France

Incendie de Crans-Montana : Soins pour grands brûlés et pansements.

L’incendie d’un bar à Crans-Montana, en Suisse, lors de la nuit du Nouvel An, a fait 40 personnes décédées et 116 blessés, dont de nombreux grands brûlés. Selon le professeur François Depret, responsable médical du Centre de traitement des brûlés à l’hôpital Saint-Louis, « Aucun pays n’est capable d’accueillir une centaine de patients grands brûlés d’un seul coup ».


Des soins longs, risqués et douloureux. Tels sont les défis auxquels font face les victimes gravement brûlées lors de l’incendie qui a dévasté un bar à Crans-Montana, en Suisse, durant la nuit du Nouvel An. Outre les 40 personnes décédées, ce drame a également fait 116 blessés, parmi lesquels de nombreux grands brûlés. D’après les autorités suisses, 35 de ces patients ont été transférés dans des hôpitaux en France, en Belgique, en Allemagne et en Italie.

« Aucun pays n’est capable d’accueillir une centaine de patients grands brûlés d’un seul coup », affirme le professeur François Depret, responsable médical du Centre de traitement des brûlés à l’hôpital Saint-Louis. La prise en charge des brûlés est en effet « très lourde ».

Un coma artificiel est parfois nécessaire. Un adulte est considéré comme grand brûlé si plus de 20 % de sa surface cutanée est atteinte. Cependant, la gravité dépend également de la localisation des brûlures. « Les brûlures profondes sur la main, le périnée et le visage sont considérées comme graves », précise le professeur Depret. « Les brûlures de troisième degré sont des brûlures profondes sans possibilité de régénération et de cicatrisation spontanée », ajoute la professeur Marie-Reine Losser, présidente de la Société francophone de brûlologie.

Lors de l’incendie à Crans-Montana, de nombreux jeunes ont inhalé des fumées toxiques. Certains en sont décédés, tandis que d’autres ont survécu mais souffrent de brûlures pulmonaires sévères. Incapables de respirer par eux-mêmes, ils sont placés sous anesthésie générale, souvent appelée coma artificiel. « Les blessés dont la surface brûlée est si étendue que la douleur est extrême malgré les antalgiques sont aussi mis sous anesthésie générale », précise le professeur Depret.

Les premières heures de prise en charge sont cruciales, avec plusieurs risques à considérer. L’hypothermie est l’un d’eux. « La peau sert notamment à maintenir la chaleur corporelle ; si elle est lésée, la chaleur s’échappe en permanence », souligne la présidente de la Société francophone de brûlologie. Pour limiter la perte de chaleur, des couvertures de survie, des pièces chauffées et des pansements sont utilisés. D’autre part, les brûlés peuvent développer des cloques suintantes, entraînant une perte importante d’eau. « Dans les 24 premières heures, plus de 20 litres doivent être perfusés », explique le responsable médical.

Une intervention d’urgence doit être effectuée « dans les six premières heures » : les incisions de décharge. En cas de brûlures profondes et circonférentielles, la peau perd ra elasticité et les muscles peuvent être « coincés ». Cela augmente le risque d’ischémie, pouvant mener à une nécrose musculaire. « Le sang n’arrivant plus au muscle en quantité suffisante, il y a un risque de nécrose », ajoute le professeur Depret. Les chirurgiens peuvent donc inciser la peau le long de la jambe pour libérer les structures sous-jacentes.

Après cette phase d’instabilité, qui dure de 48 heures à une semaine, la chirurgie commence. « On enlève couche par couche l’escarre de brûlure jusqu’à obtenir une peau propre », raconte la professeur Losser. Étant donné que la peau d’un donneur peut entraîner un rejet et donc une infection, une autogreffe est réalisée. Un « derme artificiel », composé de polymères, est inséré entre la nouvelle peau et la cicatrice. « Cela donne de la souplesse à la cicatrice, notamment dans le cou et les articulations », précise-t-elle.

Les chirurgiens tentent d’utiliser la peau des zones les moins visibles, comme les cuisses et le dos. Toutefois, si la surface brûlée est très étendue, leurs options se réduisent. Dans ces cas, un matériel permet d’étendre la peau prélevée. « Cela peut la doubler, voire la tripler », explique la professeur Losser. Cependant, cette technique a des limites : pour le visage, il est préférable d’utiliser une peau pleine pour obtenir une cicatrice esthétique. « On prélève une épaisseur très fine d’épiderme, et la cicatrice se forme spontanément en quinze jours à trois semaines », ajoute-t-elle. Cette intervention peut être nécessaire deux à quatre fois.

La rééducation est un processus long. Pendant la cicatrisation, les plaies sont nettoyées régulièrement et des pansements appliqués pour prévenir les infections. « Pour un grand brûlé, les pansements nécessitent en moyenne 4 à 5 paramédicaux travaillant pendant deux heures », précise le responsable du Centre de traitement. Cette tâche doit être renouvelée quotidiennement, puis tous les deux jours. La gestion de la douleur, souvent par des morphiniques, est essentielle.

L’hospitalisation peut durer de plusieurs semaines à plusieurs mois. Suivant cela, la rééducation commence. Les patients sont encouragés à porter des vêtements compressifs pour favoriser une bonne cicatrisation. Celle-ci continuera d’évoluer pendant deux ans. L’âge et l’état de santé initial de chaque victime joueront également un rôle dans leur capacité de guérison. Dans le cas de Crans-Montana, beaucoup de victimes étaient jeunes, ce qui accentue les espoirs de leur rétablissement.