Filière des dattes : Enjeux de qualité face aux volumes actuels
La saison des dattes 2025-2026 s’annonce comme l’une des plus abouties de la dernière décennie, avec une production estimée dans le gouvernorat de Tozeur à plus de 60.000 tonnes. Cependant, la Tunisie a enregistré une baisse de 6 % de ses exportations au cours des onze premiers mois de la campagne 2024-2025, les volumes exportés étant passés de 140,5 mille tonnes à 132,1 mille tonnes.

Saluée comme l’une des plus prometteuses de la dernière décennie, la saison des dattes 2025-2026 met en avant le potentiel de la filière tunisienne.
Cependant, derrière cette performance agricole, la baisse des exportations et les défis structurels soulignent l’urgence de renforcer durablement la compétitivité du secteur.
La Presse — Après l’huile d’olive, la Tunisie enregistre une nouvelle performance historique.
La saison des dattes 2025-2026 s’annonce comme l’une des plus réussies de la dernière décennie. Très prometteuse, elle devrait se distinguer par des volumes importants et une qualité exceptionnelle, selon les dernières estimations du ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche. Au-delà des chiffres, cette réussite témoigne de la résilience d’une filière ancienne qui allie tradition et modernité.
Un défi à relever
La campagne 2025-2026 représente un tournant. La forte augmentation de la production n’est pas due au hasard : elle résulte d’une alchimie favorable entre conditions climatiques et savoir-faire ancien. Évoquer le palmier dattier en Tunisie, c’est raconter bien plus que l’histoire d’un arbre fruitier. C’est décrire un véritable écosystème économique, social et environnemental qui soutient les habitants de la région du sud.
Le record de production ne doit pas dissimuler les défis qui se profilent. Le stress hydrique touchant les régions oasiennes, les maladies du palmier dattier, ainsi que la nécessité de préserver la biodiversité des palmeraies, constituent autant d’enjeux exigeant une mobilisation continue.
Le ministère de l’Agriculture a réitéré son engagement à renforcer les acquis de la filière, en augmentant sa compétitivité et en protégeant son patrimoine oasien unique. En effet, la Tunisie doit résoudre cette équation : produire plus et mieux pour alimenter une population croissante et conquérir de nouveaux marchés, tout en préservant ces écosystèmes fragiles que sont les oasis, garantes d’une biodiversité exceptionnelle et témoins d’un équilibre millénaire entre l’homme et son environnement.
Les prévisions concernant la production de dattes pour la saison 2025-2026 reposent sur plusieurs indicateurs techniques, notamment l’augmentation du nombre de régimes pollinisés et l’entrée en production de nouvelles plantations dans les principales zones productrices telles que Tozeur, Kébili, Gafsa et Gabès.
Une production en hausse
Dans le gouvernorat de Tozeur, la production est estimée à plus de 60 000 tonnes, marquant une nette amélioration par rapport à la saison précédente. Les responsables régionaux ont précisé que près de 70 % des palmeraies anciennes et modernes ont déjà été vendues sur pied à des prix jugés encourageants.
Le taux de maturation des dattes est également avancé, permettant à certains agriculteurs de débuter la récolte dès fin septembre, avant le lancement officiel au début du mois d’octobre. La qualité du produit est garantie, en raison notamment de l’absence d’attaques majeures d’acariens de la poussière et de la généralisation des filets de protection. Environ 60 % des régimes ont été couverts cette saison, soit près de 8 500 unités, un chiffre en légère hausse par rapport à l’année précédente.
Par ailleurs, pour soutenir les producteurs et améliorer la qualité de la récolte, le ministère a mis en place plusieurs programmes visant à lutter contre les parasites, à distribuer des filets de protection, à renforcer les circuits de distribution et à optimiser les mécanismes de commercialisation à l’export. Ces mesures visent à consolider la position de la Tunisie en tant que leader mondial des exportations de dattes, un rang qu’elle continue de maintenir grâce à la qualité de sa variété phare, « Deglet Nour ».
La filière des dattes représente un pilier de l’économie agricole tunisienne, avec plus de 30 000 hectares de palmeraies et des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects. En 2024, la Tunisie avait exporté près de 130 000 tonnes de dattes, générant plus de 700 millions de dinars de recettes.
Les prévisions pour 2025-2026 laissent présager une nouvelle progression, portée par une demande internationale soutenue et une amélioration des normes de qualité. La valorisation des produits dérivés, tels que les pâtes de dattes, les sirops et les produits cosmétiques, constitue également un axe de développement pour les années à venir.
