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« Star Academy » : La « ménagère » ne séduit pas le public jeune

Théo a été nommé pour la sixième fois de la saison, et il a toujours été repêché par les téléspectateurs malgré ses prestations vocales en dent de scie. Selon Charlotte, 29 ans, la ménagère est considérée comme la plus grosse cible des chaînes en matière d’audimat et elle est souvent accusée de saboter l’émission avec ses votes.


Théo sera-t-il encore sauvé par le public ? Pour la sixième fois cette saison, le kinésithérapeute passionné de musique a toujours été sauvé par les téléspectateurs, malgré des performances vocales inégales. Céline, une fidèle de 23 ans de la « Star Academy », craint qu’il puisse encore s’en sortir ce samedi soir. Elle avance une théorie concernant l’impassibilité du candidat : « À chaque fois, il est sauvé par les ménagères. Elles ne votent que pour les mecs blancs et beaux, au détriment du talent. »

La « ménagère » de moins de cinquante ans reste la cible privilégiée des chaînes en matière d’audimat (aujourd’hui, on parle de « femme responsable des achats », bien que cela connoterait toujours une vision sexiste). Ce stéréotype marketing est régulièrement mentionné par les fans plus jeunes de la « Star Academy », qui y voient la source de leurs maux. Charlotte, 29 ans, soutient : « Elles sabotent l’émission avec leur vote irréfléchi. » Elle cite à titre d’exemple Théo, mais aussi Léo, qui a été nommé de nombreuses fois avant de partir, ou Ulysse, la saison précédente, qui a subi des nominations successives et des sauvetages par le public. « C’est toujours le même profil, des chanteurs pas très talentueux, mais que la ménagère adore », s’insurge-t-elle. Certains fans utilisent même X ou Instagram pour espionner les publications Facebook de la Star Ac, jugées « remplies de ménagères », afin d’analyser les tendances. Les sondages de popularité révèlent des variations entre X et Facebook, illustrant ainsi les différences de préférences selon les âges.

Cohabitation des âges et des attentes

La « Star Academy » est un cas unique de cohabitation entre jeunes générations et « ménagères » devant la télévision, selon Maureen Lepers, docteure en cinéma et audiovisuel, experte des enjeux politiques et socioculturels. À l’origine, la téléréalité était destinée exclusivement aux jeunes, ce qui reste le cas pour de nombreuses émissions telles que « La villa des cœurs brisés » ou « Les Cerveaux ». D’autres émissions, visant un public plus âgé, ont adopté les codes de la téléréalité, en mettant en avant la personnalité des candidats. « Le meilleur pâtissier » en est un exemple. « Cependant, seule la « Star Academy » s’adresse à ces deux publics et se veut fédératrice des générations », ajoute l’experte.

Pour réussir cette cohabitation, la Star Ac’ utilise des éléments variés, note Nathalie Nadaud-Albertini, docteure en sociologie de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et spécialiste de la téléréalité. Bien qu’il y ait une grande diversité de candidats, ils correspondent tous à un archetype d’enfants parfaits, avec un répertoire musical parfois vieillissant et de nombreuses références aux éditions précédentes des années 2000. Cette cohabitation intergénérationnelle peut également engendrer des conflits, notamment sur le choix des candidats à mettre en avant. « C’est un vaste débat : à qui appartient la « Star Academy », et aux exigences de qui doit-elle répondre ? »

La ménagère existe-t-elle vraiment ?

Malgré cette dualité, « on peut dire que la Star Ac’ arrive plutôt bien à jongler entre les deux, compte tenu de son succès », affirme Nathalie Nadaud-Albertini. Peu importe si la pérennité de candidats tels que Théo ou Léo agace une partie du public, comme elle le développe :

« La Star Academy est un divertissement, et à ce titre, il n’est pas grave s’il provoque une petite frustration de temps en temps. Avoir peur pour son candidat préféré, être déçu de certains choix du public, ça ne crée pas du désamour de l’émission, mais de l’engagement. »

Penser que son candidat favori est mal aimé, ou même victime d’un complot à cause des votes des autres, est un ressentiment ancien. « L’idée que les autres votent mal a toujours existé à la « Star Academy » », remarque Nathalie Nadaud-Albertini. Ce principe est souvent utilisé pour mobiliser les votants et les inciter à agir, « afin de corriger une injustice ». Elle évoque le cas de Magalie Vaé, gagnante de la saison 5. « Une partie des fans craignait que le public ne vote pas pour elle, car elle ne correspondait pas aux standards de beauté de l’époque, ce qui a entraîné une forte mobilisation de soutien. »

« Il arrive que les fans imaginent des chimères ou des menaces pour leur candidat sans fondement. »

Il n’est pas certain que la fameuse « ménagère-qui-vote-uniquement-pour-des-hommes-blancs » existe vraiment. Aucune étude ne cartographie les votes par tranche d’âge ou par candidat, rendant les analyses sociologiques des fans hautement théoriques.

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« La ménagère, elle a bon dos, poursuit Maureen Lepers. Les femmes de cet âge sont très conscientes des sujets sociétaux et bien plus ouvertes que ce que certains jeunes fans peuvent faire croire. » Qu’il s’agisse de « beauty privilège » ou de la facilité à réussir dans un télé-crochet en étant blanc, « cela reste une évidence, mais pourquoi ce ne serait que la ménagère qui souffrirait de ces biais ? » Il convient donc de ne pas accuser à tort les ménagères si Théo survit encore. Ni de trop protéger les jeunes.