En 1989, les Etats-Unis capturaient le général Noriega au Vatican.
En décembre 1989, l’armée américaine envahit le Panama pour capturer Manuel Antonio Noriega Moreno, mobilisant près de 27.000 soldats américains. La technique de siège sonore, utilisée lors de cette opération, devient par la suite une méthode répétée par l’armée américaine dans d’autres interventions.
En décembre 1989, l’armée américaine a envahi le Panama dans le but d’arrêter Manuel Antonio Noriega Moreno, ancien informateur de la CIA devenu le dirigeant du pays en 1983, puis un allié jugé problématique. Cette opération, nommée « Juste Cause », a mobilisé près de 27 000 soldats américains, dont 13 000 déjà stationnés dans la zone du canal. Officiellement, on dénombre 500 morts, mais les ONG parlent de plusieurs milliers de victimes civiles.
Après deux semaines de recherche infructueuse, Noriega a fini par se réfugier le 24 décembre 1989 dans l’ambassade du Vatican à Panama City, un endroit diplomatiquement inviolable pour les forces américaines.
C’est à ce moment qu’a commencé un siège inédit, l’armée ne pouvant pas investir l’ambassade, et s’orientant vers une guerre psychologique utilisant la musique comme arme.
**Une ambassade encerclée par le son**
Sur ordre du général Maxwell « Mad Max » Thurman, commandant du Southern Command, des haut-parleurs puissants ont été installés autour de l’ambassade. Cette opération a été baptisée « Nifty Package ». L’objectif était clair : créer une « barrière musicale » continue, diffusée à plein volume, jour et nuit, dans le but de faire sortir le leader panaméen.
Le dispositif était connecté au Southern Command Network (SCN), la radio militaire américaine en Amérique centrale. Dans un premier temps, la station a diffusé des chants de Noël, étant donné que nous étions le 24 décembre 1989.
Trois jours plus tard, le 27 décembre, la nature de l’opération a été révélée aux programmateurs de la station. Les soldats ont commencé à demander des morceaux de rock et de heavy metal dont les titres étaient peu avenants pour le dictateur.
Parmi les titres diffusés figuraient « Welcome to the Jungle » de Guns N’ Roses, « Wanted Dead or Alive » de Bon Jovi, « Paranoid » de Black Sabbath, « No More Mister Nice Guy » d’Alice Cooper et « Give It Up » de KC and the Sunshine Band. La liste complète est maintenant conservée dans les archives de sécurité nationale de l’université George Washington, et certaines parties sont accessibles sur YouTube.
**Vers une interdiction de l’utilisation de musique forte lors des interrogatoires**
Cette technique de siège sonore a été utilisée à plusieurs reprises par l’armée américaine par la suite. En 1993, le FBI a dirigé ses haut-parleurs sur les Branch Davidians, une secte religieuse, lors du siège de Waco au Texas. À Guantanamo Bay, des chansons de Justin Bieber ont été jouées en boucle pour démoraliser les détenus. Dans les prisons irakiennes, des morceaux de Barney, de Sesame Street et de Metallica ont été utilisés pour choquer culturellement les prisonniers et les priver de sommeil.
La pratique était devenue si répandue qu’en 2008, grâce à la campagne « ZerodB », des groupes de rock comme Rage Against The Machine ont demandé à l’armée américaine de ne plus utiliser leur musique comme moyen de torture.
En réponse, les Nations Unies et la Cour européenne des droits de l’homme ont interdit l’utilisation de musique forte lors des interrogatoires. Amnesty International considère cette méthode comme une forme de torture.
Jusqu’à sa mort en 2017, à l’âge de 83 ans, l’ancien dictateur a été détenu successivement aux États-Unis, en France puis au Panama, où il a également été condamné pour disparitions forcées d’opposants durant les six années de son règne au Panama (1983-1989).