Baisse de 6 % des exportations
La Tunisie, premier exportateur mondial de dattes de la variété « Deglet Ennour », a constaté une baisse de 6 % de ses exportations au cours des onze premiers mois de la campagne 2024-2025. Selon les données publiées par l’Observatoire national de l’agriculture (Onagri), les volumes exportés sont passés de 140,5 mille tonnes à 132,1 mille tonnes. Ce recul, bien que modéré, inquiète les professionnels du secteur, qui y voient les signes d’un ralentissement structurel.
La diminution des volumes s’est accompagnée d’une baisse des recettes. Les exportations de dattes ont généré environ 841 millions de dinars tunisiens, soit une réduction de 3,8 % par rapport à la campagne précédente.
Le segment des dattes biologiques, bien qu’en croissance ces dernières années, n’a pas échappé à cette tendance. Les exportations ont totalisé 8,3 mille tonnes, pour des recettes de 73,2 millions de dinars. Cela représente une diminution de 2,7 % en volume et de 20,6 % en valeur. Ce recul s’explique notamment par une demande plus volatile sur les marchés européens, principaux consommateurs de dattes bio.
La Tunisie exporte ses dattes vers plus de 80 pays, l’Union européenne demeurant la principale destination, avec 44,5 % des volumes exportés, suivie de l’Afrique (22,7 %) et de l’Asie (20,4 %). La baisse des exportations de dattes tunisiennes résulte d’une combinaison de facteurs structurels et conjoncturels.
D’une part, la concurrence s’intensifie sur les marchés internationaux, avec des pays comme l’Arabie saoudite, l’Algérie et l’Égypte qui renforcent leur position en proposant des variétés de dattes concurrentes, souvent à des prix plus attractifs ou en volumes plus importants.
Ensuite, les fluctuations de la demande jouent un rôle déterminant : les consommateurs, notamment en Europe et en Asie, deviennent de plus en plus exigeants en matière de traçabilité, de certification biologique et de qualité, ce qui impose aux producteurs tunisiens de s’adapter à des normes plus élevées. Enfin, le contexte économique mondial pèse lourdement sur les échanges commerciaux.
L’inflation généralisée, la baisse du pouvoir d’achat et les tensions géopolitiques ont freiné les importations agroalimentaires dans plusieurs pays, réduisant ainsi les débouchés pour les dattes tunisiennes.
Face à ce déclin des exportations, les professionnels du secteur des dattes en Tunisie réclament une série de mesures stratégiques pour relancer la dynamique commerciale. Ils insistent sur la nécessité de diversifier les marchés en ciblant de nouveaux débouchés, notamment en Amérique du Nord, en Asie du Sud-Est et en Afrique subsaharienne, où la demande pour les produits agricoles de qualité est en hausse.
La modernisation de la filière constitue également un levier incontournable. Cela implique l’adoption de techniques plus efficaces pour la récolte, le stockage et la transformation des dattes, dans le but de réduire les pertes post-récolte et d’optimiser la rentabilité des exploitations.
Feuille de route régionale
La filière fait face à des défis majeurs : changement climatique, salinisation des sols, vieillissement des palmiers, coûts de production élevés et faible valorisation post-récolte. Ces contraintes menacent la durabilité du secteur et appellent à une transformation structurelle.
Une feuille de route régionale sera élaborée, en cohérence avec le plan quinquennal national 2026-2030. La stratégie régionale de développement du secteur des dattes à Tozeur reposera sur plusieurs axes structurants pensés dans une logique d’efficacité, de durabilité et d’adaptation aux réalités locales.
Elle vise d’abord à réduire les coûts de production en favorisant la mécanisation des opérations agricoles, la généralisation de la pollinisation assistée et la plantation d’afhal (palmiers mâles) pour augmenter les taux de fécondation. L’optimisation de l’irrigation constitue également un pilier central de cette feuille de route, à travers l’introduction de systèmes économes en eau, la valorisation des eaux usées traitées et de drainage, et la mise en œuvre de solutions concrètes pour lutter contre la désertification.
Dans un souci de compétitivité sur les marchés internationaux, cette stratégie ambitionne également d’élever les normes de qualité des dattes tunisiennes, notamment en réduisant leur empreinte carbone et en renforçant les standards de conditionnement.
Cette stratégie régionale, soutenue par le Centre régional de l’agriculture oasienne de Degache, servira de modèle à généraliser dans les autres gouvernorats producteurs.

