Venezuela, Canada, Chine : la bataille pour le pétrole lourd influence la stratégie américaine
Le Venezuela dispose des plus grandes réserves de pétrole au monde, l’équivalent de 303 milliards de barils en 2023, selon l’Agence internationale de l’énergie, mais Caracas ne produit que 874.000 barils par jour. Aujourd’hui, environ 60% des importations américaines de pétrole lourd proviennent du Canada, le Canada étant devenu le fournisseur dominant.
Le Venezuela dispose des plus grandes réserves de pétrole au monde, équivalentes à 303 milliards de barils en 2023, selon l’Agence internationale de l’énergie, mais Caracas ne produit que 874.000 barils par jour, provenant principalement du pétrole lourd ou extra-lourd de l’Orénoque.
Aux États-Unis, qui est le premier producteur de pétrole mondial, on extrait du brut léger. Cependant, le pays possède une concentration unique d’une dizaine de raffineries, surtout situées autour du Golfe du Mexique, spécialisées dans le raffinage du pétrole lourd, essentiel pour de nombreux usages industriels. Ce type de pétrole est notamment utilisé dans la production de diesel, de carburants industriels et de sous-produits tels que le bitume, nécessaire à la construction des routes. Bien qu’il soit moins adapté à la production d’essence, il est central pour l’appareil industriel américain. Ce pétrole, cependant, se trouve seulement dans quelques pays : le Canada, le Venezuela et la Russie.
### Des raffineries de pétrole construites sur mesure au Venezuela
De 1920 aux nationalisations vénézuéliennes de 1976 et 2007, le pétrole du Venezuela a été largement exploité par des compagnies américaines. Ainsi, les raffineries américaines ont été conçues, tant techniquement qu’économiquement, pour ce type de brut.
En 1957, au sommet de cette exploitation, les profits des compagnies américaines au Venezuela étaient énormes : l’économiste Gabriel Zucman rappelle à Mediapart que l’équivalent de 12 % du revenu national vénézuélien était versé aux actionnaires américains, ce qui représente à peu près autant que ce que perçoit la classe populaire du Venezuela.
Cependant, depuis 2019 et l’embargo américain, Washington a dû compenser l’absence de ce pétrole lourd.
Les États-Unis se sont donc tournés vers le Canada, dont le brut est très similaire. Aujourd’hui, environ 60 % des importations américaines de pétrole lourd proviennent du Canada, faisant de ce pays le fournisseur dominant et presque incontournable. Toutefois, ce pétrole est plus cher, et cela expose Washington à une dépendance accrue envers son voisin du nord. Le Venezuela redevient alors un acteur central.
### Pourquoi les États-Unis ont des intérêts économiques au Venezuela ?
Du point de vue américain, l’intérêt économique est double :
Comment les États-Unis prévoient-ils de procéder ? Cela semble très clair si l’on en croit le président américain. Donald Trump a affirmé qu’il allait autoriser les compagnies pétrolières américaines à se rendre au Venezuela pour exploiter ses réserves de brut.
Actuellement, Chevron est la seule compagnie américaine autorisée à opérer au Venezuela, où elle joue un rôle clé. Elle produit du pétrole en collaboration avec la compagnie nationale, sans verser d’argent au gouvernement vénézuélien ; elle se rembourse directement en barils. Chevron maintient ainsi les infrastructures, les compétences et une présence américaine continue sur place.
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Rien n’est moins sûr. Les analystes se montrent prudents : les infrastructures sont détériorées, les investissements nécessaires sont énormes, et les prix du pétrole sont relativement bas. De plus, ces groupes doivent rendre des comptes à leurs actionnaires. En l’absence de visibilité politique et économique à long terme, un afflux massif de capitaux semble peu probable à court terme.
Une question demeure cruciale : cette recomposition peut-elle redessiner la carte énergétique de l’Amérique du Nord ? Potentiellement, oui. Un retour progressif du pétrole lourd vénézuélien pourrait créer une concurrence directe avec le pétrole canadien.
En résumé, les États-Unis ne manquent pas de pétrole, mais ils souffrent d’un déficit en pétrole lourd. Ce manque continue à influencer profondément leur stratégie économique et géopolitique en Amérique.

