Maroc

Transformer les défis en crises durables.

L’année qui s’achève a été marquée par des crises mal anticipées et des décisions prises trop tard, souvent sous la pression des événements. La gestion de la crise du pouvoir d’achat s’est révélée lente, fragmentée et largement défensive, donnant le sentiment de colmater plutôt que de construire.


L’année qui se termine aurait pu être celle de la consolidation, de la maturité politique et de la maîtrise de l’action publique. Elle sera plutôt retenue comme une suite de séquences mal gérées, de crises mal anticipées et de décisions prises trop tard, souvent sous la pression des événements, plutôt que guidées par une vision claire. Au fil des mois, un constat s’est imposé : face aux turbulences économiques, sociales et sectorielles, l’exécutif a réagi plutôt que projeté, adoptant une logique d’improvisation qui a fragilisé la confiance et accentué les fractures.

Chaque crise, isolément, pourrait encore être considérée comme un aléa. Cependant, leur accumulation souligne une méthode, ou plutôt une absence de méthode. L’inflation persistante, les tensions sociales récurrentes et les dysfonctionnements dans des secteurs vitaux comme la santé, l’éducation ou l’emploi sont autant de signaux faibles devenus forts, auxquels le gouvernement a répondu tardivement, parfois de manière partielle, ou par une communication déconnectée de la réalité des citoyens. L’impression dominante n’a pas été celle d’un État stratège, mais celle d’un exécutif constamment rattrapé par le réel.

La gestion de la crise du pouvoir d’achat illustre cette dérive. Face à la hausse continue des prix et à l’érosion des revenus, la réaction du gouvernement a été lente, fragmentée et largement défensive. Les mesures annoncées, souvent techniques, ont peiné à avoir un impact tangible sur la vie quotidienne des ménages. Pire, le décalage entre le discours officiel, souvent rassurant, et le ressenti populaire a nourri un malaise social profond. Là où l’on attendait une stratégie globale, articulant régulation des marchés, protection ciblée des plus vulnérables et soutien aux classes moyennes, l’exécutif s’est contenté d’ajustements successifs, donnant le sentiment de colmater plutôt que de construire.

Ce schéma s’est également reproduit dans le champ social, où la conflictualité a constamment augmenté, faute de dialogue structuré et sincère. Les crises sectorielles, notamment dans les services publics, ont été traitées comme des urgences isolées, sans être perçues comme des symptômes d’un malaise plus large. Le dialogue social, pourtant présenté comme une priorité, s’est souvent réduit à des échanges tardifs, déclenchés sous la contrainte de la rue ou de la pression syndicale. Cette gouvernance par le retard a causé des cicatrices durables, érodant la crédibilité de la parole publique et renforçant l’idée que les décisions ne sont prises qu’une fois que le rapport de force devient défavorable.

La communication gouvernementale, au lieu d’atténuer ces tensions, a parfois contribué à les exacerber. Annonces prématurées, messages contradictoires, éléments de langage technocratiques mal reçus, tout cela renforce le sentiment d’un pouvoir déconnecté des réalités sociales. Là où la crise appelle clarté, pédagogie et humilité, la communication a souvent oscillé entre autosatisfaction et minimisation, creusant un fossé déjà profond entre gouvernants et gouvernés. La parole publique, à force d’être contredite par les faits, a perdu de sa force et de sa crédibilité.

Ce manque d’anticipation est également visible dans la gestion des réformes structurelles. L’année a été marquée par des chantiers lancés sans préparation suffisante, des réformes annoncées sans accompagnement réel, et des dispositifs mal compris en raison d’explications floues. Dans des secteurs sensibles comme la santé ou l’éducation, l’absence d’anticipation des résistances, des contraintes humaines et des réalités territoriales a transformé des projets nécessaires en sources d’inquiétude et de confusion. La crise n’est alors plus seulement conjoncturelle, elle devient institutionnelle.

Derrière ces dysfonctionnements se dessine une culture politique préoccupante, celle d’un exécutif qui privilégie la gestion immédiate au détriment de la vision, l’annonce au détriment de la préparation, la communication au détriment de la concertation. Cette culture de l’improvisation n’est pas sans conséquence. Elle affaiblit l’État, fragilise les politiques publiques et expose les citoyens aux contrecoups d’un pilotage incertain. Elle traduit aussi une conception appauvrie de l’action gouvernementale, réduite à une succession de réactions plutôt qu’à l’élaboration d’un projet collectif.

Pour une force politique comme l’USFP, qui défend l’idée d’un État stratège, social et démocratique, ce constat ne peut être banalisé. Gouverner, ce n’est pas attendre que la crise éclate pour y répondre dans l’urgence. Gouverner, c’est anticiper, planifier, écouter et assumer des choix clairs, même s’ils sont difficiles. L’année écoulée a prouvé que cette exigence a fait défaut, transformant des défis gérables en crises durables.

En définitive, cette succession de ratés révèle non seulement une série d’erreurs techniques, mais aussi une faillite méthodologique. L’exécutif n’a pas manqué d’occasions, mais il a manqué de cap. Et dans un pays engagé dans de profondes transformations économiques et sociales, cette absence de boussole constitue en soi un risque majeur.

L’histoire politique retiendra sans doute cette année comme celle où les crises ont parlé plus fort que le gouvernement, et où l’improvisation a prévalu sur la responsabilité.