Tunisie

Jelel Gastli présente « Hortus » : Observer sans se faire remarquer.

Jeel Gastli présente l’exposition « Hortus » à la galerie Selma Feriani, où il explore des fragments visuels issus de ses déambulations dans un jardin. La photographie dans cette œuvre devient un outil de mémoire et d’intimité, sans jamais se livrer pleinement.

À la galerie Selma Feriani, Jelel Gastli présente un journal visuel fait d’intrusions, de souvenirs et de paysages intimes, où la photographie devient un moyen de rapprochement.

La Presse — Tel un journal de bord feuilleté à voix basse ou une série de photos sorties d’une boîte à souvenirs, Jelel Gastli raconte, s’y raconte, et se laisse raconter par des images presque volées. L’histoire débute par une intrusion clandestine dans un jardin.

Un geste à la fois simple et transgressif, qui engendre un tourbillon de vie, de rencontres, de présences et de figures imaginées.

L’exposition qui occupe les murs de la galerie Selma Feriani se déploie avec retenue. Les formats modestes évoquent ceux des albums de famille ou des lettres entretenues pendant des années avec son amie Leïla.

Ces images ne se survolent pas : elles incitent le corps à s’approcher, le regard à se pencher, presque à se courber. Comme si l’artiste suggérait, ou imposait, la même posture que celle adoptée lors de cette première traversée interdite.

Sur son chemin, la végétation se raconte. Sauvage, laissée à elle-même, à peine tolérante à la présence de la pierre. Elle capte la lumière, la reflète, s’en imprègne. Elle devient tour à tour gravure, sculpture, bas-relief. Le noir et blanc s’y déploie en une infinité de nuances, entre éclats et zones obscures, dégradés subtils et ombres profondes. Le geste est immersif, le regard ému.

L’intime affleure sans jamais se dévoiler complètement. Derrière cette épaisseur végétale, une vie semble agiter. On la devine, on l’imagine, on la rêve.

« Hortus » se présente ainsi comme un journal illustré, une série de fragments visuels issus de déambulations discrètes et répétées. Gastli ne documente pas un lieu : il l’éprouve. Il s’y attarde, y revient, enregistre les variations de lumière, de matière, de silence.

La photographie devient un outil de mémoire ainsi qu’un espace de projection.

Ce travail prend racine dans un moment ancien et fondateur, que l’artiste revisite aujourd’hui, avec le recul du temps. Un moment où le regard se façonne, où l’élan photographique se mêle à la découverte d’un territoire à la fois réel et mental.

Entre l’élan instinctif et la conscience du geste, quelque chose a évolué : le lieu n’est plus simplement traversé, il est habité par le souvenir.

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Dans cette série, Gastli ne recherche ni l’effet spectaculaire ni la démonstration. Il privilégie le détail, la proximité, la sensation tactile presque physique des feuillages, des sols, des surfaces.

La lumière méditerranéenne y est présente sans être éclatante, semblant filtrée par le temps et la mémoire.

Chaque image fonctionne comme une page que l’on relit, non pour retrouver exactement le passé, mais pour éprouver sa persistance.

« Hortus » n’est pas une exposition narrative au sens classique. C’est une expérience visuelle, un espace où le spectateur est invité à ralentir, à s’approcher, à pénétrer à son tour — discrètement — dans ce jardin mental. Un lieu où la photographie devient passage et où l’acte de voir se transforme en geste intime.