La neige ne tient pas sur mon toit : signe d’une mauvaise isolation ?
La neige a couvert les forêts des Ardennes, les champs des communes rurales et les rues des centres urbains en Belgique. Selon Shady Attia, spécialiste à l’Université de Liège, « S’il neige 30 cm dans votre jardin, et que vous retrouvez 30 cm de neige sur votre toit, c’est que votre toiture est parfaitement isolée. »
La neige a recouvert la Belgique d’un tapis blanc, offrant un paysage enchanteur dans les Ardennes, les vastes champs ruraux et les rues des villes. Ce phénomène permet également d’observer les toitures enveloppées de neige. Cependant, dans certains endroits, la neige a rapidement disparu, révélant des toits dénudés. Cela pourrait être le signe d’une isolation insuffisante.
Un toit sans neige représente-t-il forcément une mauvaise isolation? Selon Shady Attia, spécialiste des techniques de construction durable à l’Université de Liège, ce n’est pas nécessairement le cas, mais dans la plupart des situations, cela l’est.
### Effectuer une analyse visuelle
« Si votre toiture est plate et qu’elle ne présente plus de neige, ou que la neige est moins présente que sur le sol, c’est un mauvais indicateur. Cela signifie que la chaleur de votre maison se diffuse à travers le plafond et fait fondre la neige. Vous êtes donc confronté à une perte de chaleur liée à une mauvaise isolation », souligne l’expert.
Pour celui-ci, il existe un moyen simple d’estimer « à la louche » votre niveau d’isolation : « Si la neige atteint 30 cm dans votre jardin et qu’il y en a autant sur votre toit, votre toiture est bien isolée. Si seulement 15 cm restent sur votre toit, cela indique qu’il y a une marge d’amélioration. Mais si la neige ne tient pas, alors vous êtes face à une forte perte de chaleur due à une mauvaise isolation. »
Pour un toit plat, la conclusion est claire. Toutefois, pour un toit incliné, d’autres facteurs peuvent également jouer : « Si votre toiture est en pente, il se peut que la neige ne s’y accumule pas, car elle glisse. La résistance physique du toit n’est peut-être pas suffisante. »
Votre observation s’avère ainsi être un atout. Comparer votre toiture avec celles de vos voisins est notamment utile : « Si leurs toits ont une pente similaire et une exposition semblable mais présentent plus de neige, cela signifie probablement que votre bâtiment est moins bien isolé », indique le spécialiste de l’Université de Liège.
### Quel impact du soleil sur ma toiture ?
Certaines personnes pourraient lier l’absence de neige sur leur toit à un ensoleillement excessif. Cependant, après un épisode neigeux comme celui des dernières 24 à 48 heures, l’influence du soleil est négligeable, selon Shady Attia : « Une image satellite montre clairement que les toits dépourvus de neige sont probablement des bâtiments très chauffés, mal isolés. Dans un tel cas, on peut ignorer l’effet du soleil. Cela dit, si le soleil apparaît par la suite, cela devient un facteur supplémentaire à considérer pour l’état de la toiture. »
Ici encore, une comparaison avec vos voisins pourra vous éclairer sur la qualité de l’isolation.
### Deux types de déperdition d’énergie
La déperdition d’énergie à travers un toit peut être totale ou partielle. Les experts distinguent deux formes : la déperdition surfacique et celle par pont thermique.
La déperdition surfacique concerne la perte de chaleur sur l’ensemble d’un mur, ici, la surface du toit, qui est mal isolée.
La deuxième forme se concentre sur des points spécifiques : « Par exemple, les fenêtres de toit, souvent appelées ‘velux’. Il est fréquent que des ‘ponts thermiques’ se forment autour du cadre de la fenêtre. Ainsi, cette zone peut se déneiger », explique Jacques Fraipont, consultant pour les guichets Energie Wallonie.
Votre perte énergétique peut alors être diffuse sur l’ensemble du toit ou se concentrer sur des zones où l’isolation est déficiente.
