Belgique

Incendie à Crans-Montana : les propriétaires du bar ne se déroberont pas

Jacques et Jessica Moretti, propriétaires du bar Constellation à Crans-Montana, font l’objet d’une enquête pour « homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence » après un drame ayant fait 40 morts et 116 blessés. La commune de Crans-Montana a reconnu mardi une faille des contrôles de sécurité, indiquant que « les contrôles périodiques n’ont pas été effectués de 2020 à 2025 ».


Jacques et Jessica Moretti, les propriétaires français du bar détruit par un incendie lors de la nuit du Nouvel An dans la station de ski suisse de Crans-Montana, ont déclaré mardi qu’ils ne se « déroberaient pas » à l’enquête en cours suite à ce drame.

« Nous sommes dévastés et envahis par le chagrin », ont annoncé les propriétaires du Constellation dans un communiqué envoyé à l’AFP, marquant leur première prise de parole publique depuis l’ouverture, samedi, d’une enquête les visant pour « homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence ».

L’incendie, qui a causé 40 morts et 116 blessés, aurait été déclenché, selon l’enquête, par des bougies appelées « fontaines » ayant touché le plafond du sous-sol. Les clients du bar, principalement des adolescents et de jeunes adultes, s’étaient retrouvés piégés par les flammes.

L’enquête doit notamment examiner la conformité des travaux réalisés par le couple en 2015, les matériaux utilisés, les voies d’évacuation, les moyens d’extinction, ainsi que le respect des normes en matière de sécurité incendie. Cela inclut la pose au plafond d’une mousse, un matériau insonorisant, qui semble avoir pris feu rapidement.

Un premier mea-culpa de la commune

La commune de Crans-Montana a reconnu mardi une défaillance dans les contrôles de sécurité et d’incendie après l’incendie du bar Constellation, qui a causé 40 morts et 116 blessés, provoquant « consternation » chez certaines familles.

« Les contrôles périodiques n’ont pas été effectués de 2020 à 2025. Nous le regrettons amèrement », a déclaré le président de Crans-Montana, Nicolas Féraud, lors d’une conférence de presse, précisant qu’il ne savait pas pourquoi ces inspections n’avaient pas eu lieu.

« Nous assumerons toute la responsabilité que la justice déterminera », a-t-il ajouté, concernant le drame causé, selon l’enquête, par des bougies « fontaines » étant entrées en contact avec le plafond du sous-sol. La mousse acoustique qui couvrait ce plafond, sujette à un embrasement rapide, est un des points clés examinés par les enquêteurs.

D’après des photos prises par le propriétaire lors de travaux effectués après l’achat du lieu en 2015, cette mousse avait été installée dès le départ.

« Consternation »

« Vraisemblablement, les quelques chefs de sécurité qui ont inspecté ce bar entre 2015 et 2020 auraient dû faire plus attention », a admis M. Féraud, qui a par ailleurs écarté toute démission pour le moment.

L’avocat Romain Jordan, représentant plusieurs familles, a indiqué à l’AFP que ses clients avaient pris connaissance « avec consternation des informations communiquées lors de la conférence de presse ».

« Le nombre alarmant de manquements et lacunes dans les contrôles soulève d’autant plus d’urgence la question d’une enquête sur la commune », a-t-il affirmé.

« Si vous ne pouvez pas assurer la sécurité des gens, alors vous limitez le nombre d’établissements publics », a renchéri Me Sébastien Fanti, avocat de quatre familles de blessés.

« Faites gaffe à la mousse ! »

Des vidéos diffusées lundi soir par la télévision suisse RTS montrent que ce n’était pas la première fois que ces bougies étaient utilisées dans le bar et que leur danger était connu.

« Faites gaffe à la mousse ! » avait lancé un employé du bar lors de la soirée du Nouvel An 2019-2020, selon l’une de ces vidéos.

Les autorités italiennes, très critiques, ont multiplié les déclarations. « Cette tragédie aurait pu et dû être évitée grâce à la prévention et au bon sens », a déclaré lundi l’ambassadeur d’Italie en Suisse, Gian Lorenzo Cornado, lors d’une conférence de presse.

Le bar appartient à Jacques et Jessica Moretti, qui font l’objet d’une enquête pour « homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence ».

Ils n’ont été ni placés en détention provisoire ni assignés à résidence, ce qui a surpris, notamment les autorités italiennes.

« Jusqu’à présent, nous n’avons pas eu d’éléments concrets indiquant une fuite », a expliqué mardi la procureure générale du canton du Valais, Béatrice Pilloud, sur la radio française RTL.

Lundi, une source proche du dossier a indiqué à l’AFP que Jacques Moretti était connu de la justice française pour des affaires de proxénétisme et avait été incarcéré en Savoie en 2005.

« Ces informations ne sont pas confirmées dans le cadre du dossier mené par le ministère public, donc il nous faut un peu de temps », a réagi Mme Pilloud, confirmant que le couple serait « entendu assez rapidement ».

46 blessés transférés à l’étranger

À Paris, le parquet a ouvert une enquête lundi pour « accompagner les familles françaises dans les investigations menées par les autorités suisses » suite à ce drame ayant causé neuf morts et 23 blessés côté français.

Le long processus d’identification des 40 morts et 116 blessés s’est achevé lundi, révélant que la moitié des victimes, âgées de 14 à 39 ans, étaient des mineurs.

Les défunts comptent 22 Suisses, dont un également détenteur de la nationalité française, et 18 étrangers de neuf pays, selon la police cantonale du Valais.

Parmi les blessés, représentant 14 nationalités, on trouve notamment 69 Suisses, 23 Français et 12 Italiens, incluant des binationaux.

Sur les 83 blessés encore hospitalisés, 46 grièvement blessés ont été transférés vers la France, l’Italie, l’Allemagne ou la Belgique, selon les autorités cantonales.

Une cérémonie d’hommage est prévue vendredi dans la commune voisine de Martigny, avec la présence annoncée du président Emmanuel Macron. À 14h00, les cloches des églises suisses sonneront et un moment de silence sera observé dans tout le pays.