Incendie mortel à Crans-Montana : détails sur les propriétaires français du bar
Jacques et Jessica Moretti, propriétaires du bar Le Constellation à Crans-Montana, sont au cœur d’une enquête pour « homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence » après un incendie survenu la nuit du Nouvel an, ayant fait 40 morts et 116 blessés. Selon les premiers éléments de l’enquête, le sinistre aurait été causé par des bougies « fontaines » qui ont enflammé le plafond du sous-sol de l’établissement.

Les propriétaires du bar Le Constellation, situé à Crans-Montana en Suisse, Jacques et Jessica Moretti, sont désormais au centre d’une enquête pour « homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence », suite à un incendie ayant causé 40 morts et 116 blessés durant la nuit du Nouvel an. Qui sont ces deux Français installés en Suisse depuis dix ans ?
Avant leur arrivée en Suisse, en Corse et en Haute-Savoie
Jacques Moretti, originaire de Ghisonaccia en Haute-Corse, aurait possédé un bar lounge sur le port de Bonifacio, une ville côtière prisée de Corse-du-Sud, à la fin des années 2000 avant de s’installer en Suisse. Ces informations sont confirmées par plusieurs sources locales citées par Corse-Matin et corroborées par des documents administratifs consultés par l’AFP. Selon Nice-Matin, sa femme, Jessica, serait originaire de la Côte d’Azur.
Au même moment, des documents attestent également des activités du couple dans le domaine immobilier, dans la station de ski des Alpes françaises de La Clusaz en Haute-Savoie.
En Suisse, Jacques et Jessica Moretti gèrent aujourd’hui, en plus du Constellation, qu’ils ont pris en gestion en 2015, deux autres établissements : le café-restaurant Le Senso, enregistré en 2020 à Crans-Montana, et l’auberge corse Le Vieux Chalet, enregistrée en 2023 à Lens.
Jacques Moretti, connu des autorités françaises
Jacques Moretti, 49 ans, a été incarcéré en Savoie en 2005 et est connu des autorités françaises pour des affaires de proxénétisme remontant à environ vingt ans, comme confirmé par une source proche du dossier à l’AFP. D’après Franceinfo.fr, il a été condamné en 2008 à douze mois de prison, dont huit avec sursis, à Annecy en Haute-Savoie pour « proxénétisme aggravé ».
Le Parisien a également révélé deux autres condamnations mineures et beaucoup plus anciennes.
Selon une source proche du dossier citée par l’AFP, Jacques Moretti aurait été impliqué dans sept autres affaires, notamment pour escroquerie, sans que cela ne mène à des condamnations.
« Actuellement, ces informations ne sont pas confirmées dans le cadre de l’enquête menée par le ministère public, donc il faut nous laisser un peu de temps », a commenté la procureure générale du canton du Valais, Béatrice Pilloud, sur RTL, ajoutant que le couple serait « entendu assez rapidement ».
D’abord témoins, puis suspects
Jacques et Jessica Moretti ont d’abord été entendus comme témoins au début de l’enquête. Jessica Moretti était présente sur les lieux lors du drame, contrairement à son mari. Cependant, le 3 janvier, seulement trois jours après l’incendie, la justice suisse a décidé d’ouvrir une procédure pénale à leur encontre, les plaçant comme principaux suspects. Le 2 janvier, Jacques Moretti avait affirmé au quotidien La Tribune de Genève que son bar avait été contrôlé « trois fois en dix ans » et que « tout s'(était) fait dans les normes ».
Dans un communiqué reçu par l’AFP ce mardi, Jacques et Jessica Moretti ont déclaré qu’ils ne se « déroberaient pas » à l’enquête suite à ce drame. « Nous sommes dévastés et envahis par le chagrin », ont-ils écrit. Le couple assure faire « pleinement confiance aux enquêteurs pour faire toute la lumière et dissiper les interrogations ». Ils affirment également penser constamment aux victimes, à leurs proches, et aux blessés, tout en saluant le « courage » des forces de l’ordre et des sauveteurs.
Interrogé par plusieurs journalistes devant son domicile à Lens, près de Crans-Montana, Jacques Moretti a déclaré : « Laissez-nous tranquilles, nous aussi nous sommes en deuil ».
Les normes de sécurité du bar critiquées
Les travaux réalisés par le couple en 2015, alors qu’ils n’étaient pas encore propriétaires mais simplement gérants du Constellation qu’ils ont acquis en 2022, soulèvent des questions. Selon les premiers éléments de l’enquête, l’incendie aurait été provoqué par des bougies « fontaines » qui ont enflammé le plafond du sous-sol. Ces bougies, fixées à des bouteilles de champagne, auraient été placées trop près d’un plafond recouvert d’une mousse acoustique, qui se serait enflammée rapidement. Cet aspect est examiné de près par les enquêteurs.
D’après des photos prises par le propriétaire lors des travaux effectués après l’achat du local il y a dix ans, cette mousse avait été installée dès le départ. Des images diffusées récemment par la télévision suisse RTS montrent que ce type de bougies avait déjà été utilisé dans le bar et que leur danger était connu. « Faites gaffe à la mousse ! » avait averti un employé du bar lors de la soirée du Nouvel an, le 31 décembre 2019, dans l’une de ces vidéos.
Cependant, en septembre 2025, un bureau externe spécialisé avait conduit une étude acoustique du Constellation et confirmé, selon la commune, « le respect des normes anti-bruit, sans relever d’autres problèmes ».
Les enquêteurs devront aussi examiner la conformité des accès et des issues de secours au sous-sol. De nombreux témoignages rapportent des scènes de bousculade, notamment dans l’escalier menant au sous-sol, alors que la réglementation suisse exige des portes qui s’ouvrent dans le sens de la fuite, des voies de circulation dégagées et bien signalées, avec des largeurs minimales.

