France

Pourquoi la neige ne cesse-t-elle de nous captiver ?

Jean-Philippe, enseignant en élémentaire en Gironde, a observé des flocons de neige tomber pendant qu’il faisait cours. La hauteur de la neige au col de Porte, dans les Alpes, est passée d’un mètre entre 1960 et 1990 à 60 cm entre 1990 et 2020, selon Margot Dumont, directrice du centre d’études de la neige.

« Je donnais un cours et soudain, j’ai vu toute ma classe se presser contre les vitres, se remémore Jean-Philippe, enseignant en élémentaire en Gironde. En tournant la tête, j’ai remarqué que quelques flocons commençaient à tomber. » Ce fut également le cas lundi à la rédaction de 20 Minutes lors des premiers flocons parisiens. Les chutes de neige sont toujours un événement et un sujet d’émerveillement, surtout dans les régions où elles sont peu fréquentes. Un épisode de neige verglas est en cours en ce début janvier sur plusieurs départements français.

Pour comprendre cette fascination collective, nous avons interrogé Margot Dumont, directrice du centre d’études de la neige, laboratoire de recherche de Météo-France et du CNRS. Créé en 1960 sous la forme d’observatoire, dont la mission principale était la prévision des risques d’avalanches, le centre a depuis diversifié ses missions. Il étudie l’évolution de la neige et ses conséquences sur le climat, l’hydrogéologie et les rythmes naturels des milieux montagneux, y compris les avalanches.

« Quelque chose de magique »

Passionnée des igloos durant son enfance, l’émerveillement de Margot Dumont pour la neige reste intact. « Une fois qu’elle tombe, il y a un changement dans le paysage sonore, car elle absorbe le bruit, tout devient plus silencieux. Quand on se réveille sous la neige, on le perçoit avant de le voir, car le son est différent. » Visuellement, la neige transforme aussi le paysage, le modelant tout en rondeur avec des teintes de blanc douces. « Je trouve que la neige peut métamorphoser n’importe quel paysage en quelque chose de magique et parfois très doux, ajoute Margot Dumont. On observe également de nombreux jeux de lumière, puisque le milieu réfléchit intensément les rayons du soleil, ce qui a tendance à scintiller, surtout lorsque la neige est fraîche. »

L’aspect éphémère de la neige nous captive également. « C’est un milieu qui évolue rapidement et en permanence, souligne la directrice. De nombreux flocons différents tombent du ciel, et une fois au sol, ils changent et se transforment rapidement en termes de structures, de couleurs et de propriétés. » Nombreux sont ceux qui souhaitent que cela dure le plus longtemps possible. Bien que les flocons puissent revêtir de nombreuses formes (étoiles, aiguilles, boutons de manchette, poussière de diamant, etc.), ils ont tous un point commun, précise Margot Dumont : « la symétrie hexagonale, en raison de la forme de la molécule d’eau. »

Des épisodes rares donc très prisés ?

Il n’est pas évident pour tout le monde d’observer fréquemment de la neige, surtout pour les plus jeunes qui ne vivent pas en altitude. Les chances diminuent avec le dérèglement climatique. « Il fait plus chaud en moyenne, et nous allons avoir des précipitations qui tombent plutôt sous forme de pluie alors qu’auparavant, elles tombaient sous forme de neige, souligne Margot Dumont. Cela est particulièrement vrai à basse altitude et en dessous de 2.000 mètres. » Elle indique que dans les Alpes européennes, on a perdu en moyenne un mois d’enneigement depuis les années 1970, ce qui est significatif.

Étant donné que les chutes de neige connaissent de fortes variations d’une saison à l’autre, elles sont comparées sur des périodes assez longues. Au col de Porte, dans le massif de la Chartreuse en Alpes, à une altitude moyenne (1.300 mètres) « particulièrement touchée par le dérèglement climatique », la hauteur de neige est passée d’un mètre entre 1960 et 1990 à 60 cm entre 1990 et 2020. « Nous avons perdu presque la moitié du manteau neigeux en trente ans, commente la directrice. Pour elle, que la neige soit rare ou non, « elle a toujours fasciné. » Il faut aussi noter qu’elle occupe une place dans l’imaginaire collectif, à travers des films et des livres souvent associés à la période de Noël, créant une certaine nostalgie.

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Cependant, au lieu de flocons de neige, nous nous dirigeons malheureusement vers de plus en plus de pluie, en lien avec l’élévation des températures mondiales et les conséquences ne sont pas seulement esthétiques. « À l’échelle mondiale, la neige joue un rôle crucial, car elle recouvre une grande partie de l’hémisphère nord et, par sa blancheur, elle permet de réfléchir l’énergie du soleil, » rappelle la directrice du centre d’études de la neige.