Belgique

Des soldats américains et européens au Groenland : menaces de Trump et conséquences pour l’OTAN ?

Donald Trump a déclaré : « Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper ». Mette Frederiksen, la Première ministre danoise, a affirmé que « les Etats-Unis devraient prendre le contrôle du Groenland » est « tout à fait absurde ».


Donald Trump a répondu à des journalistes à bord d’Air Force One dimanche soir en déclarant : « Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper« . Ces propos soulèvent des interrogations quant à une éventuelle menace sur le Groenland, compte tenu de son statut particulier.

Le professeur Michel Liégeois de l’UCLouvain rappelle que « Le Groenland est un territoire avec un statut spécial qui relève de la souveraineté danoise« , le Danemark étant membre de l’OTAN aux côtés des États-Unis.

Alain De Neve, expert au Centre d’études de sécurité et de défense, affirme qu’une attaque américaine contre un allié de l’OTAN entraînerait la fin de l’OTAN telle que nous la connaissons. Selon lui, « On ne peut pas imaginer raisonnablement ce type de manœuvre sans que cela ne sape complètement les fondements de l’OTAN« . Joseph Henrotin, politologue et rédacteur en chef de « Défense et Sécurité Internationale », précise qu’une telle action serait sans précédent dans l’histoire de l’Alliance, notant que « cela n’était pas prévu dans la charte de l’OTAN« .

L’article 5 de l’OTAN stipule que « tous les pays membres de l’Alliance s’engagent à fournir une assistance militaire, humanitaire ou autre en cas d’agression« , mais toute décision d’intervention doit être prise à l’unanimité. Cela pose un problème en cas de conflit entre alliés.

Alain De Neve nuance l’idée d’une intervention militaire semblable à celle au Venezuela, en raison du statut délicat du Danemark dans l’OTAN. Il indique que la méthode utilisée par Donald Trump pourrait différer significativement.

Joseph Henrotin souligne qu’une opération au Groenland aurait des objectifs différents de ceux concernant le Venezuela, car il s’agirait d’un territoire à acquérir.

L’interventio militaire n’est pas la seule option envisagée. Alain de Neve pointe que faire du Groenland un territoire américain pourrait impliquer d’« offrir un achat » ou d’«  établir des rapports de coopération plus approfondis ». Joseph Henrotin ajoute que telles menaces pourraient aussi pousser à une négociation politique.

Pourrait-il s’agir d’une intervention militaire au Groenland ? On observe que l’hiver ne favorise pas ce type d’opération, les conditions climatiques rendant les manœuvres difficiles à réaliser. Les militaires américains disposent de compétences limitées en combat arctique, contrairement aux Danois.

Les récentes déclarations de Donald Trump, notamment celle alertant d’une « attaque dans vingt jours », ajoutent à l’incertitude. Cette déclaration faisait suite à une publication inquiétante de Katie Miller, l’épouse d’un conseiller de la Maison Blanche, qui avait partagé une image du Groenland aux couleurs américaines.

En somme, l’hiver ne constitue pas la période idéale pour une attaque militaire au Groenland. Toutefois, les États-Unis pourraient envisager de renforcer leur base ou déployer des forces aéronavales. La glace pourrait compliquer les manœuvres, et le manque d’expérience des Américains en milieu arctique est un facteur à considérer.

La position du Danemark est délicate, se trouvant pris entre les ambitions de la Russie et les attentes des États-Unis. Joseph Henrotin constate que le Danemark, comme de nombreux pays européens, doit composer avec ces deux puissances. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a vigoureusement réagi aux menaces américaines, affirmant que « les États-Unis devraient mettre fin à leurs menaces contre un allié historique« .

La question reste de savoir quelles actions concrètes pourra entreprendre le Danemark en dehors de la diplomatie.

L’armée danoise est actuellement largement dépendante des technologies américaines, ayant récemment acquis des avions de chasse F-35. Cela soulève des questions de confiance quant à la sécurité, étant donné que ces appareils pourraient transmettre des informations aux États-Unis.

Joseph Henrotin évoque aussi la possibilité d’une coopération européenne, concernant un éventuel déploiement de forces moins dépendantes des États-Unis.

La situation évolue, et les États européens doivent désormais envisager des solutions d’indépendance face à un désengagement apparent des États-Unis, qui jouent un rôle essentiel dans la défense européenne.

Alain De Neve indique que les Européens doivent réfléchir à l’avenir de l’OTAN, s’interrogeant sur la nécessité de la réformer pour se détourner des États-Unis.

Alors que des tensions émergent, les discussions autour de la revitalisation de l’OTAN, peut-être sans l’implication américaine, deviennent une réflexion cruciale pour le futur de la sécurité européenne. En effet, les États-Unis ne parlent pas encore de retrait, mais le retrait partiel s’observe déjà, qualifié de « US abandonment » par les Anglo-Saxons.