mais d’autres acceptent sans hésiter, étant « désespérés de vendre ». Beaucoup de résidents envisageant de vendre sont soit âgés, soit sous-assurés après la destruction de leur maison, ce qui les empêche de financer sa reconstruction.