Des manifestations en Iran font six morts à cause de la crise économique.
Des heurts ont été signalés jeudi dans plusieurs villes moyennes, notamment à Lordegan, où deux personnes ont été tuées selon l’agence Fars, qui a également indiqué que la police faisait usage de gaz lacrymogène. À Azna, l’agence a rapporté trois morts et 17 blessés « lors d’affrontements » en lien avec des manifestations.
Jeudi, des affrontements ont été rapportés dans plusieurs villes moyennes. À Lordegan, dans le sud-ouest, deux personnes ont été tuées, selon l’agence Fars, qui semble évoquer des civils. Cette dernière a précisé que « des manifestants ont commencé à jeter des pierres sur les bâtiments administratifs, dont le gouvernorat, la mosquée, la mairie et des banques », entraînant l’utilisation de gaz lacrymogène par la police.
L’agence a également signalé « d’importants dégâts » et l’arrestation de plusieurs individus considérés comme des « meneurs ».
Par la suite, il a été rapporté que trois personnes avaient perdu la vie et que 17 autres avaient été blessées à Azna, à l’ouest, « lors d’affrontements », toujours en référence apparente à des civils. Selon Fars, « un groupe d’émeutiers a profité d’un rassemblement de protestation […] pour attaquer un commissariat de police ».
À Hamedan, également à l’ouest, « un groupe d’émeutiers a tenté d’incendier une mosquée […] mais leur acte malveillant a été déjoué », a rapporté Tasnim.
Ces manifestations ne peuvent pas, à ce stade, être comparées au mouvement qui avait agité l’Iran à la fin de l’année 2022, suite à la mort de Mahsa Amini, une jeune Iranienne arrêtée pour un voile présumé mal ajusté.
Plus tôt dans la journée de jeudi, un membre des forces de l’ordre a été tué lors d’affrontements à Kouhdasht, a annoncé la télévision d’État, citant le gouverneur local. Membre du Bassidj, « il défendait l’ordre public », a indiqué cet officiel, qui a également fait état de « jets de pierres » et de 13 blessés parmi les policiers.
Le président Massoud Pezeshkian a appelé jeudi à la mobilisation de son gouvernement : « d’un point de vue islamique […], si nous ne résolvons pas le problème des moyens de subsistance des gens, nous finirons en enfer », a-t-il déclaré lors d’un discours télévisé.
Mercredi, un bâtiment gouvernemental avait été attaqué à Fassa, dans le sud, alors que la quasi-totalité du pays était en congé, sur décision des autorités, qui avaient invoqué le froid et des économies d’énergie. Elles n’ont formellement établi aucun lien avec les manifestations. L’Iran entame un week-end prolongé qui se terminera dimanche.
Dès le début des manifestations, les autorités ont cherché à jouer la carte de l’apaisement, admettant des « revendications légitimes » en lien avec les difficultés économiques. Cependant, la justice a mis en garde contre toute intention de déstabilisation.
Le procureur général, Mohammad Movahedi-Azad, a averti que « toute tentative » de transformer ce mouvement « en un outil d’insécurité, de destruction des biens publics ou de mise en œuvre de scénarios conçus à l’étranger sera inévitablement suivie d’une réponse […] ferme ».
Début de la semaine, une vidéo montrant un manifestant assis au milieu d’une rue de Téhéran, faisant face à des policiers à moto, était devenue virale sur les réseaux sociaux, certains y voyant un « moment Tiananmen ». La télévision d’État a dénoncé jeudi une mise en scène destinée à « créer un symbole », diffusant une vidéo présentée comme prise sous un autre angle par la caméra embarquée d’un policier.
Dans cette vidéo, le manifestant, assis en tailleur, reste impassible, la tête baissée, avant de se recouvrir la tête avec son blouson. Derrière lui, une foule s’éloigne en courant pour fuir des nuages de gaz lacrymogène.
Mercredi soir, Tasnim avait rapporté que sept personnes avaient été arrêtées, décrites comme liées à des « groupes hostiles à la République islamique basés aux États-Unis et en Europe ». L’agence les a accusées d’avoir pour « mission de transformer en violence les manifestations », sans fournir plus de précisions sur les arrestations.
La monnaie nationale, le rial, a perdu plus d’un tiers de sa valeur face au dollar au cours de l’année écoulée, alors qu’une hyperinflation fragilise le pouvoir d’achat des Iraniens, dans un pays étouffé par des sanctions internationales liées à son programme nucléaire. Le taux d’inflation était de 52 % sur un an en décembre, selon des données officielles.

