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Etats-Unis : Nicolas Maduro aura-t-il un procès équitable ?

Nicolás Maduro a été présenté devant la justice à New York, lundi, et a plaidé non coupable à des accusations de trafic de drogue et de narcoterrorisme. L’ancien président du Venezuela est désormais détenu dans un centre pénitentiaire de Brooklyn, en attendant une nouvelle audience prévue le 17 mars.


Mine contrite et casque sur les oreilles pour la traduction simultanée, Nicolás Maduro a été présenté devant la justice à New York, lundi. Le président déchu du Venezuela s’est désigné comme un « prisonnier de guerre » devant le juge, deux jours après sa spectaculaire capture par les forces armées américaines. Il a plaidé non coupable à des accusations de trafic de drogue et de narcoterrorisme, qui pourraient lui valoir une peine de réclusion à perpétuité. Âgé de 63 ans, l’ancien chef d’État est désormais détenu dans un centre pénitentiaire de Brooklyn, l’un des plus grands des États-Unis, en attendant une nouvelle audience prévue pour le 17 mars.

La procédure judiciaire est déjà fragilisée par les conditions de l’arrestation de Nicolás Maduro. De nombreux États et organisations internationales ont contesté la légalité de l’intervention américaine au Venezuela, que Washington présente comme une simple « opération de police ». Mardi, l’ONU a exprimé sa « profonde inquiétude » et a jugé que cette intervention était contraire au « droit international ».

Il existe de très graves préoccupations concernant la méthode utilisée pour amener [Nicolás Maduro] aux États-Unis, déclare Dan Arshack. Selon cet avocat pénaliste américain, les lois américaines « encadrant l’usage de la force militaire dans des pays étrangers n’ont manifestement pas été respectées ». Cette faille pourrait affecter la perception de l’équité du procès, indépendamment de la solidité des charges.

Début janvier, la nouvelle ministre de la Justice, Pamela Bondi, a mentionné que Nicolás Maduro ferait face à « toute la fureur de la justice américaine ». Cela soulève des interrogations quant à l’instrumentalisation de cette justice par l’exécutif. Donald Trump assure que Nicolás Maduro a été arrêté au nom de la lutte contre le narcotrafic. Pourtant, en décembre 2025, il a accordé sa grâce présidentielle à Juan Orlando Hernández, ancien président du Honduras, condamné à quarante-cinq ans de prison pour trafic massif de cocaïne.

« Le système judiciaire américain est attaqué de l’intérieur », affirme Dan Arshack, évoquant « des procureurs sommés de violer leurs obligations déontologiques », des juges « attaqués par le pouvoir exécutif », et « des agents du FBI et des fonctionnaires renvoyés pour avoir simplement fait leur travail ». Des « cabinets d’avocats contraints d’abandonner leurs principes pour s’attirer les faveurs du président Trump » sont également mentionnés.

Dans ce contexte politique, la justice américaine semble particulièrement fragile, et l’image que l’exécutif donne de Nicolás Maduro soulève des questions. Donald Trump et plusieurs de ses collaborateurs ont publiquement qualifié l’ancien président vénézuélien de coupable, avant même qu’une décision judiciaire ne soit rendue. Marco Rubio a par exemple tweeté : « Maduro est à la tête du Cartel de Los Soles, une organisation narcoterroriste qui a pris possession d’un pays ».

Ces déclarations pourraient violer les principes fondamentaux d’équité et de procédure régulière, selon Dan Arshack. Pire, Donald Trump a laissé entendre que ce procès pourrait servir d’avertissement à d’autres pays jugés hostiles par Washington. « Le président Trump tente clairement de faire un exemple au Venezuela de ce qu’il pourrait faire à Cuba ou au Groenland », estime-t-il.

Pourtant, Dan Arshack se veut rassurant : « Le président Maduro ne sera pas condamné pour servir d’exemple. » Il rappelle que le système juridique exige qu’un jury de 12 personnes statue sur la culpabilité ou l’innocence de toute personne poursuivie pénalement. La réputation du juge en charge de l’affaire, choisi au hasard, est également soulevée par de nombreux observateurs. Âgé de 92 ans, Alvin Hellerstein a géré de nombreux dossiers sensibles au cours de sa carrière, allant des attentats du 11 septembre aux abus commis par les forces américaines en Irak et en Afghanistan.

« Je suis là pour garantir un procès équitable. C’est mon intention », a-t-il déclaré devant la cour. « Le juge Alvin Hellerstein est reconnu comme un magistrat très intelligent, rigoureux et équitable. Ni l’accusation ni la défense ne devraient mettre en question son impartialité », assure Dan Arshack. Pour l’instant, la crédibilité du magistrat et le rôle fondamental du jury populaire représentent les principaux remparts contre une justice fragilisée par l’administration Trump. Cependant, dans une affaire où l’exécutif semble déjà avoir jugé et condamné, chaque décision pourrait devenir un test de la résilience du système judiciaire américain.