Belgique

60% des exclus du chômage en janvier sont des jeunes.

Sur près de 24.500 personnes concernées par l’exclusion du chômage en ce début d’année, un peu plus de 15.000 sont des jeunes bénéficiant d’allocations d’insertion. Marion, jeune artiste émergente, a été prévenue, il y a un peu plus de trois mois, que ses allocations cesseraient d’être payées au-delà du 31 décembre 2025.


Sur près de 24 500 personnes affectées par l’exclusion du chômage en ce début d’année, un peu plus de 15 000 sont des jeunes bénéficiant d’allocations d’insertion, généralement accessibles après les études.

Avant la réforme du chômage mise en place par le gouvernement de l’Arizona, ces allocations pouvaient être accordées pour des périodes allant jusqu’à trois ans, renouvelables sous certaines conditions, notamment en fonction du passé professionnel ou lors d’une reprise d’études. Désormais, ces allocations sont beaucoup plus limitées dans le temps.

### « Un coup de massue »

Marco Dalcq, un des témoins, a été informé à la fin de l’été de l’arrêt imminent de ses allocations d’insertion. « Ça a été un coup de massue, parce qu’on n’en avait pas beaucoup parlé », déclare-t-il. « On a beaucoup parlé des chômeurs de longue durée, des chômeurs de plus de 20 ans, etc. », ajoute-t-il.

Avant cette notification et avant la réforme, Marco pensait pouvoir compter sur ses allocations d’insertion pendant un total de trois ans.

### Avant cela, un autre coup sur la tête

Alors qu’il apprenait qu’il perdrait bientôt sa principale source de revenus, Marco a également dû renoncer à son projet professionnel qu’il avait élaboré ces dernières années.

Après avoir terminé ses études secondaires, où il a obtenu son CESS ainsi qu’un diplôme d’assistant en comptabilité, Marco avait commencé des études supérieures, mais celles-ci ne correspondaient pas à ses attentes. « Je me suis dit ‘je vais travailler ou faire quelque chose’, j’ai commencé le parcours d’insertion », raconte-t-il. Il a ensuite rencontré une compagne, a eu un enfant et a enchaîné des contrats d’intérim, principalement dans le secteur du commerce, par exemple dans une jardinerie. « J’ai enchaîné les missions intérimaires, et les allocations d’insertion complétaient mes revenus en tant que chef de famille », explique Marco.

> « Je peux sacrifier 2, 3, 4 années de ma vie en restant aux allocations d’insertion pour avoir un métier d’avenir après, un métier en pénurie. »

En 2021, il a décidé qu’il ne voulait pas faire ce type de travail toute sa vie et s’est inscrit dans une haute école. « J’ai repris des études d’AESI Français-Philosophie (Agrégé de l’Enseignement Secondaire Inférieur), parce que c’était un métier en pénurie », précise Marco. Il aspirait alors à devenir professeur de français et de cours philosophiques dans le secondaire inférieur. Pour la durée de ses études, l’ONEM lui a maintenu ses allocations d’insertion. « Je m’étais dit ‘je suis au chômage, je ne gagne pas beaucoup d’argent, je peux sacrifier 2, 3, 4 années de ma vie en restant aux allocations d’insertion pour avoir un métier d’avenir' », confie Marco.

Cependant, lors de sa dernière année d’étude, il a connu un coup du sort. « Je suis tombé malade pendant mes études. J’ai eu une double pneumonie l’année passée, ce qui a fait que je n’ai pas pu passer mes stages », explique-t-il. Bien qu’il ait validé tous ses cours théoriques, son année n’a pas été validée en raison de l’absence de stages.

> « Ils m’ont répondu qu’ils entendaient bien que ma motivation était importante, mais que malheureusement, étant non finançable et eux étant en difficulté financière, ils n’acceptaient plus d’étudiants non finançables. »

Entre-temps, les règles du décret paysage dans l’enseignement supérieur ayant changé, Marco a été déclaré non finançable et n’a pas pu se réinscrire dans sa haute école, malgré les recours et les demandes formulées. « En quelques mois, j’ai perdu ce que je voulais faire et j’ai perdu ma source de revenus », résume Marco.

### L’urgence : le CPAS tout en cherchant un boulot

Face à l’urgence, Marco s’est rendu au CPAS de Liège, où il réside. Il a rendez-vous le 6 janvier avec une assistante sociale qui examinera son dossier. N’étant pas propriétaire et n’ayant pas d’économies, il espère répondre aux conditions pour bénéficier d’un revenu d’insertion sociale dont le montant devrait être, selon lui, assez proche de celui des allocations d’insertion qu’il recevait jusqu’à fin décembre 2025. Le revenu d’intégration sociale pour un chef de famille est de 1 776,07 euros bruts par mois maximum, en déduisant les autres sources de revenus.

Le CPAS a trente jours pour donner une réponse à ceux qui sollicitent un revenu d’intégration sociale. En attendant, pour Marco, c’est l’incertitude. « Je démarre 2026 sans aucune certitude financière. Je ne sais pas comment je vais payer mon loyer fin janvier, par exemple », confie-t-il. « C’est un peu angoissant », ajoute-t-il, alors qu’il y a aussi des factures d’électricité et de gaz à payer et que, précédemment, avec ses allocations d’insertion, il parvenait à gérer son budget.

La possibilité d’exercer une fonction en pénurie dans l’enseignement étant à présent écartée, Marco se concentre sur sa recherche d’emploi dans le secteur administratif pour subvenir à ses besoins et s’occuper de son fils qu’il a désormais la garde une semaine sur deux.

### Marion, jeune artiste émergente, a elle aussi perdu ses allocations d’insertion

Nos équipes ont également rencontré Marion. Elle a étudié quatre ans au Conservatoire Royal de Bruxelles, où elle a obtenu un master en Théâtre et Art de la parole. Elle vise une carrière artistique, un domaine où il faut souvent du temps avant de pouvoir réellement vivre de son métier.

Pour l’heure, les contrats d’artiste obtenus ne suffisent pas pour subsister, et Marion comptait sur des allocations d’insertion. Comme d’autres bénéficiaires, elle a été prévenue, il y a un peu plus de trois mois, que ces allocations cesseraient d’être versées après le 31 décembre 2025.

Pour Marion, cela signifie devoir revoir ses plans. En ce mois de janvier, elle commence un travail dans une pizzeria, tout en étant consciente qu’elle aura désormais moins de temps pour préparer des castings et des auditions, essentielles pour progresser dans la carrière à laquelle elle aspire.