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Chute de Maduro : Delcy Rodriguez devient dirigeante du Venezuela.

Delcy Rodriguez, 56 ans, a été ordonnée samedi première femme à présider le Venezuela après la chute de Nicolás Maduro, qui a été capturé par les Américains et incarcéré à New York. Selon la Constitution, son intérim à la présidence n’est que de 90 jours, prorogeable de trois mois supplémentaires par l’Assemblée nationale.


Publiquement, Nicolás Maduro la surnommait parfois la « tigresse ». Delcy Rodriguez, femme de confiance du président vénézuélien capturé samedi par les Américains sur ordre de Donald Trump et depuis incarcéré à New York, s’impose comme le visage pragmatique de la transition face à des États-Unis prêts à travailler avec l’administration de l’ancien chef de l’État.

Nomée par la Cour suprême, elle devient la première femme à présider le Venezuela après la chute de Nicolás Maduro. Delcy Eloina Rodriguez Gomez, âgée de 56 ans, était vice-présidente depuis 2018 et première dans l’ordre de succession. « Elle a probablement été l’une des personnes les plus dignes de confiance pour Maduro au fil de ces années », explique l’analyste politique et professeur d’université, Pedro Benitez.

Avec son sourire que ses détracteurs qualifient de cynique, Delcy Rodriguez devra désormais, selon des experts, tempérer ses discours incendiaires contre « l’impérialisme nord-américain ». Le Parlement, présidé par son frère Jorge Rodriguez, ne l’a pas encore convoquée pour prêter officiellement serment. « Formellement, elle devrait prêter serment », indique le politologue Benigno Alarcon, même si en « réalité » elle « est déjà » aux commandes. Selon la Constitution, son intérim ne peut durer que 90 jours, prorogeables de trois mois supplémentaires par l’Assemblée nationale. En cas de déclaration de vacance absolue de Nicolás Maduro, qui n’a pas encore été décretée, la loi l’oblige à convoquer des élections dans les 30 jours suivants.

Delcy Rodriguez a été ministre de l’Économie de 2020 à 2024, période durant laquelle elle s’est rapprochée du monde de l’entreprise, diabolisé pendant des années par Maduro et son prédécesseur Hugo Chavez (1999-2013). Le patronat la considère comme une gestionnaire intelligente en matière économique, ouverte au pragmatisme et même au dialogue. Elle a ouvert des ponts entre le privé et le gouvernement qui, quelques années auparavant, semblaient impossibles. Elle est souvent présentée comme le visage modéré d’une éventuelle transition, même si certains analystes la considèrent comme appartenant à la ligne dure du chavisme.

Avec son frère, ils sont les enfants d’un dirigeant communiste mort en 1976 entre les mains de la police. Tous deux exècrent les quatre décennies de bipartisme démocratique qui ont précédé l’arrivée au pouvoir de Chavez. « Leur carburant émotionnel, pour arriver là où ils en sont parvenus, a à voir avec la vengeance », estime un politologue ayant requis l’anonymat.

Son ascension fulgurante jusqu’à la vice-présidence s’est appuyée sur celle de son frère au « moment critique » de l’arrivée au pouvoir de Maduro en 2013, après la mort du très populaire Chavez. Bien que Delcy Rodriguez ait été ministre du Secrétariat de la présidence en 2006, « elle n’avait pas de base politique propre » sous Chavez, estime le politologue Pedro Benitez.

Juriste, titulaire d’un troisième cycle à Paris, elle a été ministre de la Communication (2013-2014) et, en tant que ministre des Affaires étrangères (2014-2017), a mis en œuvre la sortie du Venezuela de l’Organisation des États américains (OEA). Entre 2017 et 2018, elle a présidé l’Assemblée constituante, conçue par le chavisme pour contrecarrer le pouvoir du Parlement, devenu opposant à la suite d’élections. De plus, elle a pris en main la gestion du pétrole vénézuélien, ressource majeure du pays qui détient les plus grandes réserves prouvées au monde, après la chute de l’ex-ministre Tareck El Aissami. La disgrâce de ce dernier, envoyé en prison, est, pour certains analystes, le fait de la fratrie Rodriguez. Reste à observer quels liens elle parviendra à établir avec Washington pour conserver le pouvoir à Caracas.