### Quels autres indices révèlent une mauvaise isolation ?
Cette période de froid et l’épisode neigeux constituent une bonne opportunité pour détecter les signes d’uneIsolement insuffisant. En plus de l’accumulation de neige sur votre toiture, trois autres éléments peuvent indiquer une mauvaise isolation : la condensation, une baisse de température nécessitant de relancer le chauffage, et une consommation accrue de votre source de chaleur.
Le premier signe visible d’une mauvaise isolation est la présence de condensation : « Si le bâtiment est mal isolé, l’humidité augmente et il est fréquent de constater de la condensation sur les vitres », signale Shady Attia. « Les habitations anciennes avec de simples vitrages voient souvent de la condensation sur toute la surface, surtout le soir ou au réveil. »
Un autre symptôme, lié à notre ressenti, est le besoin de relancer le chauffage à cause d’une baisse de la température dans les pièces. « Si vous ne pouvez pas supporter une pièce sans chauffer, c’est un autre signe de mauvaise isolation », précise le professeur. « Un bâtiment bien isolé devrait maintenir une température intérieure stable, même avec des températures extérieures proches de zéro. En revanche, un bâtiment non isolé devient inconfortable sans chauffage. »
Enfin, la consommation d’énergie augmente fortement durant les périodes de grand froid. « Quand une maison ne retient pas la chaleur à cause d’une mauvaise isolation, la consommation augmente rapidement. Cela se remarque évidemment sur le compteur de gaz ou la citerne, qui débitent davantage », explique Jacques Fraipont, consultant pour les guichets Energie Wallonie. Cette situation entraîne des frais considérables pour se chauffer.
### Quelles solutions pour une mauvaise isolation ?
Comment faire des économies si votre logement est mal isolé ? « Une première solution, au niveau du comportement, consiste à se concentrer sur les pièces à chauffer. C’est ce qu’on appelle le zonage thermique. Cela signifie rassembler les membres de la famille dans une ou deux pièces et les chauffer, évitant ainsi de chauffer l’intégralité du bâtiment. Cependant, cela requiert une adaptation des habitudes », rappelle l’expert. C’est une solution pragmatique si des investissements ne sont pas envisageables pour une isolation radicale.
L’isolation demeure néanmoins le moyen le plus efficace pour conserver la chaleur : « L’investissement dans l’isolation extérieure doit être couplé à une stratégie de remplacement des fenêtres, notamment si vous avez des vitrages simples. Cela prend du temps et a un coût », indique le consultant en énergies. « Normalement, on recommande de commencer par isoler les toitures. Si aucune surface du bâtiment n’est isolée, il est prioritaire d’isoler le toit et le sol, puis de remplacer les fenêtres et châssis ainsi que d’isoler les murs. »
### L’isolation de la toiture peut être rentable en quelques années
Les rénovations sont souvent coûteuses, dans un budget élevé à débourser rapidement, ce qui freine parfois la modernisation des logements. Cependant, plusieurs aides existent, et le retour sur investissement peut se faire rapidement : la rénovation de votre toiture peut être rentabilisée en quelques années.
« Si l’on isole correctement une toiture qui ne l’est pas du tout, on peut réduire la consommation énergétique d’environ 25 % », affirme Jacques Fraipont.
Cela est envisageable surtout en observant les économies réalisées sur la consommation d’énergie : « Les études démontrent qu’une isolation efficace d’une toiture non isolée peut entraîner une réduction de 25% de la consommation énergétique du ménage », précise Jacques Fraipont.
L’argent investi dans ces travaux peut donc être récupéré en trois à dix ans, selon la configuration du toit.
Des primes – avec ou sans audit – sont disponibles pour réduire au maximum le coût de la rénovation. De plus, des prêts à taux zéro sont envisageables dans certains cas. Tous ces dispositifs d’aide à l’isolation et les moyens de diminuer vos coûts de travaux sont détaillés ici.
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Cet article, publié initialement le 19 janvier 2024, est à nouveau présenté en raison de l’épisode neigeux qui touche la Belgique en ce début d’année.

