Quatre discours pour un Maroc de demain, clarté et perspicacité.
Le Message adressé au Sommet arabe de Bagdad, le Discours du Trône, l’Allocution d’ouverture de la session parlementaire et le Discours historique du 31 octobre à la suite de la résolution du Conseil de sécurité 2797 en faveur de la marocanité du Sahara ont constitué les piliers de cette séquence au Maroc. Le discours d’ouverture de la session parlementaire, en octobre, insiste sur la donnée, sur le numérique, et sur l’évaluation, soulignant l’importance d’une gestion efficace des ressources publiques.
Le Message adressé au Sommet arabe de Bagdad, le Discours du Trône, l’Allocution d’ouverture de la session parlementaire et le Discours historique du 31 octobre, en réponse à la résolution du Conseil de sécurité 2797 au sujet de la marocanité du Sahara, ont marqué une année 2025 riche en déclarations au Maroc. Dans un contexte national et international fait d’incertitudes économiques et de recompositions géopolitiques, les discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI se sont affirmés comme des moments essentiels du débat public. Ceux-ci vont au-delà de simples rituels institutionnels et se présentent comme des actes politiques significatifs, chargés de sens et de méthode. Ils ont mis en lumière une véritable pédagogie du pouvoir, attentive aux changements dans la société marocaine et désireuse de rendre les ambitions nationales lisibles.
Quatre discours clés, prononcés dans des contextes variés mais complémentaires, ont formé les fondations de cette séquence : le Message au Sommet arabe de Bagdad, le Discours du Trône, l’Allocution d’ouverture de la session parlementaire et le Discours historique du 31 octobre. Ensemble, ils instaurent un corpus cohérent, illustrant une approche pédagogique du pouvoir, patiente et exigeante, toujours axée sur la responsabilisation collective.
Le message envoyé au 34ᵉ Sommet arabe en mai 2025 a d’abord réaffirmé la place centrale du Maroc dans les grands débats du monde arabe, non par posture, mais par constance doctrinale. Le Roi s’y exprime en chef d’État et également comme détenant d’une légitimité morale singulière, en sa qualité de Président du Comité Al-Qods. Face à la tragédie palestinienne, S.M le Roi rejette les slogans vides et propose une analyse rigoureuse, fondée sur le droit international, l’urgence humanitaire et la nécessité d’un horizon politique crédible. Les mesures évoquées, allant de l’exigence d’un cessez-le-feu durable à la défense active de l’UNRWA, témoignent d’une diplomatie marocaine qui va au-delà de simples principes généraux, en revendiquant une capacité de proposition structurée.
Ce discours va bien au-delà de la question palestinienne ; il se présente comme un diagnostic sans concessions de l’état du monde arabe. Une faible intégration économique, une croissance stagnante, une incapacité à tirer parti des ressources humaines et naturelles et la paralysie de l’Union du Maghreb arabe sont évoquées. En soulignant l’échec de l’UMA, S.M le Roi n’entend pas régler des comptes, mais rappelle une réalité géopolitique et économique : l’avenir du Maghreb est compromis tant que la logique de blocage prévaut. La parole royale joue ainsi un rôle pédagogique, en nommant des réalités que beaucoup préfèrent ignorer.
Le Discours du Trône du 29 juillet 2025 représente le cœur de cette séquence. Il s’agit d’un discours introspectif et de vérité sociale. Pour la première fois avec une telle clarté, S.M le Roi relie les succès macroéconomiques du Maroc émergent avec leurs limites concrètes lors de la vie quotidienne des citoyens. Les chiffres sont présentés, assumés : une croissance régulière malgré les crises, un essor industriel, des infrastructures de niveau mondial et une hausse de l’indice de développement humain. Cependant, ces acquis ne sont pas une fin en soi ; ils constituent le point de départ d’une question forte : à quoi bon le développement s’il ne corrige pas les fractures territoriales et sociales ?
