Tariq Ramadan demande la récusation de la présidente de son procès.
Tariq Ramadan doit être jugé en mars prochain pour viols par la cour criminelle départementale de Paris, mais il a déposé une demande de récusation de la juge Corinne Goetzmann. En France, il doit comparaître pour des viols qui auraient été commis entre 2009 et 2016 sur trois femmes et encourt vingt ans de prison.
Tariq Ramadan sera jugé en mars prochain par la cour criminelle départementale de Paris pour des accusations de viol. Toutefois, sa défense s’oppose à ce que le procès soit présidé par la juge Corinne Goetzmann. L’islamologue a déposé lundi une demande de récusation de la magistrate auprès du premier président de la cour d’appel. Dans sa requête, consultée par 20 Minutes, l’homme de 63 ans estime qu’elle ne respecte pas « les garanties d’impartialité qu’impose l’équité de l’audience ».
Ses avocats, au nombre de quatre, ont exprimé plusieurs préoccupations dans les mois précédents, affirmant que leurs demandes auprès de Corinne Goetzmann sont restées sans réponse. Parmi ces requêtes, ils ont, en vain, demandé un report du procès, prévu du 2 au 20 mars, qui coïncide avec la période de ramadan. Selon Tariq Ramadan, « dont nul n’ignore les convictions religieuses », il observera le jeûne, un des cinq piliers de l’islam. Il ajoute que, compte tenu de la dégradation de son état de santé, il risque d’être physiquement et intellectuellement affaibli. Pour lui, « le seul fait d’envisager de juger un homme dans de telles conditions heurte les principes les plus élémentaires du droit à un procès équitable. Seul un renvoi permettra d’empêcher une atteinte irréversible à l’exercice effectif des droits de la défense ».
Le communiqué de ses avocats, Mes Nabila Asmane, Ouadie Elhamamouchi, May-Sarah Vogelhut et Marie Burguburu, souligne qu’il serait difficile d’imaginer un homme répondant d’accusations pendant près d’un mois tout en jeûnant, d’autant plus en raison de sa maladie.
Tariq Ramadan reproche également à la juge de n’avoir pas répondu aux demandes de supplément d’information formulées par sa défense, qui se basent sur des éléments nouveaux. Selon lui, des expertises fournies par ses avocats « remettent totalement en cause la crédibilité des parties civiles » et montrent des incohérences dans leurs récits.
Parmi ces expertises, celles en stylométrie et en linguistique assistée par ordinateur pourraient démontrer qu’une des plaignantes a produit des écrits qu’elle conteste être les siens, suggérant ainsi un complot contre Ramadan. Le fait que la juge n’ait pas réagi à ces nouveaux éléments soulève des inquiétudes quant à son impartialité.
Contactées par 20 Minutes, Mes Laure Heinich et Laura Ben Kemoun, qui représentent deux des plaignantes, ont choisi de ne pas commenter. Me David-Olivier Kaminski, avocat de la troisième plaignante Henda Ayari, a déclaré ne pas avoir eu connaissance de cette demande de récusation et ne souhaite pas réagir.
En France, Tariq Ramadan est poursuivi pour des viols qui auraient eu lieu entre 2009 et 2016 sur trois femmes. Il conteste ces accusations et risque une peine de vingt ans de prison. En juillet dernier, il a été définitivement condamné en Suisse à trois ans de prison, dont un ferme, pour viol. Ses avocats en Suisse ont déposé une demande de révision le 17 octobre dernier, qui est actuellement à l’étude, en raison des nouveaux éléments révélés par des expertises.

