France

Meurtres, trafic de drogue, blanchiment : enjeux du Pnaco, parquet contre la criminalité organisée.

Le Pnaco – le Parquet national de lutte contre la criminalité organisée – entre en fonction ce 5 janvier. Cette juridiction aura pour objectif de s’attaquer à la criminalité organisée sous l’angle financier, le narcotrafic dégageant près de 6 milliards d’euros chaque année.


Plusieurs dizaines de tonnes de cocaïne ont été saisies en mer et sur terre cette année. Des assassinats sont perpétrés par des adolescents recrutés via les réseaux sociaux, ainsi que des meurtres d’intimidation et des filières de blanchiment d’argent de plus en plus complexes. Pour faire face à la montée de la criminalité organisée, la France a créé un nouveau parquet spécialisé, s’inspirant des parquets financier et antiterroriste. Le Pnaco – le Parquet national de lutte contre la criminalité organisée – a été inauguré le 5 janvier. « Il faut rester modeste, mais la France a réussi à vaincre en grande partie la menace islamiste, elle peut vaincre le narcotrafic », affirmait fin décembre, dans les colonnes du Parisien, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin.

Seize magistrats ont d’ores et déjà été affectés à ce parquet, et dix de plus devraient les rejoindre en septembre. Treize greffiers et quatre agents de liaison complètent cette équipe, dirigée par Vanessa Perrée. La tâche qui les attend est colossale : la procureure a déjà annoncé que son parquet allait récupérer 170 dossiers. Parmi les plus significatifs figurent ceux liés à la DZ Mafia ou à l’évasion sanglante de Mohamed Amra.

Un policier haut placé interroge : « C’est un signal fort en matière de lutte contre le narcotrafic, c’est indéniable. Mais est-ce que ça va radicalement changer les choses ? » Il rappelle que des magistrats spécialisés ont déjà travaillé sur ces sujets au sein de la Junalco, la juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée. « Tout dépendra des moyens alloués », insiste-t-il. Bien que le narcotrafic occupera l’essentiel de l’activité, les prérogatives de ce parquet sont bien plus larges, englobant également les affaires de traite des êtres humains et de proxénétisme d’envergure internationale.

Contrairement au Pnat, qui traite de toutes les affaires terroristes, cette nouvelle juridiction n’a pas de compétence exclusive. En d’autres termes, pour chaque nouvelle affaire, un tri sera effectué. « Les dossiers les plus médiatiques ou ceux jugés particulièrement complexes en raison de leur caractère international ou de la multiplicité des auteurs seront pris en charge par le Pnaco », précise le porte-parole du ministère, Sacha Straub-Kahn. Les autres affaires resteront gérées par les parquets locaux ou par l’une des huit juridictions interrégionales spécialisées (Jirs).

Comment cette sélection sera-t-elle opérée ? Par nature, le trafic de drogue a une portée internationale, avec peu de production sur le territoire. « Tout est une question de curseur », poursuit le porte-parole. Cette distinction est déjà effectuée au niveau de l’enquête : les réseaux locaux sont traités par les commissariats, tandis que ceux à plus haut niveau sont pris en charge par l’Ofast [office antistupéfiants]. Le Pnaco devra également jouer un rôle de supervision et de coordination entre les autres parquets pour éviter que certains suspects échappent à la justice ou pour apporter un soutien sur des compétences très spécifiques.

L’objectif de cette juridiction est aussi de s’en prendre à la criminalité organisée sous l’angle financier. Le narcotrafic génère près de 6 milliards d’euros par an. Dans ce contexte, la nomination de Vanessa Perrée pour diriger ce parquet n’est pas anodine : elle est spécialisée dans l’économie souterraine. Pour endiguer ce phénomène, le Pnaco ne ciblera pas seulement les trafiquants, mais également les blanchisseurs, intermédiaires financiers et banquiers. L’objectif est d’empêcher que l’argent issu de ces trafics ne retourne dans l’économie réelle, que ce soit en France ou à l’étranger.

Ainsi, pour traquer les flux, les magistrats travailleront en duo, l’un se spécialisant dans la criminalité et l’autre dans le blanchiment. « Le narcotrafic est un business qui entretient un rapport très rationnel à l’argent », souligne Sacha Straub-Kahn. « Se concentrer sur les flux financiers est non seulement un moyen de déstabiliser leur activité, mais cela limite également leur capacité d’action. Une importante base financière est nécessaire pour commander un assassinat ou organiser une évasion. »