Le plan américain ne dirige pas le Venezuela : menaces sur le gouvernement en place
Donald Trump affirme que les Etats-Unis vont « diriger » le Venezuela après en avoir capturé le président Nicolas Maduro, tout en rappelant que le plan s’appuie sur le gouvernement existant. Marco Rubio a précisé que « il ne s’agit pas de diriger – il s’agit de contrôler la politique » du Venezuela.
Donald Trump déclare que les États-Unis vont « diriger » le Venezuela après avoir capturé le président Nicolas Maduro. Cependant, en l’absence de présence militaire connue sur place, le projet américain qui se profile semble s’appuyer sur le gouvernement en place. Dans ses nombreux commentaires suite à l’opération militaire américaine, à la fois spectaculaire et critiquée, Trump insiste sur le fait que les États-Unis souhaitent temporairement « diriger » ce pays de 30 millions d’habitants à l’économie dévastée.
Cependant, Washington semble peu ou pas préparé à un tel contrôle : l’ambassade américaine à Caracas est fermée, aucune force militaire américaine n’est présente sur le terrain, et Trump a évoqué de manière vague que son propre gouvernement serait en charge. Même l’invasion de l’Irak en 2003, qui a suscité de vives critiques à l’époque, avait été mieux planifiée, ayant conduit à l’établissement de l’Autorité provisoire de la coalition comme gouvernement de transition.
À ce niveau, Trump assure que Washington collabore avec Delcy Rodriguez, l’ancienne vice-présidente de Maduro, qui a été désignée présidente par intérim par les institutions de son pays. Néanmoins, il l’a mise en garde contre un « pire » scénario si elle ne se conforme pas aux exigences américaines, lesquelles concernent l’accès américain aux réserves pétrolières du Venezuela. « Il ne s’agit pas de diriger – il s’agit de contrôler la politique » du Venezuela, a précisé Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, sur NBC dimanche.
D’origine cubaine, Rubio juge depuis longtemps le gouvernement de Maduro comme illégitime et soutient l’opposition vénézuélienne, qui revendique avoir remporté les élections présidentielles de 2024, victoire qu’à l’époque, Washington avait reconnue à la fin du mandat de Joe Biden.
Cependant, dans les heures qui ont suivi l’intervention américaine, Trump a discrédité Maria Corina Machado, figure récente de l’opposition et lauréate du prix Nobel de la paix. « Elle ne bénéficie ni du soutien ni du respect au sein de son pays », a-t-il affirmé. Pourquoi cette prise de distance ?
« Pour que Machado accède au palais présidentiel et dirige le pays, une présence militaire américaine massive serait indispensable, ce qui serait très sanglant, aurait peu de chances de succès, et engendrerait d’énormes soucis de politique intérieure pour Trump », analyse Mark Jones, spécialiste du Venezuela à l’université texane Rice.
Delcy Rodriguez, qui était en contact avec les États-Unis bien avant l’offensive américaine, a d’abord prononcé un discours virulent samedi, déclarant Maduro comme « l’unique président » d’un Venezuela prêt à « se défendre ». Son ton a rapidement changé dimanche, évoquant un « agenda de coopération ».
« D’une part, elle doit se montrer indignée par les événements. D’autre part, elle doit paraître ouverte à promouvoir des politiques pro-américaines, ce qui va être très délicat pour son régime, étant donné que cela fait 27 ans qu’il considère les États-Unis comme son ennemi juré », explique Ryan Berg, chercheur au Centre pour les études stratégiques et internationales à Washington.
Toutefois, la manœuvre ne s’annonce pas simple, avertit un ancien responsable de l’ambassade américaine à Caracas avant sa fermeture en 2019. Delcy Rodriguez « profite de l’offre de Trump et Rubio en disant +bien sûr, nous allons coopérer+ », mais elle agit ainsi « pour gagner du temps et consolider sa position » interne, prévient Brian Naranjo auprès de l’AFP, estimant qu’elle ne sera pas « la marionnette » de Washington.
Pour contrôler le Venezuela comme il le souhaite, Washington devra également obtenir le soutien d’autres figures clés du régime de Maduro, comme Vladimir Padrino Lopez, qui dirige l’armée vénézuélienne, souligne Mark Jones. Certaines des exigences américaines, concernant le trafic de drogue, pourraient être simples à satisfaire pour Delcy Rodriguez. En revanche, d’autres, comme rompre avec Cuba, pourraient s’avérer bien plus compliquées à accepter pour un gouvernement ancré dans l’héritage de l’ancien président de gauche Hugo Chavez. « Ce groupe résistera de toutes ses forces, car l’idée que le Venezuela devienne un État vassal des États-Unis contredit l’idéal de la révolution bolivarienne », conclut le spécialiste du pays sud-américain.