Cette phrase est chargée de sens, quasi-programmatique : il n’y a pas de place pour un Maroc à deux vitesses. Ce n’est pas qu’une formule, c’est une ligne rouge politique. Par ce biais, le Souverain déplace le centre de gravité de l’action publique, appelant à un développement social intégré plutôt que sectoriel. Ce choix entreprise une refonte des méthodes de gouvernance, une nécessité accrue de coordination et une culture du résultat que S.M le Roi appelle clairement.
Ce discours du Trône est également un discours d’anticipation politique. À moins d’un an des élections législatives, le Roi fixe le cadre et les règles, exigeant une préparation du code électoral. Cette démarche n’est pas une ingérence, mais une garantie de transparence. Parallèlement, le souhait de maintenir une main tendue vers l’Algérie, exprimé avec constance, témoigne d’une diplomatie structurelle, où l’ouverture est fondée non sur les circonstances, mais sur une conviction profonde quant au destin commun des peuples.
Le discours d’ouverture de la session parlementaire en octobre prolonge le Discours du Trône. La pédagogie de la puissance s’y fait plus directe et exigeante. S.M le Roi parle aux parlementaires non comme simples spectateurs, mais comme acteurs clés de la transformation nationale. Le message est clair : les grands projets doivent être liés aux programmes sociaux, la justice territoriale ne doit pas être qu’un slogan et l’inefficacité dans la gestion des ressources publiques est devenue moralement et politiquement inacceptable.
Ce discours marque un tournant méthodologique. S.M Mohammed VI met l’accent sur les données, le numérique, l’évaluation et la lutte contre les pratiques inefficaces. Le vocabulaire témoigne d’une volonté de moderniser l’État, mais aussi d’un agacement face aux lenteurs structurelles. Le développement territorial est perçu comme un miroir du progrès national, et les zones longtemps marginalisées, telles que les montagnes et les zones rurales, deviennent des priorités politiques. La Monarchie ne se contente plus de transmettre des orientations, elle exige des comptes sur leur mise en œuvre.
Enfin, le discours du 31 octobre 2025 entre dans une autre dimension, celle de l’Histoire longue. Rarement un discours royal n’aura porté une charge symbolique aussi forte. S.M le Roi s’exprime en tant que chef de Nation, parlant d’un moment qu’il évoque comme un tournant irréversible. Le Sahara n’est plus un dossier à gérer, mais un processus mûr. Le langage évolue, avec des mots soigneusement sélectionnés : victoire éclatante, nouveau chapitre, avant et après. Malgré le moment fort diplomatiquement, la parole royale reste mesurée, évitant un triomphalisme.
La reconnaissance internationale de l’Initiative d’autonomie est perçue non comme un aboutissement, mais comme une responsabilité. S.M le Roi appelle à une solution qui respecte tous, tend la main aux populations de Tindouf et réitère son invitation au dialogue avec l’Algérie. La pédagogie reste centrale : il s’agit d’expliquer que la force du Maroc réside dans sa légitimité et sa capacité à proposer une sortie honorable pour toutes les parties.
Dans leur ensemble, les discours royaux de 2025 dessinent une conception du pouvoir profondément contemporaine. Un pouvoir qui ne fuit ni les réussites ni les insuffisances. Un pouvoir qui s’exprime de manière claire, chiffres à l’appui, sans froideur. Un pouvoir qui assume sa verticalité tout en appelant à la coresponsabilité. S.M le Roi Mohammed VI se présente comme un chef d’État qui dirige tant par vision que par explication, avec fermeté tout en restant à l’écoute.
Cette parole royale, dense, structurée et parfois exigeante, s’adresse à une société marocaine à un stade de maturité avancée. Elle élève, sans flatter ; elle trace des voies sans promettre l’impossible. Ainsi, 2025 a confirmé que la parole du Roi est plus qu’un simple outil de communication politique ; elle constitue un instrument de construction nationale, un levier de mobilisation collective et, surtout, une boussole dans un monde où les repères se brouillent.

