France

Apprendre une nouvelle langue : une résolution à tenir.

Le site d’apprentissage linguistique Babbel constate une hausse significative des inscriptions de plus de 60 % durant les 10 premiers jours de janvier. « Le fait de ne pas pouvoir échanger est trop pénalisant », explique Philippe.

Une nouvelle année commence, apportant son lot de promesses et de résolutions. Chaque mois de janvier, ce phénomène se répète, tout comme les abandons qui l’accompagnent. Parmi les résolutions les plus courantes figurent « faire plus de sport », « lire davantage » et « manger plus sainement ». L’apprentissage d’une nouvelle langue se classe également parmi les objectifs populaires.

Le site d’apprentissage linguistique Babbel a noté une augmentation significative de plus de 60 % des inscriptions durant les dix premiers jours de janvier ces dernières années. Si certains renoncent, d’autres persistent. Pourquoi cela ? Et comment y parviennent-ils ? À quoi ressemble vraiment une résolution linguistique lorsqu’elle est maintenue ? À partir de témoignages, nous avons tenté de comprendre ce qui fait la différence.

Une véritable motivation personnelle derrière la résolution

Un point commun émerge parmi ceux qui réussissent à tenir sur la durée : leur motivation. Apprendre une langue est souvent considéré comme une nécessité concrète, loin d’un simple « il faudrait que… ».

Bruno, 65 ans, a débuté son apprentissage après un voyage à Rome, un cadeau du comité d’entreprise de sa femme. Sans grande conviction initialement, il a téléchargé une application « pour apprendre quelques rudiments » de la langue italienne. Deux ans plus tard, il y consacre entre 1h30 et deux heures par jour, utilise divers supports et maîtrise plusieurs temps de conjugaison, avec un vocabulaire d’environ 4.000 mots.

Philippe, 60 ans, a également choisi d’apprendre l’anglais après avoir voyagé aux États-Unis et en Inde : « Le fait de ne pas pouvoir échanger est trop pénalisant », souligne-t-il. L’exercice demande des efforts, mais l’objectif de pouvoir communiquer rend la difficulté secondaire. Aude, qui vit à Berlin depuis dix ans, se motive pour des raisons familiales. En janvier 2025, elle commence à apprendre le portugais afin de converser avec sa belle-famille brésilienne, qu’elle rencontrera lors d’un voyage : « Personne ne parle vraiment anglais là-bas. Le but était de pouvoir tenir une conversation avec ma belle-famille », explique-t-elle. Un objectif clair et personnel.

Comment maintenir sa résolution dans la durée ?

La motivation est le point de départ, mais c’est la régularité qui permet de persévérer. Les témoignages révèlent que l’apprentissage se fait rarement par à-coups. Stéphanie, 51 ans, révise chaque jour quatre langues : le russe, l’italien, l’allemand et l’anglais, grâce à une application qui croise les apprentissages. Bruno fait un investissement initial important, allant jusqu’à six heures par jour pendant plusieurs mois, avant d’adopter un rythme plus stable. « Sans aucune aide physique », précise-t-il, soulignant l’importance de la discipline personnelle.

Aude met également l’accent sur le plaisir et la diversité des méthodes : applications, vidéos YouTube, conversations, petites sessions quotidiennes… « Ce n’est pas un apprentissage académique pur et dur. On apprend à parler, un peu comme quand on est petit », raconte-t-elle. Grâce à Babbel, son apprentissage lui a semblé « beaucoup plus souple et moins intimidant », contrastant avec ses souvenirs scolaires parfois décourageants. Un autre aspect souvent mentionné : avoir un but précis. « Le fait d’avoir un vrai but, comme partir au Brésil dans quelques mois, ça change tout. On sait pourquoi on apprend », insiste Aude.

Le véritable défi : parler

« Le fait de ne pas pouvoir échanger est trop pénalisant », explique Philippe. Tous conviennent que comprendre une langue est une étape préalable à la parole. C’est dans ce domaine que l’apprentissage se révèle souvent difficile. « Je comprends, mais je n’arrive pas encore à m’exprimer spontanément », admet Aude. Même avec un partenaire brésilien, la pratique orale demeure l’étape la plus délicate à réaliser. « Parler lentement, avec un niveau d’enfant, ce n’est pas évident. C’est toujours la dernière étape dans l’apprentissage d’une langue », déclare-t-elle.

Ce constat est partagé par beaucoup. Apprendre une langue implique également d’accepter de parler lentement, de commettre des erreurs et de revenir à une posture plus vulnérable. Cependant, c’est précisément cette phase qui transforme une résolution en expérience durable, où la langue devient vivante. L’enjeu est d’autant plus fort qu’il va à l’encontre d’une idée reçue persistante : non, il n’est jamais « trop tard » pour apprendre une nouvelle langue.

Ce n’est pas simplement un exercice intellectuel ou une mention supplémentaire sur un CV. Pour ceux qui s’engagent, c’est une ouverture : vers autrui, vers une culture, parfois vers une famille ou une nouvelle vie. La véritable distinction ne se base pas tant sur le niveau de départ que sur l’intention, la régularité et l’acceptation de l’imperfection.