Le poulet des cantines scolaires vient-il vraiment à 100 % d’Ukraine ?
Un internaute a affirmé sur X que « 100 % des poulets dans les cantines françaises » seraient ukrainiens. Selon Yann Nédélec, directeur de l’association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair (Anvol), « 100 % du poulet qu’on consomme à la cantine, en France, n’est certainement pas ukrainien ».
Un peu plus d’un an après les déclarations d’Apolline de Malherbe qui avait indiqué, le 18 novembre 2024, sur BFM TV, que « plus de la moitié du poulet consommé en France vient d’Ukraine », le débat autour du « grand remplacement » agricole ukrainien refait surface. Dans un post sur X, partagé plusieurs milliers de fois, un internaute affirme que « 100 % des poulets dans les cantines françaises » seraient d’origine ukrainienne.
Cet internaute évoque également une viande chargée « d’antibiotiques » et « d’eau de javel », en ajoutant que cette « information » aurait été rapportée sur CNews par Eric de Riedmatten.
FAKE OFF
Bien que les normes sanitaires diffèrent entre la France et l’Ukraine, où un plus grand nombre d’antibiotiques sont autorisés pour l’élevage de poulets, « une chose est sûre, c’est que 100 % du poulet consommé dans les cantines, en France, n’est certainement pas ukrainien. Même si les importations de volailles d’origine ukrainienne existent réellement », déclare Yann Nédélec, directeur de l’association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair (Anvol), à 20 Minutes.
L’adoption d’une réglementation par le conseil de l’Union européenne, en mai 2022, sur la suspension des droits de douane pour soutenir l’économie ukrainienne, a contribué à cette augmentation. Cependant, il souligne que « c’est la Pologne qui demeure le premier exportateur de volailles en Europe, et non l’Ukraine ».
Alors qu’au début de la guerre en Ukraine, en février 2022, « nous importions 90.000 tonnes de volailles ukrainiennes », ce chiffre a presque triplé deux ans plus tard, atteignant « 250.000 tonnes en 2024 », indique le responsable. Toutefois, ce volume devrait légèrement diminuer avec un nouveau quota d’importation de volailles ukrainiennes établi à 120.000 tonnes, entrant en vigueur en octobre dernier.
Un coût de plus en plus élevé
Le directeur d’Anvol analyse que « le secteur de la restauration hors foyer, y compris les cantines, est un secteur qui importe beaucoup, pour des raisons de coût et de praticité ». Dans les établissements scolaires, bien que 50 % de la viande servie provienne de produits importés, une enquête de 2024 réalisée par l’Association des maires de France (AMF) révèle que la hausse des coûts a entraîné une réduction de 23 % de « la fréquence de viandes servies » dans les cantines.
Une autre difficulté pour le secteur : un encadrement des pratiques plus strict, même s’il n’est pas totalement contraignant. La loi Egalim de 2022 a fixé « l’objectif d’offrir au moins 50 % de produits durables et de qualité, dont au moins 20 % de produits biologiques, dans les repas servis en restauration collective ». Depuis, les cantines des établissements publics et privés sont encouragées chaque année à déclarer leurs données d’achat alimentaire, bien que toutes ne le fassent pas encore.
D’après un rapport basé sur des déclarations volontaires concernant l’approvisionnement en 2024, sur 10.525 cantines collectives – écoles, collèges, lycées, ainsi que dans le secteur public et privé –, 3.103 ont « atteint ou dépassé le seuil des 20 % de bio ». Par ailleurs, 1.525 ont respecté l’objectif des 50 % du taux Egalim, dont seulement 1 % de la volaille provient de l’étranger. Ce chiffre est néanmoins considéré comme peu représentatif, car le total des restaurants collectifs en France est estimé à un peu plus de 80.000, parmi lesquels plus de 30.000 se situent dans le secteur de l’enseignement.
Un étiquetage de l’origine trop vague
Depuis le 1er mars 2022, la traçabilité des produits servis dans les assiettes des élèves a été partiellement améliorée. L’étiquetage de la viande de porc, de volaille, d’agneau et de mouton doit mentionner le pays d’élevage et le pays d’abattage, « tant pour les viandes fraîches, réfrigérées, congelées ou surgelées », précise le décret.
Cependant, selon le directeur d’Anvol, « il n’est possible d’en indiquer la provenance que si le fournisseur l’a fournie, et ce n’est pas toujours le cas. Ceci se complique davantage lorsque les produits ont été transformés, car dans ces cas-là, aucune obligation n’existe ». Concrètement, les étiquettes des produits en question indiquent simplement « UE » ou « non UE ».
« Vous verrez rarement écrit Brésil, Thaïlande, Pologne ou Ukraine », conclut-il.
« Même si les acteurs de la restauration, qu’elle soit collective ou commerciale, font preuve d’un certain nombre d’engagements pour améliorer leur approvisionnement français », tempère Yann Nédélec.
(*) La loi Egalim, adoptée en 2018 et complétée par la loi Climat et résilience en 2021, a fixé l’objectif d’offrir au moins 50 % de produits durables et de qualité, dont au moins 20 % de produits biologiques, dans les repas servis en restauration collective.

