L’équipe nationale ne se sépare pas de Sami Trabelsi : c’est compliqué !
Depuis 2011, treize sélectionneurs ont dirigé l’équipe nationale de Tunisie, avec une moyenne d’un sélectionneur par an. Sami Trabelsi a quitté son poste après des performances jugées insuffisantes, notamment lors de la CAN et de la coupe arabe.

Nouveau départ d’un entraîneur tunisien à la tête de la sélection après une performance décevante à la CAN. D’autres explications et solutions sont nécessaires.
La Presse — Il y a deux ans, Jalel Kadri, n’ayant pas réussi à qualifier l’équipe de Tunisie pour le deuxième tour de la CAN, dut quitter son poste. Ces départs après la CAN ou à la suite d’un revers ne sont donc pas une nouveauté. Montassar Louhichi, avec un match nul contre la Namibie, a été contraint de mettre fin à son intérim, Kebaier a été évincé peu après la CAN, et Faouzi Benzarti a quitté après un parcours peu concluant lors des éliminatoires de cette CAN, laissant Yaâkoubi et Najjar faire face à une qualification difficile, eux aussi invités à partir.
Nabil Mâaloul n’a pas connu un sort meilleur après deux échecs avec l’équipe nationale. La liste des entraîneurs tunisiens écartés après un échec est longue. On peut donc parler d’une précarité au poste de sélectionneur national, avec une moyenne alarmante de sélectionneurs passant et repartant. Sami Trabelsi a conclu une série de treize entraîneurs depuis 2011 jusqu’à maintenant ! En fait, on pourrait dire qu’il y a eu presque un sélectionneur par an.
Ce chiffre illustre bien la situation de l’équipe nationale. Le départ de Sami Trabelsi ainsi que de son large et « léger » staff n’était pas une surprise, bien que la rapidité de cette décision ait pu l’être. Trabelsi paie le prix de ses erreurs, ainsi que celles de ses joueurs, qui ont montré leurs limites. Il a également à répondre d’un encadrement individualisé et d’un favoritisme dans les convocations, conduisant à une sélection « hybride », mêlant anciens joueurs et une nouvelle génération expatriée enthousiaste, mais se heurtant à un système rigide. La question dépasse le seul cas de Sami Trabelsi.
En tant qu’ancien capitaine de l’équipe nationale, il était là pour guider les joueurs, mais il avait des limites à ne pas franchir. Il ne pouvait pas tout décider, il ne pouvait pas (ou ne souhaitait pas) être équitable envers les joueurs, car certains choix n’étaient pas les siens. Zyed Jaziri, accompagné de Houcine Jenayeh, le véritable décideur de l’équipe nationale, tirait les ficelles.
Au final, Sami Trabelsi, qui voulait tout contrôler, a tout perdu. Sa plus grande erreur a été de persister à diriger l’équipe nationale lors de la coupe arabe tout en abandonnant l’idée d’une sélection A’. En fin de compte, il a échoué à la coupe arabe, s’est mis tout le monde à dos, et à la CAN, sa gestion des joueurs et des matches n’a pas été éclairée. Son départ était inévitable.
Il laisse derrière lui une équipe hétérogène, tentant de satisfaire tout le monde : des anciens joueurs toujours présents, tels que Dahmen, Meriah, Sassi, Sliti, Skhiri, Bronn, Mâaloul, et de nouveaux venus, des expatriés ambitieux, emmenés par le rebelle Hannibal Mejbri, qui dirigent un groupe de talents ne parvenant pas à remplacer les anciens cadres.
Les autres sont des réservistes, certains préférant se tenir à l’écart en attendant une opportunité, comme Chaouat, Hadj Mahmoud ou Ouannès. Dans ce contexte particulier, bien que les relations n’étaient pas tendues ou conflictuelles, des animosités et un réel clanisme étaient présents. La solidarité existait, mais les décisions de Sami Trabelsi et son traitement différencié envers certains joueurs avaient engendré du doute.
Le match contre le Mali a probablement été le plus mal géré par Trabelsi. Une qualification aux quarts était atteignable, mais il ne l’a pas voulu, ainsi que ses joueurs. Encore une fois, le même schéma se répète : un entraîneur remercié avec son staff présenté comme le seul responsable de cet échec. Ce n’est pas la vérité. La situation est plus complexe.
Un autre entraîneur aurait pu être là et qualifier l’équipe pour les quarts, mais les problèmes de la sélection demeurent. Des maux chroniques, présents depuis des années, affectent tous ses aspects. L’entourage de cette sélection a instauré une culture et imposé des choix et des joueurs que tout nouveau sélectionneur doit accepter ou quitter.
Pour réussir, l’entraîneur devra bouleverser ce cadre, changer la donne, et écarter certains joueurs influents, leurs agents, ainsi que les responsables fédéraux qui cautionnent certaines pratiques. Sami Trabelsi était conscient de son poids et savait qu’il ne pouvait pas être le seul décideur. Il a accepté ce jeu, cette parodie, et en a subi les conséquences à la fin.
Lorsqu’il y aura une réelle justice dans le choix des joueurs, quand de véritables responsables exemplaires dirigeront la sélection, quand on intégrera de bons et futurs grands joueurs et que l’on donnera sa chance aux plus méritants, l’équipe nationale se portera certainement mieux.

